
Hier soir, j’animais un café-philo pour les Escales Philosophiques au Nomad’café à Saint Nazaire. Il est difficile de rester concentrée jusqu’à 21h après avoir passé 6 en service public à la médiathèque mais l’assemblée présente m’a bien aidée par sa participation. En effet, 18 personnes sont venues, des habitués et des curieux, pour débattre sur la question du jour : peut-on distinguer l’homme de l’œuvre ? Cette question a été proposée, il y a quelques temps par une participante et je l’ai gardée telle qu’elle l’avait écrite.
Elle soulève de nombreuses problématiques et définition à apporter. La première étant de définir un œuvre car la réduction à l’art arrive vite sous l’influence des (trop) nombreux cas qui font l’actualité depuis de (trop) nombreuses années. Donc une œuvre est une création, matérielle ou immatérielle. Pour certaines, nous ne nous posons pas la question de son créateur, qui est l’architecte de bâtiments de la cité voisine ? Peu nous importe. Le créateur devient important lorsque son œuvre commence à avoir une certaine notoriété. Parfois, c’est la notoriété du créateur qui dépasse l’œuvre, on pourra parler d’un Picasso sans donné le nom du tableau par exemple. Dans ce cas, l’œuvre ne se distingue pas de son créateur. Nous sommes loin de l’idée d’émancipation des œuvres développée par Kant.
La question était aussi intéressante par le choix fait de s’interroger sur l’homme. Il pose la question de la femme créatrice qui a longtemps été empêchée, occultée, spoliée de ces œuvres, quelles soient artistiques ou scientifiques au profit d’homme, parfois proches. Les œuvres ne pouvaient donc pas être attribuées à des femmes mais à des hommes (d’où l’intérêt à ce moment de ne pas mettre de majuscule) ?
Mais ce qui à amené cette question est bien sûr le comportement de certains créateurs et la question de savoir s’il est encore possible de les lire, de les écouter ? Quel est l’impact de leur comportement sur leurs œuvres ? Sur la façon dont nous les percevons ?
Nous avons distingué les œuvres qui impliquent directement leur créateur : le chanteur, l’acteur par exemple, même si l’œuvre n’a rien à voir avec les faits qui leurs sont reprochés. L’œuvre implique qu’ils soient présents et cela peut provoqué une réaction émotionnelle chez le spectateur qui reliera alors l’œuvre à ce que l’homme a fait. Ce qui ne provoque pas la même réaction si le créateur n’est pas présent ou mort depuis longtemps. Est- apparu aussi l’argument que si on continue à acheter les œuvres ou à aller voir le créateur, on contribue à son enrichissement (ou au moins à sa rémunération). Une personne qui a commis un acte répréhensible peut retravailler à sa sortie de prison mais le sentiment n’a pas été le même dans l’assistance à cause du contact direct avec la personne. Nous avons aussi discuté du droit de la présomption d’innocence qui est plus difficile à faire respecter aujourd’hui avec des informations et des commentaires qui vont beaucoup plus vite que les enquêtes.
Un point important aussi était l’intention dans l’œuvre. Si l’œuvre est un outil de propagande ou de diffusion d’une idéologie par exemple, elle ne peut pas être distinguée des faits reprochés à son créateur. C’est alors que nous avons retrouvé l’idée de l’émancipation de certaines œuvres majeures qui exprime une forme d’expression universelle qui ne peut être rattachée à son auteur. Cependant, certaines interprétation font ressortir les idées reprochées à leurs auteurs mais ne sont-elles pas influencées par les sentiments, comme nous l’avons vu précédemment, que provoquent les actes ou les idées reprochés aux auteurs ?
Nous avons aussi parlé de contexte et de l’éducation nécessaire pour accéder à ces œuvres. Nous avons parlé de la chance que nous avons de vivre dans un pays où les œuvres ne sont pas censurées arbitrairement. Mais surtout, nous avons considéré que c’est avant tout à chacun de nous de faire le choix du rapport que nous voulons avoir aux œuvres en sachant quels actes leurs créateurs ont commis ou quelles idéologies ils ont soutenu. Faisons usage de notre libre arbitre.
Merci à tous les participants et à Leslie Lumeh pour son témoignage. Vous pouvez voir ses œuvres ici