Qu’est ce qui vous retient?

Une récente discussion sur les ateliers à visée philosophique avec les enfants m’a permis de découvrir combien la méconnaissance et les aprioris peuvent être à la base d’une mauvaise appropriation de ces ateliers. Nous pensons tous savoir de quoi il s’agit sans prendre le temps de vraiment demander. Je remercie donc chaleureusement l’amie avec qui j’ai eu cette conversation car elle m’a fait prendre conscience qu’il faut peut-être mieux expliquer ce qu’il en est.

Quésako ?

Un « atelier philo » est un temps de discussion à visée philosophique à partir d’un sujet

  • concept
  • question

Il s’agit de partager des idées argumentées afin de trouver, ensemble, une réponse à la question ou un début de définition du concept (très résumé).

Mais, à la différence avec l’échange d’opinions, les idées et arguments doivent être généraux. La réponse doit pouvoir s’appliquer au plus grand nombre. Cependant, il n’est pas demandé aux participants de changer d’opinion à la fin de la discussion. Libre à eux d’y réfléchir après à la lumière de ce qu’ils auront découvert.

Exemple : La vie dépend-elle de la nature ?

  • Nous avons besoin de la nature pour nous nourrir (eau, plante, animaux…)
  • Nous avons besoin de l’air pour respirer (mais un premier atelier sur ce qu’est la nature serait alors intéressant).
  • Nous venons de la nature (évolution de l’humain…), nous en faisons partie
  • Nous pouvons donc dire avec Spinoza, entre autres, que le Créateur est la Nature (j’extrapole). Mais cela n’empêche en rien un croyant de continuer à croire en Dieu.

Pourquoi ?

Pour vivre nous avons besoin de nourriture et d’un abri pour nous protéger des intempéries et des prédateurs. Mais nous avons aussi besoin de vivre en société, en particulier pour nous reproduire.

Cette société a besoin d’être organisée parce que nous sommes nombreux à nous partager un espace restreint. Donc, nous avons besoin de communiquer. La base de cette communication est la connaissance de la langue.

Mais, l’esprit humain étant complexe, nous allons interpréter les messages mais aussi notre rapport au monde. Or, nous avons besoin de nous comprendre pour vivre ensemble sinon, il y a conflit.

C’est là que la réflexion philosophique nous apporte un moyen de comprendre le monde et ainsi d’être capable d’agir en citoyens conscients : J’agis parce que j’ai compris pourquoi.

Déroulement d’un atelier

  • L’atelier commence par une courte présentation de la réflexion philosophique puis l’élaboration du cadre par les enfants pour qu’ils puissent discuter dans le respect les uns des autres.
  • Si plusieurs ateliers sont programmés avec un même groupe ces 2 parties ne sont pas répétées mais le cadre est relu au début de chaque rencontre afin de s’assurer que nous sommes toujours d’accord (souvent les enfants ajoutent des règles)
  • Ensuite, nous faisons une courte méditation pour se mettre en condition, pour être bien concentré et parce que c’est une bonne habitude à prendre pour retrouver son calme.
  • puis nous découvrons le support introducteur (livre, vidéo, images… adapté à l’âge des enfants)
  • Nous discutons pendant 30 minutes (pour les plus jeunes ce temps peut être un peu plus court selon la concentration) puis nous faisons une synthèse pour essayer de répondre à notre question de départ ou pour définir le sujet lorsqu’il s’agit d’un concept.

Certains enfants peuvent avoir des rôles : secrétaire et illustrateur en particulier selon le nombre d’enfants présents.

L’animateur veille à ce que tout se passe bien, il reformule ou relance le débat si besoin mais il ne donne pas son point de vue ni une quelconque réponse.

Le support introducteur

Nos interrogations naissent de nos observations, de notre vécu

  • ce qui nous entoure
  • ce que nous expérimentons, nos découvertes sensorielles

Choisir comme support introducteur un livre ou un court-métrage ou une œuvre d’art, publicité, photo de presse… allie le plaisir de la lecture ou du visionnage à la présentation d’un sujet.

Résumé rapide : très fier de son épée, l’ours l’essaie en coupant les arbres de la forêt. Peu de temps après, son château est détruit par une inondation causée par la rupture du barrage. Une enquête auprès de tous les animaux va le mener jusqu’au massacre qu’il a réalisé et qui a causé la destruction du château.

Que pouvons-nous interpréter, sur notre société, à partir de cet album ?

Quel est le rapport de l’homme à la nature ? Qu’est ce que l’écologie ? La nature doit-elle être protégée ?

Nous pouvons nous poser toutes ces questions et bien d’autres après avoir lu cet album. Nous allons donc partir de cet exemple pour commencer notre discussion : les incendies de la forêt amazonienne détruisent l’habitat des animaux et s’il n’y a plus assez d’arbres sur la Terre nous n’aurons plus d’oxygène, etc.

En plus d’ouvrir la discussion, le support sera découvert sous un angle différent de celui utilisé à l’école, comme outils d’apprentissage et de compréhension de la lecture (de texte ou d’image) ou de l’objet de loisir. Il est un objet d’éveil et de questionnement de la société et de l’environnement.

Que peut apporter la discussion philosophique dans le temps scolaire ou périscolaire ?

1 – Répondre aux préconisations du socle commun de connaissance, de compétences et de culture dans le cadre d’un parcours citoyen (Éducation Morale et Civique). Ça c’est pour la partie purement éducation nationale

2 – comprendre et prendre conscience aident à accepter un changement une règle ou un ordre.

En général, l’humain n’aime pas les injonctions : mange des légumes ! ou apprends ta leçon!

Mais s’il a réfléchi à qui il est, à son environnement, il mangera ses légumes parce qu’il aura compris par lui-même ce lien à la nature qui est à la base du besoin de manger des légumes. Ou après un atelier sur le langage, il comprendra mieux pourquoi il est plus pratique de respecter quelques règles pour se faire comprendre.

Alors pourquoi faire intervenir un animateur?

En premier lieu, l’animateur se forme à travers:

  • l’apprentissage des différentes techniques de discussion, d’échanges, qui ont été mises au point par des philosophes depuis Matthew Lipman, qui a été le précurseur aux États Unis au début des années 1970.
  • l’étude des textes des grands philosophes.
  • l’étude du développement de l’enfant afin d’avoir un comportement adapté à l’âge des jeunes participants.
  • l’apprentissage d’une écoute attentive et de la communication bienveillante
  • et pour certains, comme moi, de la méditation.

Ensuite, l’enfant verra en l’animateur une personne qui n’a pas les mêmes attentes que les enseignants ce qui libère certains élèves plus timides ou en difficulté. C’est le retour que j’ai souvent entendu d’enseignants qui avaient appréciés de pouvoir observer leurs élèves dans ce contexte et leur surprise devant le comportement de certains. Apprendre à s’adapter au contexte et à son interlocuteur sont des apprentissages concomitants aux ateliers.

Et puis, l’animateur ne dirige pas, n’apporte pas de réponse, n’attend pas de réponse précise comme un enseignant. Non seulement, cet exercice peut être difficile pour certains enseignants, ce qui est normal puisqu’ils ont une formation, tout un travail de préparation et toute une expérience dans ce sens. Mais il peut être préférable que l’enseignant reste celui qui transmet le savoir et que les ateliers, d’apparence plus libertaires, soient animés par une personne extérieure.

Mais c’est celui qui m’a amené aux ateliers philo qui en parle le mieux;

Tribune de l’Express Frédéric Lenoir et Nadia Hai

Alors, qu’est qui vous retient?

Retour sur les ateliers à l’école du Pouligou

Au mois de janvier dernier, je commençais une série d’ateliers philo avec toutes les classes, du CP au CM2, de l’école du Pouligou, à Pornichet.

L’amicale laïque et l’école avaient signé une convention avec l’association SEVE qui m’a envoyée sur place, avec deux autres animateurs.

La demande était d’animer une série d’ateliers autour de composantes du vivre ensemble. L’objectif étant de réfléchir à tout ce dont nous avons besoin pour vivre ensemble en harmonie mais également de l’expérimenter dans la pratique même de l’atelier.

Nous avons donc eu le plaisir de débattre sur les thèmes de la liberté, du langage, de la violence, de l’amitié, des émotions et de la différence… avant d’être brutalement arrêtés par le premier confinement, alors que nous n’avions réalisé que la moitié des ateliers.

Heureusement, l’amicale laïque et l’équipe enseignante ont décidé de reprendre à la rentrée de septembre pour poursuivre notre chemin de pensées. Les élèves de CP ne connaissaient pas encore les ateliers mais ils ont très vite compris le fonctionnement. Il y avait de nouveaux élèves dans chaque classe mais leurs camarades ont pris plaisir à leur expliquer ce qu’est un atelier philo :

« On réfléchit ensemble et des fois, à la fin, on n’a pas de réponse » a expliqué l’un des enfants

Nous avons donc poursuivi notre réflexion autour des questions suivantes :

  • Aimerais-tu vivre seul?
  • Fille/garçon, ça change quoi?
  • Dois-tu toujours être d’accord avec les autres?
  • A-t-on toujours besoin de règles et d’un chef pour vivre ensemble?

En retrouvant les enfants, j’ai ressenti leur plaisir de renouer avec cette pratique. Ils avaient totalement intégré le fonctionnement :

  • Lecture du cadre (ou règlement) et ajout de règles si nécessaire, à la demande des enfants, puis approbation par tous.
  • pratique de l’attention, avec des demandes particulières pour des méditations qu’ils avaient appréciées.
  • découverte du support introducteur (livre, court-métrage) et du thème.
  • choix des secrétaires et illustrateurs.
  • 30 minutes de discussion, mesurées par le sablier. « eh! Nathalie! Le sablier est déjà fini. Ça passe vite. »
  • synthèse : quelle réponse pouvons-nous apporter à notre question de départ à partir de ce que nous avons dit? Avec l’aide des secrétaires et illustrateurs.

Vivre ensemble, se respecter même si nous ne sommes pas d’accord, réfléchir ensemble pour mieux comprendre nos comportements, nos besoins, notre relation aux autres, qui nous sommes…

Le chemin que ces enfants ont parcouru n’est qu’un début. Comme l’avait dit un enfant, nous n’avons jamais trouvé La Réponse. Cependant, nous avons commencé à y réfléchir. Nous avons compris que nous allions apprendre et évoluer tout au long de notre vie et ainsi, peut-être, certainement, nous nous approcherons d’une réponse, nous essaierons de mieux comprendre tout ce qui se passe autour de nous.

Mais surtout, nous avons expérimenté ce processus de réflexion et de partage. Nous savons maintenant que c’est possible et c’est agréable.

Au total, les enfants ont participé à 8 ateliers chacun, Ils étaient déçus que nous nous quittions. Moi aussi car ces quelques mois passés avec cette équipe enseignante et ces enfants ont été un grand plaisir.

Je fonde l’espoir que d’autres cycle seront mis en place, en particulier dans les écoles des village autour de chez moi, dans le Pays de Retz, en Loire Atlantique. Ces espaces sont trop souvent oubliés, pourtant, les ateliers philo ont leur place dans toutes les écoles, citadines et rurales.

Alors j’espère que l’année 2021 sera philosophique partout.

La rentrée approche à grands pas…

Il existe ainsi des moments de l’année où nous avons l’impression que le temps fait une pause avant de démarrer un grand changement.

Il en est ainsi de la rentrée scolaire chaque année, que nous ayons un enfant ou pas d’ailleurs. Mais cette année, la rentrée a une autre saveur, celle de l’envie de se retrouver après une trop longue absence. De retrouver « une vie normale » et celle de l’inconnu qui plane encore au-dessus de notre organisation, de notre vie. Celle du besoin de retrouver un rythme familier.

J’ai cette envie de retrouver les enfants que j’ai dû quitter brutalement le 13 mars dernier. J’ai envie de poursuivre nos réflexions sur la liberté, le bonheur, le langage, la différence, les émotions… le vivre ensemble. Toutes ces notions qui ont été soumises à rude épreuve et dont nous avons besoin de retrouver l’essence. Ou ces autres ateliers avec des jeunes à partir des mythes et la réflexion qu’ils nous permettent d’avoir sur l’humain.

La discussion à visée philosophique aura une place particulière en cette rentrée. Les enfants ont besoin de réfléchir ensemble au sens du monde et de la vie. Chercher ensemble des réponses à leurs questions.

« On n’apprend pas la philosophie, on n’apprend qu’à philosopher ! « 
Emmanuel Kant

Mon statut d’animatrice me donne une place privilégiée pour accompagner les discussions des enfants car nous n’avons pas de programme précis à suivre ni de connaissances quantifiables à atteindre. Nous devons juste nous entraîner à organiser notre pensée ensemble, avec les outils de la philosophie, avec les arguments de chacun, pour observer et comprendre le monde de mieux en mieux, par nous-même. Développer cette pensée autonome qui va mettre en éveil notre esprit critique. Devenir des humains qui pensent, des animaux raisonnables…

Il reste de la place dans mon agenda. Si vous souhaitez mettre en place un cycle d’ateliers dans votre établissement, contactez-moi.

Qu’est ce que la guerre?

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Les classes de CE2/CM1 et de CM1/CM2 de l’école du Parc à Chauvé ont souhaité participer à un atelier sur la guerre en lien avec les commémorations du 11 novembre.

J’ai lu, en introduction, l’excellent album de Davide Cali et Serge Bloch, L’ennemi (éditions Sarbacane, une nouvelle édition arrive bientôt!!). Cet album présente très bien l’état d’esprit d’un soldat qui n’avait pas envie d’être là, qui a été manipulé, puis qui prend conscience que l’ennemi n’en est pas un. Juste un homme comme lui.

Certes, l’histoire induit la discussion mais les enfants ont aussi vite fait le rapprochement avec d’autres formes de violences (physiques et verbales) et le manque de respect pour celui qui est agressé. Nous avons également parlé du courage nécessaire pour faire renaître le dialogue vers la paix. Une discussion enrichissante et à répéter aussi souvent que possible.

Donc, si l’actualité de ce week-end vous donne envie de poursuivre la réflexion, je vous invite à lire cet album, et surtout, à y réfléchir ensemble.

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Halte, on ne passe pas!

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J’ai reçu une commande d’atelier pour une classe sur le thème : civisme/désobéissance civile. Pour introduire ce thème, j’ai immédiatement pensé à l’excellent album Halte, on ne passe pas! d’Isabel Minhos Martins, illustré par Bernardo P. Carvalho aux éditions Notari.

le pitch : Un soldat interdit aux personnages de passer sur la page de droite du livre, sur ordre de son général qui se la réserve pour entrer dans l’histoire quand il le souhaitera. Étonnement, incompréhension, les personnages ne comprennent pas cette loi absurde.

Une foule, pleine de personnages hétéroclites, se masse devant ce pauvre soldat qui obéit aux ordres jusqu’à ce qu’un événement anodin pousse les protagonistes à agir.

Même si nos lois ne sont pas aussi absurdes que l’exemple de cet album, il est intéressant d’apprendre à réfléchir aux lois ou aux règles, à leurs conséquences, à avoir  un esprit critique tel que la discussion à visée philosophique le développe. L’histoire nous offre des exemples d’hommes ayant changé le cours de l’histoire en désobéissant: Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela… Plus récemment, des bénévoles qui enfreignent la loi pour venir en aide aux réfugiés font régulièrement parler d’eux aux actualités. Pour en parler avec les enfants, voici un article paru dans Un jour, une actu https://www.1jour1actu.com/france/dans-les-alpes-les-habitants-se-mobilisent-pour-les-migrants-15054/

J’ai hâte de partager cette discussion avec les enfants. Si le sujet vous attire, l’album Halte, on ne passe pas! est en cours de réimpression, réservez le pour sa sortie en janvier 2019, non seulement le sujet pousse à la réflexion, mais les illustrations sont pleines de détails humoristiques. Grand merci aux éditions Notari

 

Est-ce que c’est bien la liberté?

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J’ai animé un atelier à partir de l’histoire de la Chèvre de monsieur Seguin avec une classe de CM1.

Après la lecture, voici une partie des questions posées par les enfants :

  • Est-ce que c’est bien la liberté?
  • Est-ce qu’être enfermé, c’est la sécurité?
  • Que signifie la corde? (celle avec laquelle Blanchette est attachée dans la champ)
  • Auraient-ils pu discuter pour trouver un arrangement? M Seguin aurait-il pu lui expliquer autrement?
  • Que représente la montagne pour Blanchette?
  • Est-ce qu’elle trouve le bonheur dans la montagne?
  • Pourquoi se bat-elle alors qu’elle sait qu’elle va mourir?

Les enfants avaient très envie de parler de la liberté mais j’ai été surprise de constater que, malgré leur jeune âge, ils en avaient une idée très sombre. Elle leur semble néfaste car les désirs des hommes les poussent à aller trop loin s’ils ne rencontrent pas d’obstacle, de limite. Leur première conclusion était que trop de liberté fini mal, punition, prison…

Heureusement, Monsieur Seguin et sa corde nous ont permis de faire un parallèle avec les règles et les lois qui, certes, nous enlèvent quelques libertés mais cela nous permet de mieux jouir de celles qu’il nous reste. Nous n’avons pas tous les mêmes libertés, selon la région du monde où nous sommes nés, mais le plus important est d’être conscient de ce dont nous pouvons jouir et d’en profiter.

Les enfants, lors d’une discussion à visée philosophique, sont étonnants et enrichissants. Cet atelier en classe à permis à l’enseignant et à moi, qui les côtoyais régulièrement à la bibliothèque, de découvrir les enfants sous un autre jour en leur donnant la possibilité de s’exprimer.

Je remercie Olivier, directeur et enseignant à l’école du Parc de Chauvé, de m’avoir accueilli dans sa classe. J’espère que nous pourrons renouveler cette belle expérience.