Halte, on ne passe pas!

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J’ai reçu une commande d’atelier pour une classe sur le thème : civisme/désobéissance civile. Pour introduire ce thème, j’ai immédiatement pensé à l’excellent album Halte, on ne passe pas! d’Isabel Minhos Martins, illustré par Bernardo P. Carvalho aux éditions Notari.

le pitch : Un soldat interdit aux personnages de passer sur la page de droite du livre, sur ordre de son général qui se la réserve pour entrer dans l’histoire quand il le souhaitera. Étonnement, incompréhension, les personnages ne comprennent pas cette loi absurde.

Une foule, pleine de personnages hétéroclites, se masse devant ce pauvre soldat qui obéit aux ordres jusqu’à ce qu’un événement anodin pousse les protagonistes à agir.

Même si nos lois ne sont pas aussi absurdes que l’exemple de cet album, il est intéressant d’apprendre à réfléchir aux lois ou aux règles, à leurs conséquences, à avoir  un esprit critique tel que la discussion à visée philosophique le développe. L’histoire nous offre des exemples d’hommes ayant changé le cours de l’histoire en désobéissant: Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela… Plus récemment, des bénévoles qui enfreignent la loi pour venir en aide aux réfugiés font régulièrement parler d’eux aux actualités. Pour en parler avec les enfants, voici un article paru dans Un jour, une actu https://www.1jour1actu.com/france/dans-les-alpes-les-habitants-se-mobilisent-pour-les-migrants-15054/

J’ai hâte de partager cette discussion avec les enfants. Si le sujet vous attire, l’album Halte, on ne passe pas! est en cours de réimpression, réservez le pour sa sortie en janvier 2019, non seulement le sujet pousse à la réflexion, mais les illustrations sont pleines de détails humoristiques. Grand merci aux éditions Notari

 

Est-ce que c’est bien la liberté?

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J’ai animé un atelier à partir de l’histoire de la Chèvre de monsieur Seguin avec une classe de CM1.

Après la lecture, voici une partie des questions posées par les enfants :

  • Est-ce que c’est bien la liberté?
  • Est-ce qu’être enfermé, c’est la sécurité?
  • Que signifie la corde? (celle avec laquelle Blanchette est attachée dans la champ)
  • Auraient-ils pu discuter pour trouver un arrangement? M Seguin aurait-il pu lui expliquer autrement?
  • Que représente la montagne pour Blanchette?
  • Est-ce qu’elle trouve le bonheur dans la montagne?
  • Pourquoi se bat-elle alors qu’elle sait qu’elle va mourir?

Les enfants avaient très envie de parler de la liberté mais j’ai été surprise de constater que, malgré leur jeune âge, ils en avaient une idée très sombre. Elle leur semble néfaste car les désirs des hommes les poussent à aller trop loin s’ils ne rencontrent pas d’obstacle, de limite. Leur première conclusion était que trop de liberté fini mal, punition, prison…

Heureusement, Monsieur Seguin et sa corde nous ont permis de faire un parallèle avec les règles et les lois qui, certes, nous enlèvent quelques libertés mais cela nous permet de mieux jouir de celles qu’il nous reste. Nous n’avons pas tous les mêmes libertés, selon la région du monde où nous sommes nés, mais le plus important est d’être conscient de ce dont nous pouvons jouir et d’en profiter.

Les enfants, lors d’une discussion à visée philosophique, sont étonnants et enrichissants. Cet atelier en classe à permis à l’enseignant et à moi, qui les côtoyais régulièrement à la bibliothèque, de découvrir les enfants sous un autre jour en leur donnant la possibilité de s’exprimer.

Je remercie Olivier, directeur et enseignant à l’école du Parc de Chauvé, de m’avoir accueilli dans sa classe. J’espère que nous pourrons renouveler cette belle expérience.

 

Du bonheur

Voici le sujet de notre première discussion à visée philosophique et, selon moi, la plus belle preuve de l’intérêt de développer notre esprit critique grâce à la philosophie.

Alors que les livres, les applications, les conférences… se multiplient pour nous mener sur la voie du bonheur, la philosophie, depuis l’Antiquité, en a fait son but.

Bien sûr, des philosophes comme Kant ou Schopenhauer ont dépeint la recherche du bonheur comme un travail dur et austère, nécessitant une grande discipline. Cependant, tous, je pense, s’accordent sur le fait qu’une bonne connaissance de ce qui est bon et nécessaire pour nous est le premier pas. Ensuite, qu’il faut apprendre à savourer ce qui nous est nécessaire et ne plus désirer ce qui l’est moins ou pas, même si cela nous apporte des plaisirs fugaces.

Il semble alors qu’il devait être plus facile d’atteindre le bonheur dans l’antiquité, lorsque les hommes n’étaient pas submergés par des informations ou des objets superflus. Pourtant, Épicure (341 – 270 av J.C.) avait déjà classé les désirs en 3 catégories :

  • les désirs naturels et nécessaires
  • les désirs naturels non nécessaires
  • les désirs non naturels et non nécessaires

Si les premiers sont faciles à trouver et vitaux, nous pouvons nous passer des suivants, voire les éviter pour les derniers. Donc cela signifie que les contemporains d’Épicure devaient être soumis à des sollicitations séduisantes mais superflues.

Faisons un saut dans le temps pour retrouver le petit cadeau caché dans le baril de lessive ou, encore aujourd’hui, le jouet dans l’œuf en plastique. la lessive lavait-elle mieux? Le chocolat est-il bon? Nous oublions parfois l’objet principal au profit du petit plaisir que procure la surprise de découvrir le « cadeau ». Aujourd’hui nous découvrons des informations alarmantes sur les méfaits de la surproduction du plastique. Ces petites surprises ont maintenant un goût amer.

Nos sens sont tellement sollicités que nous en oublions l’essentiel; reconnaître ce que nous avons et dont nous avons besoin et ne plus nous laisser séduire par des plaisirs éphémères. Donc, pour être heureux, cherchons à nous connaître et à faire ce qui est le mieux pour nous, nous disent les philosophes. Cela semble bien égoïste.

Pourtant, selon Spinoza ou Montaigne, il n’en est rien. Dans l’Éthique, Spinoza nous dit:

« Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile à lui-même, alors les hommes sont le plus utiles les uns aux autres. »

Notre bonheur est contagieux car si nous respectons nos besoins naturels, qui sont certainement très semblables aux besoins des autres, nous aurons une vie plus vertueuse donc meilleure pour tous. Pour la Nature également comme je pense en avoir la confirmation dans le dernier livre de Satish Kumar que je viens de commencer.

En conclusion, pourquoi commencer par ce thème? Il démontre tout l’intérêt de développer l’esprit critique pour ne pas être les esclaves des informations et des sollicitations qui abondent. S’entrainer à raisonner pour définir ce qui est bon pour nous, et ainsi pour tous. Alors suivons le grand philosophe Baloo

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