Lors des projections du « Cercle des petits philosophes »…

Si vous ne l’avez pas encore vu, ce film présente des ateliers de philosophie animés par Frédéric Lenoir dans 2 classes de la région parisienne.

On y voit des bribes de débats qui nous montrent bien l’intérêt d’organiser de tels ateliers. Les enfants peuvent avoir un regard profond sur le monde et sur nos existence si on leur donne l’occasion de s’exprimer mais ils sont aussi imprégnés très tôt par la violence et les difficultés qu’ils observent autour d’eux.

Des petites tranches d’intimité des enfants nous dévoilent le prolongement de ces réflexions en dehors de la classe et ce besoin de s’interroger et de comprendre, chez l’enfant, lorsqu’il se sent écouté.

Cécile Denjean a réalisé un beau film où les images et la musique enveloppent les dialogues d’une douce atmosphère introspective.

Depuis sa sortie, j’ai participé aux échanges dans 2 cinémas de la région et c’est avec grand plaisir que je constate l’intérêt du public pour le sujet. Tout le monde souhaite voir de tels ateliers se développer à l’école et en dehors pour toucher tous les enfants, car bien qu’ils soient présents dans les programmes scolaires depuis 2015, ils ne sont pas toujours mis en place ou pas régulièrement. Les enseignants ont déjà de très nombreux sujets à développer avec les enfants, il leur est donc difficile, je pense, de tout développer. Mais il est incontestable que nous devons aider les enfants à développer ce pouvoir pour former des citoyens critiques et conscients.

J’ai la chance d’animer des ateliers dans différents sites (école, médiathèque, CHU, association d’enfants scolarisés à la maison,centre aéré, par exemple), je constate à chaque fois le plaisir des enfants à partager leurs réflexions mais aussi à être écoutés par un adulte guidant, sans jugement. A l’école, le fait que je ne sois pas l’enseignant met les enfants dans une posture différente, ils ne sont plus apprenants mais co-constructeurs de la réflexion qui va les amener à trouver des réponses (ou des débuts de réponses) à des sujets qui les touchent. Je suis donc persuadée que nous avons un rôle important à jouer maintenant pour l’avenir de nos enfants.

Donc, si vous n’avez pas encore vu le film, il y a certainement une projection proche de chez vous prochainement, les dates sont ici .Quant à moi, je serai avec Michel Calvez au Cinéjade à Saint Brévin (44) le vendredi 7 juin à 20h

https://www.saint-brevin.com/le-cercle-des-petits-philosophes.html

1 km fait-il bien 1 km?

Piton de la Fournaise, avril 2019

La marche est une activité idéale pour réfléchir, j’ai pu l’expérimenter pendant nos magnifiques randos à la Réunion en avril dernier. Parfois, le thème de ma réflexion était lié à l’expérience que je vivais.

Nous nous levions tôt pour ne pas souffrir de la chaleur et pouvoir faire nos 15 km de marche et 900m de dénivelé avant midi. Sur la carte cela semble facile, vu du départ, l’ensemble est tellement beau que l’envie est plus forte que la raison et puis il y a la marche… Mes hommes (fils et mari) marchaient d’un bon pas, comme d’habitude, le mien étant moins alerte (mais efficace!). De là est née mon interrogation: un kilomètre est-il identique pour chaque personne?

Bien sûr, scientifiquement, il est possible de mesurer un kilomètre qui sera égal à n’importe quel autre dans le monde. Mais quelle vérité a ce kilomètre en dehors du ressenti de celui qui le parcours? Alors, il devient différent selon la personne. Savoir qu’un parcours mesure 2 km n’aura donc pas la même signification pour chacun or le but de cette information n’est-elle pas de nous permettre de nous organiser pour parcourir cette distance? Cela ressemble à la nouvelle information que les météorologues nous donnent; température 20° ressentie 18°.

Donc, je pourrais dire avec les empiristes qu’une rando de 15km en montagne est très longue car cette connaissance me vient des sensations que j’ai accumulées lors de différentes expériences. C’est la perception que j’en ai bien que cette distance soit identique en montagne ou sur un chemin plat.

Cela signifierait qu’une chose est différente selon la perception de chacun, il lui faut donc une existence propre sinon elle n’existe pas. Notre raison, selon Descartes nous permet de distinguer l’essence des choses. Un kilomètre est identique partout mais je vais le percevoir différemment selon le lieu.

C’est Husserl qui nous éclaire en disant que les choses se donnent à nous par esquisses. J’ai conscience de l’existence de ce kilomètre mais ma perception, de par les expériences que j’en ai eu, créé différentes esquisses que ma conscience va relier à l’objet.


« Ce n’est pas une propriété fortuite de la chose ou un hasard de notre constitution humaine que notre perception ne puisse atteindre les choses elles-mêmes, que par l’intermédiaire de simples esquisses. »

Edmund Husserl

Heureusement, le plaisir de la marche et la beauté des paysages m’ont fait oublier la longueur des kilomètres.