Je le veux!

Le destin de Fausto de Oliver Jeffers

Kaléidoscope, 2020

Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope
Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope

Notre cher monsieur Fausto, avec son costume trois pièces, ces grosses moustaches et son air grincheux, a décidé que tout lui appartenait. Il décide donc de sortir fait l’inventaire de ses possessions; une fleur, un mouton, un arbre, un champ, un lac, une montagne… bref, tout jusqu’à ce qu’il arrive au bord de l’océan. Il va au large grâce à un pauvre petit bateau qui se trouvait là et annonce à l’océan qu’il en est le maître. Mais l’océan ne se laisse pas faire. Il lui répond qu’il ne peut pas l’aimer puisqu’il ne le comprend pas.

Cette fable d’Oliver Jeffers est comme une parabole écologique de l’homme s’appropriant la nature avec excès sans en prendre soin, c’est le pouvoir de l’humain. J’ai ressenti la destruction délicatement représentée par la petite fleur coupée alors qu’elle avait accepté d’être possédée par l’homme.

L’homme fait de grosses colères, il tape du pied alors que la nature vit paisiblement. D’ailleurs, les couleurs sont belles et naturelles sauf les taches fluorescentes sur ce petit bonhomme énervé. Au départ, jusqu’à l’arrivée au bord de l’océan, les illustrations occupent peu de place sur la page. Certaines pages sont même blanches, ou plutôt blanc cassé, avec juste un peu de texte en haut. Mais l’océan lui, va prendre beaucoup de place. Des doubles pages entièrement recouvertes d’une belle eau bleue, verte, sombre.

Je ne dévoilerai pas tout et il ne s’agit que de mon interprétation mais j’adore cet album pour son texte, ses illustrations, sa mise en page, la qualité du papier. J’ai tendance à acheter les livres d’Oliver Jeffers les yeux fermés parce que je sais que j’y trouverai un sujet de réflexion à partager avec les enfants, agréablement illustré. C’est encore une belle surprise que j’espère pouvoir vite utiliser en atelier philo.

Une histoire qui n’a pas besoin de mots

Migrants de Issa Watanabe, éditions la Joie de Lire 2020

Album Migrants d'Issa Watanabe
Migrants, Issa Watanabe

Ce magnifique album est arrivé sur mon bureau pendant le confinement, une pépite pour illuminer cette période triste. Pourtant, le sujet est noir, comme la couleur dominante. Le noir du désespoir de ces migrants qui fuient leurs foyers mais surtout la mort. Elle qui rôde toujours, comme si elle veillait sur eux.

Les couleurs, les visages, les tissus, tout est magnifique mais les visages sont tristes parce que ce voyage est une grande douleur.

Il n’y a aucun mot mais je ne pense pas que des mots apporteraient plus à cet album tellement les illustrations nous parlent, nous crient, nous racontent le voyage et la détresse de ces familles. Les éditions La Joie de Lire nous font un cadeau magnifique en publiant cet album d’Issa Watanabe, illustratrice espagnole au grand talent.

Rendez-vous chez votre libraire…

Un livre et des méditations: un bon dimanche confiné!

En cette période de crise, on peut observer différents comportements, évidemment. Parmi eux, l’optimiste du genre humain que je suis, est heureuse d’observer une belle solidarité. Un exemple; un grand merci aux auteurs, éditeurs, etc. qui mettent des livres en ligne. En voici un, d’Edwige Chirouter et des éditions l’Initiale que je n’avais pas encore lu mais que je vais acheter dès la fin du confinement.

"Il n'y a pas d'âge pour philosopher" d'Edwige Chirouter aux édidiotns l'Initiale
« Il n’y a pas d’âge pour philosopher » d’Edwige Chirouter aux édidiotns l’Initiale

vous pouvez le lire actuellement sur Calaméo en suivant le lien : https://fr.calameo.com/read/001352427ae3409b69cfd?fbclid=IwAR08n8wqnWao7BesMj5PNsFGpA5kYFsHt_ld-_ldLTvgLiSPGLdukMayhQc

Mes précédents articles vous invitent à discuter avec vos enfants, comme nous le faisons lors des ateliers philo à l’école ou à la médiathèque. Cet album vous permettra de discuter de l’intérêt de ces discussions particulières et tellement riches.

Demain, pour poursuivre cette réflexion, je lirai un texte sur la pensée. Mais en attendant, je vous invite à retrouver Valérie Marchand, auteure d’Happy Méditation. Elle partage des méditations quotidiennes sur sa page FB ou sur sa chaîne Youtube

J’ai eu la chance de bénéficier des enseignements de ces deux femmes grâce à SEVE. Je suis heureuse que vous puissiez tous en bénéficier et ainsi, peut-être, mieux vivre le confinement avec vos enfants pendant quelques instants.

Une bibliothèque pour tous grâce à Mobidys

Si l’animation d’ateliers à visée philosophique occupe une part importante de mon activité, il en est une autre tout aussi importante. J’ai la chance qu’un ami m’ait ouvert la porte de Mobidys et que je puisse ainsi participer à leur belle aventure.

Cette start up a créé une bibliothèque numérique pour les collégiens; Sondo, qui rend accessibles les manuels scolaires ainsi que les ouvrages de littérature en les adaptant aux différentes difficultés de lecture.

Sondo

En tant que bibliothécaire puis animatrice d’ateliers à visée philosophique, mon souhait est toujours le même, aider à accéder à la culture, en particulier grâce aux livres. Autant dire que l’objectif de Mobidys de rendre la lecture accessible à tous les collégiens m’a beaucoup touché.

Concrètement, nous sommes donc quelques petites fourmis qui préparent les textes en les découpant, en ajoutant de courtes définitions ou des synonymes… pour que les jeunes lecteurs puissent choisir, sur leur écran, l’aide dont ils auront besoin.

Cet outil devrait être présent dans tous les collèges pour donner toutes leurs chances aux élèves de réussir. Lors d’un atelier sur la différence, avec des enfants de CM2, nous avons parlé de la différence entre égalité et équité. Je leur ai présenté cette image :

http://blog.talents-handicap.com/espace-candidats/emploi-handicap-etes-legalite-lequite/

Une fillette m’a demandé pourquoi la France a choisi « égalité » dans sa devise alors que l’équité, c’est mieux?

Sondo est un bon moyen de rétablir cette équité en apportant l’aide adaptée aux besoins de chacun. Alors je suis très heureuse d’y participer à mon petit niveau et j’espère que de nombreux collèges vont proposer cet outils à leurs élèves.

La joie de Lire et Socrate

La réflexion philosophique est un exercice de la pensée qui consiste à découvrir le monde qui nous entoure et nous-même, puisque nous faisons partie de ce monde. Donc nous découvrons aussi quelle est notre juste place.

Pour cela, avec les enfants, nous cultivons cette capacité qu’ils ont à se questionner. Parce qu’ils s’interrogent naturellement, dès le plus jeune âge, sur le monde qui nous entoure. Mais, est-ce que nous leur accordons le temps d’écouter, de réfléchir avec eux. Lorsque cet espace temps n’existe pas, les enfants perdent leur étonnement et « normalisent » le monde qui les entoure. Puisque les adultes ne prêtent pas attention à leurs interrogations, c’est qu’elles n’ont pas lieu d’exister.

Pourtant, le questionnement est la base de l’apprentissage et de la compréhension, pas seulement à l’école mais dans chaque recoin de la société. Comme devenir un citoyen acteur de ses actes si nous acceptons la société sans nous questionner? Eviter de devenir un mouton.

Donc, l’atelier philo avec les enfants permet de cultiver ce questionnement et de montrer à l’enfant qu’il est un interlocuteur valable. Tout cela dans un cadre respectueux de soi et des autres, de la parole. Bref, un cadre qui devrait être la normalité des rapports humains…

Pour accompagner les ateliers, j’ai découvert, aux éditions La Joie de Lire, un merveilleux petit livre (il tient dans la poche ou dans un sac à main); Socrate et son papa de Einar Øverenget

Socrate et son papa pendant un atelier

Chaque chapitre est comme une courte nouvelle dans laquelle Socrate se questionne. Ce sont les questions que tous les enfants se posent mais là, elles vont être la base d’un échange avec le papa. Mais cet échange n’apporte pas une solution, il présente un cheminement de leurs pensées. Ce qui fait que chaque petite histoire est une excellente base pour poursuivre la discussion avec les enfants.

L’éditeur a créé un collection « philo et autres chemins » dans laquelle ont trouve un deuxième tome des questions de Socrate mais aussi d’autres albums que j’ai hâte de découvrir. Peut-être seront-ils la base d’autres ateliers…

Comment j’ai raté ma vie

ou comment ne pas rater la vôtre, selon Bertrand Santini et Bertrand Gatignol

A première vue, ce titre n’est pas très attirant. Nous recherchons plus souvent des conseils pour la réussir car nous sommes parfaitement capable de la rater seul. Puis, en lisant le nom de l’auteur, j’ai immédiatement pensé que ce livre devait être bien. Je l’ai donc découvert en le lisant à voix haute à Régine Barat qui me l’a confié pour en faire la critique.

Je vous confirme donc que cet album plein d’ironie nous invite à réfléchir à ce qui est important dans notre vie. Quel était notre vision de la vie enfant et qu’en avons nous fait?

Ce livre est une invitation à réfléchir à ce qu’est une vie bonne, eudaimonia, LE sujet que j’aime et qui me fait considérer la philosophie, presque, comme une thérapie.

Éloignons-nous des désirs et apprenons à trouver le plaisir dans une vie simple. Finalement, plus on augmente le champ des possibles et plus nous nous perdons. Plus de consommation, plus de communication virtuelle au détriment de l’essentiel comme d’avoir des rapports humains directs, des plaisirs simples en lien avec la nature.

Lors du forum des associations samedi dernier où je présentais les ateliers philo de la rentrée prochaine, je partageais le stand avec deux charmantes jeunes femmes, l’une sophrologue et l’autre relaxologue. Notre association propose également du yoga donc des activités qui invitent à trouver la quiétude et le bien-être, autant que possible. J’ai pu constater que nos activités rencontraient un fort succès et que les visiteurs, quelque soit leur âge ou leur sexe, cherchent des moyens de s’apaiser en partageant des activités qui invitent à se recentrer sur l’essentiel.

En attendant d’utiliser cet album pour introduire un débat, je vous invite à lire la critique sur le site de Contalyre et d’en partager la lecture avec les enfants.

S’unir c’est se mélanger…

… une histoire de poules. De Laurent Cardon aux éditions du Père Fouettard

S’unir c’est se mélanger, L Cardon Ed du père Fouettard

Panique au poulailler, le coq blanc à disparu. C’est certainement le renard. Une poule rousse manque également à l’appel mais toutes les poules noires sont présentes. Il faut agir avant une nouvelle attaque. Les 3 groupes discutent longuement sur l’organisation pour qu’aucun d’entre eux ne se sente lésé. Mais il n’est pas facile de se mettre d’accord.

Une belle façon de parler de démocratie aux enfants avec beaucoup d’humour et une chute hilarante.

A utiliser avec des enfants à partir de 7 ans pour un débat mais bien avant pour le plaisir et surtout longtemps après.

http://www.perefouettard.fr/editions/livre.php?book=12

« Cher Donald Trump »

Je ne me lance pas dans un message pour M Trump, je souhaite simplement partager ma lecture de l’album de Sophie Siers, illustré par Anne Villeneuve, aux éditions Alice jeunesse.

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Il est parfois difficile de vivre ensemble entre frères partageant la même chambre. C’est ce qu’explique Sam dans les lettres qu’il envoie à Donald Trump. Il aimerait lui aussi construire un mur pour le séparer de ce frère envahissant.

Bien sûr, cet album présente le sujet avec de belles touches d’humour dans les illustrations et dans le texte mais cela ne rend pas le sujet moins important; quelle modèle de vivre ensemble donnent certains adultes aux enfants? Il semble plus facile de mettre une barrière entre des êtres plutôt que de communiquer pour chercher des solutions. En famille ou avec des amis, il est pourtant possible de faire des efforts pour vivre ensemble et être plus tolérants les uns avec les autres, Sam découvre combien il y gagne sans rien perdre. Il apprécie par exemple la présence rassurante de son grand frère lorsqu’il fait un cauchemar.

En tant qu’adulte, j’aime beaucoup l’idée que nous devons incarner ce que nous voulons transmettre ou partager. Lorsque nous sommes ouverts et accueillants, ne recevons nous pas un accueil chaleureux? Si nous pouvons agir sur notre comportement, nous devons aussi être attentifs aux autres exemples que les enfants voient. Heureusement, il reste la discussion à visée philosophique pour développer son esprit critique et l’espoir qu’ainsi, les hommes chercheront d’autres solutions que de vouloir construire des murs…

 

Qu’est ce que la guerre?

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Les classes de CE2/CM1 et de CM1/CM2 de l’école du Parc à Chauvé ont souhaité participer à un atelier sur la guerre en lien avec les commémorations du 11 novembre.

J’ai lu, en introduction, l’excellent album de Davide Cali et Serge Bloch, L’ennemi (éditions Sarbacane, une nouvelle édition arrive bientôt!!). Cet album présente très bien l’état d’esprit d’un soldat qui n’avait pas envie d’être là, qui a été manipulé, puis qui prend conscience que l’ennemi n’en est pas un. Juste un homme comme lui.

Certes, l’histoire induit la discussion mais les enfants ont aussi vite fait le rapprochement avec d’autres formes de violences (physiques et verbales) et le manque de respect pour celui qui est agressé. Nous avons également parlé du courage nécessaire pour faire renaître le dialogue vers la paix. Une discussion enrichissante et à répéter aussi souvent que possible.

Donc, si l’actualité de ce week-end vous donne envie de poursuivre la réflexion, je vous invite à lire cet album, et surtout, à y réfléchir ensemble.

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Le petit Prince et la Fileuse de brume

Le Petit Prince est reconnu pour être un conte dont on sait difficilement s’il est pour enfants ou pour adultes. Pour les deux, certes, mais trop long pour les plus jeunes et avec un style que des adultes trop sérieux ne considèrent pas adapté pour eux.

Mais, quoi que nous en pensions, nous le lisons et relisons puis nous le partageons avec nos enfants, alors quoi de mieux qu’un bel album au texte accessible aux plus jeunes, sans être simpliste, pour redécouvrir le Petit Prince, lové dans un canapé.

Agnès de Lestrade et Valeria Docampo nous offrent cet album,aux éditons Alice

Il ne s’agit pas d’une énième version mais, comme l’indique la couverture, d’un petit prince « raconté par ». Les deux artistes nous donnent leur version avec leur poésie propre sans dénaturer la version originale. Les sentiments et les caractères des personnages sont transmis au lecteur par les magnifiques illustrations avant même de commencer la lecture.

Ce duo, toujours aux éditions Alice, nous offre également La fileuse de brume. L’histoire d’une petite fille triste d’être loin de son père. Le texte, plein de douceur et de poésie se fond dans les illustrations comme dans la brume. Certaines page, pour renforcer cette impression de brume, sont imprimées sur papier calque. Les illustrations se superposent et le touché est soyeux. Valeria Docampo présente ses illustrations sur son site : https://valeriadocampo.com/lapetitefileuse en attendant d’avoir le livre entre les mains.

Voici donc deux nouveautés qui feront de très belles introductions pour des discussions à visée philosophique!