Le sens des limites

de Monique Atlan et Roger-Pol Droit, aux éditions de l’Observatoire

Alors que de nouvelles limites sont nées autour de nous, pour nous protéger, pour éviter l’engorgement des hôpitaux, pour sauver l’économie… et que des mouvements de révoltes voient le jour contre ces atteintes aux libertés, les auteurs font dans cet essai une remarquable étude des limites, de leur sens, de leur évolution, de leur utilité.

Il est un sujet d’atelier philo qui est plébiscité par les adultes (enseignants, animateurs…) : les règles (doit-on obéir aux lois? a t-on besoin d’un chef pour vivre ensemble? …)

et un autre plébiscité par les enfants et les adolescents : la liberté

Tout commence par le cadre que nous écrivons ensemble, en début d’atelier, pour que chacun puisse s’exprimer et se sentir en confiance. La limite, elle est aussi dans le vocabulaire et les arguments que nous partageons, faussés parce que « vous êtes là madame, y’a des choses qu’on ne peut pas dire. »

Les auteurs montrent comment les humains sont divisés entre l’idée de renforcer des limites pour nous protéger (notre santé, notre identité…) et l’idée de dépasser les limites en contrevenant aux lois / règles pour protéger MA liberté ou pour dépasser la nature. Pourtant, pourrions nous vivre sans limites?

Il est parfois bon de prendre le temps d’observer les choses de façon plus globale pour comprendre leur évolution, leur utilité, les erreurs mais aussi la justesse des limites. Il revient à l’humain qui crée ou rejette la limite de le faire en conscience et pour cela, ce livre est un outil précieux.

Pour en savoir plus, le site des éditions de lObservatoire et le site de Roger-Pol Droit

Grand merci à Pascale pour ce conseil de lecture et pour les ateliers que nous avons partagés à l’hôpital pendant 3 ans.

« Un philosophe à l’hôpital », Guillaume Durand

La première fois que j’ai entendu parler du philosophe Guillaume Durand c’était lorsqu’une jeune fille de CE2, à l’école , m’a dit qu’elle savait ce qu’était la philosophie parce que son papa est philosophe. Après quelques recherches sur le papa, j’ai trouvé cette présentation (en version imprimée aux éditions M-Editer) :

J’ai très vite proposé le sujet aux jeunes que je rencontrais à l’époque, en septembre 2020, à l’hôpital de Saint Nazaire. Il en est ressorti une discussion très animée et intéressante.

C’est finalement dans ce même établissement que Guillaume Durand tient une permanence de consultations d’éthique clinique dont il partage quelques exemples dans le livre « Un philosophe à l’hôpital » aux éditions Flammarion.

Dès l’introduction j’ai compris que je trouverai dans ce livre des exemples concrets de l’utilité de la réflexion philosophique dans notre vie et particulièrement lorsque nous devons prendre des décisions difficiles. Le philosophe commence par ces constatations :

« J’avais oublié le réel. Les études de philosophie m’ont éloigné de ce que la plupart d’entre nous tiennent pour la réalité. » (page 9)

Pourtant le philosophe consacre son travail à la compréhension et l’explication de ce qui, dans la vie et le monde concret, ne peut être expliqué, uniquement, par la science. Donc le philosophe réfléchit au réel en permanence mais en prenant une distance telle qu’il pourrait oublier que son sujet est bien réel. Il aura donc fallu la demande de soignants conscients de l’intérêt de cette réflexion pour l’ancrer dans la réalité de l’hôpital :

« Face à des situations délicates, il arrive que les soignants, les patients et leurs proches recherchent une aide dans la philosophie. Une réflexion appliquée, accessible et tournée vers l’action : une éthique clinique, « au chevet » du patient, qui consiste à déterminer pour chaque situation la voie la plus juste. » (page 9-10)

Dans ce livre, l’auteur partage avec nous quelques exemples de réflexions ou dilemmes rencontrés lors de ses consultations. Il n’a pas la prétention d’apporter la solution mais une aide, un accompagnement et cela me semble déjà beaucoup. A mon humble niveau, j’ai pu constater lors des ateliers avec les jeunes, à l’hôpital, que la discussion leur permettait d’expliquer un problème qu’ils rencontraient, bien que ce ne soit pas l’objectif premier de ces ateliers, grâce à la distance qu’ils avaient pu mettre entre leur vécu douloureux et le sujet tel que nous l’abordions.

Ce livre est donc très intéressant par l’éclairage qu’il apporte sur l’aide concrète de la philosophie dans nos vie et j’espère qu’il incitera ainsi à développer de telles consultations. Il apporte également un argument supplémentaire pour démontrer combien apprendre à philosopher dès le plus jeune âge est important pour donner des outils à ces futurs adultes pour mener leur vie.