Qui sui-je? encore

En mars 2019, je me posais déjà la question ici et j’espérais pouvoir en discuter avec les jeunes. C’est fait!

Nous avons eu l’occasion de nous interroger en regardant ce dessin trouvé sur Pinterest.

Nous vivons une époque où l’image peut ne pas vraiment correspondre à ce que nous sommes. Ou peut-être que si finalement. Comment savoir? Quel long chemin devons nous parcourir?

Selon mes jeunes philosophes, nous sommes influencés par nos proches, famille, amis, professeurs… et par la société. Mais nous sommes plus ou moins sensibles à cet environnement. Il y a cependant des moments où nous nous sentons vraiment exister, lorsque nous sommes dans le Flow, comme l’a étudié le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi. Pourtant, là, c’est un jeune homme qui me l’a dit. Il m’a même expliqué qu’on n’avait pas conscience de cela au moment où nous le vivions et qu’il est difficile de le retrouver, de le recréer.

Ce Flow est un état mental qu’on atteint lorsqu’on est totalement concentré par une activité qui nous fait tout oublier, le temps, les gens qui nous entourent, manger, boire. Plus rien n’existe d’autre. Mais nous ne sommes conscient de cet état que si nous faisons l’effort, après, de réfléchir à ce que nous avons vécu, ressenti.

En fait, il existe différentes façons d’être soi. Leur point commun est que toute nécessitent volonté et efforts. Philosophie magazine, dans le numéro 131 de juillet/août 2019, l’a très bien résumé dans ce schéma que je me suis permise de scanner.

extrait de L’évidence intérieur, page 53, Philosophie magazine n°131

Il existe différents chemins que nous choisirons selon notre personnalité. Ou peut-être que nous en essaierons différents avant de trouver celui qui nous convient. Mais une chose est sûre, nous devons être prêts à faire des efforts et à lire les philosophes!

J’en profite pour remercier chaleureusement Malika et Pascale qui me permettent de rencontrer les jeunes, à l’hôpital de Saint Nazaire, ainsi que les jeunes avec lesquels j’aime tant discuter, réfléchir.

La rentrée approche à grands pas…

Il existe ainsi des moments de l’année où nous avons l’impression que le temps fait une pause avant de démarrer un grand changement.

Il en est ainsi de la rentrée scolaire chaque année, que nous ayons un enfant ou pas d’ailleurs. Mais cette année, la rentrée a une autre saveur, celle de l’envie de se retrouver après une trop longue absence. De retrouver « une vie normale » et celle de l’inconnu qui plane encore au-dessus de notre organisation, de notre vie. Celle du besoin de retrouver un rythme familier.

J’ai cette envie de retrouver les enfants que j’ai dû quitter brutalement le 13 mars dernier. J’ai envie de poursuivre nos réflexions sur la liberté, le bonheur, le langage, la différence, les émotions… le vivre ensemble. Toutes ces notions qui ont été soumises à rude épreuve et dont nous avons besoin de retrouver l’essence. Ou ces autres ateliers avec des jeunes à partir des mythes et la réflexion qu’ils nous permettent d’avoir sur l’humain.

La discussion à visée philosophique aura une place particulière en cette rentrée. Les enfants ont besoin de réfléchir ensemble au sens du monde et de la vie. Chercher ensemble des réponses à leurs questions.

« On n’apprend pas la philosophie, on n’apprend qu’à philosopher ! « 
Emmanuel Kant

Mon statut d’animatrice me donne une place privilégiée pour accompagner les discussions des enfants car nous n’avons pas de programme précis à suivre ni de connaissances quantifiables à atteindre. Nous devons juste nous entraîner à organiser notre pensée ensemble, avec les outils de la philosophie, avec les arguments de chacun, pour observer et comprendre le monde de mieux en mieux, par nous-même. Développer cette pensée autonome qui va mettre en éveil notre esprit critique. Devenir des humains qui pensent, des animaux raisonnables…

Il reste de la place dans mon agenda. Si vous souhaitez mettre en place un cycle d’ateliers dans votre établissement, contactez-moi.

Le Petit traité de philosophie naturelle

de Kathleen Dean Moore aux éditions Gallmeister.

Petit traité de philosophie naturelle

Avant de partir en vacances, je voulais partager mes impressions après la lecture de ce magnifique petit traité. Et un problème informatique m’en a empêché. Nous sommes donc partis pour quelques jours de trek au Cap-Sizun, entre Audierne et Douarnenez, en passant par la Pointe du Raz, comme s’il y avait une progression naturelle entre cette lecture et nos vacances.

J’ai éprouvé, comme à chaque rando, ce plaisir, cette joie, cet émerveillement devant une nature grandiose. C’est en même temps le meilleur moyen, pour moi, de me sentir vivante, en dehors du superflu, en lien direct avec mon corps et mes émotions, je ressens la vie. J’ai donc repris mes notes de lectures, à mon retour, que je vous partage, en partie, car je vous invite surtout à lire ce livre et à réfléchir à ces différents sujets.

Dans le chapitre intitulé La Leçon du marais l’auteure écrit: « Nous comprenons, trop tard, que nous n’avons jamais appris à nos étudiants ce que le canards savent sans savoir. Que, comme le disait Dostoïevski, « il nous faut aimer la vie plutôt que le sens de la vie. » Il nous faut aimer la vie par-dessus tout, et de cet amour naîtra peut-être un sens. Mais « si cet amour de la vie disparaît, rien ne peut nous consoler ».  »

et un peu plus loin : « C’est la leçon du marais. La vie concentre toutes ses puissances sur un seul but: continuer à exister. Un marais au crépuscule, c’est la vie qui exprime son amour de la vie. Rien de plus. Mais rien de moins, et nous serions stupides de nous dire que c’est là une leçon sans importance. »

Lorsque nous réfléchissons au sens de la vie, voyons-nous l’essentiel? Sommes nous vraiment reliés à la vie ou à l’idée que nous nous en faisons?

Dans Le guide des oiseaux de l’Ouest Américain. L’auteure nous raconte cet émerveillement né de l’observation de la nature et elle nous dit : « tous ces phénomènes éveillaient en elle ce que Joseph Wood Krutch nomme « la joie qui ne se laisse pas penser ».

Puis dans Notes de terrain pour une esthétique de l’orage, « La beauté, comme l’a souligné Edmund Burke, apaise l’esprit. ou, si elle n’apaise pas exactement, du moins suscite-t-elle joie et bonne humeur. « La tête s’incline légèrement de côté, les paupières s’abaissent plus que de coutume, les yeux se tournent gentiment… A cela s’ajoute un sentiment d’attendrissement et de langueur. »

plus loin, dans le même chapitre: « Mais il faut faire attention, nous rappelle Burke. Le contraire de la « beauté » n’est pas la « laideur ». Le contraire de la « beauté », c’est le « sublime », cette prise de conscience, comme un coup dans les tripes, de la présence de forces chaotiques libérées et incontrôlées, la terreur – et finalement le respect sacré. Éprouver le sublime, c’est comprendre, avec une intuition si farouche et si soudaine qu’elle vous fait courber l’échine, qu’il y a dans l’univers une puissance et un potentiel supérieur à tout ce qu’on peut imaginer. Le sublime fait éclater les frontières de l’expérience humaine. N’est-ce pas à cela, en fin de compte, que nous aspirons ardemment? »

la Pointe du Raz NHD

Spinoza dit « Deus sive natura » (Dieu ou la nature), les deux ne faisant qu’un. Nous retrouvons ce respect sacré, cet état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous observons la nature, comme une communion, un accord profond.

Extrait maintenant du chapitre Lance ta grenouille à la surface des eaux. « Les histoires ne sont-elles pas tout ce qui vous reste, lorsque vous allez au-delà du visible? Vous inventez des théories, et si elles s’accordent entre elles, vous appelez ça « la théorie de la cohérence épistémologique », mais cela revient à raconter des histoires et si tous les détails sont cohérents, s’il concordent sans se contredire, vous croyez à ces histoires.« 

Mais notre besoin de tout expliquer nous fait inventer des histoires auxquelles nous croyons parfois plus qu’à ce que nous voyons.

Dans le chapitre Souvenirs (Le hangar à bateaux), la mémoire serait peut-être ce qui nous définit. «  Lorsque les philosophes cherchent à savoir ce qui nous rend unique, ils en reviennent sans cesse à la mémoire. Même si j’étais soudain pourvue d’un autre corps, il est probable que je serai encore moi-même.« 

Alors nous l’emplissons et cela peut nous pousser à ne plus voir que les ombres de la Caverne. Ces ombres que nous créons et que nous alimentons comme nous le dit Kathleen Dean Moore dans la chapitre Cette crainte qu’inspirent les ours.

Il y a beaucoup à dire et à penser à partir de ce livre et de la nature. Le mieux maintenant, est que vous le lisiez.

Changer la vie

J’ai lu l’article d’Abdennour Bidar, Changer de vie pour changer la vie et je n’ai pas pu rester indifférente, comme bon nombre d’entre vous, j’en suis persuadée. Qui n’a pas dit ou pensé, pendant le confinement, qu’il souhaitait changer de vie. Ou après, lorsque le déconfinement a été difficile.

Nous avons expérimenté une autre façon de vivre pendant quelques mois : une activité transformée, notre vision du travail et des métiers modifiée, une relation au temps différentes pour certains, à la famille aussi et à nos relations aux autres, une autre consommation… des changements auxquels nous pensions peut-être et que nous avons pu ou dû expérimenter brutalement. Et peut-être apprécier.

On nous a aussi beaucoup parlé de la pollution qui diminuait, de la nature qui s’installait un peu partout. Cette nature qui était notre espace de liberté lorsque nous avions un jardin (encore plus que d’habitude) ou qui nous manquait plus que nous ne l’avions jamais ressenti.

Alors oui, nous pouvons éprouver le besoin de changer de vie. Peut-être pas tout mais quelques petites choses dans notre consommation, notre rapport au travail et notre relation aux autres, la famille, les amis et surtout la nature.

Si j’insiste sur la nature c’est à cause, ou grâce aux enfants que je rencontre lors des ateliers. Bien avant cette crise du coronavirus il y en avait une autre bien présente, une crise existentielle avec d’un côté, des gilets jaunes et autres qui revendiquaient le droit à gagner plus (très résumé) et de l’autre, des jeunes qui nous demandaient à tous de changer notre mode de vie pour protéger la Terre, leur maison de demain.

Cette conscience que leur avenir est en danger est ancrée chez beaucoup d’enfants, dès le plus jeune âge. Lors d’ateliers sur la liberté dans une école primaire, au mois de février 2020, lorsque les enfants vous disent, dès le départ de la discussion, qu’il ne faut pas laisser les hommes trop libres parce qu’ils détruisent la Terre. Que les adultes sont incapables de se maîtriser alors ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes pourvu qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Puis, en juin dernier, avec des adolescents, au CHU de St Nazaire. Notre atelier commençait par la lecture du mythe de Dédale et Icare. Une jeune fille s’est immédiatement récriée que « l’Homme a toujours eu des rêves de grandeur en voulant dépasser la nature et, pour cela, il l’a détruit ». Ses camarades étaient tous d’accords avec elle en expliquant que l’Homme veut toujours plus, jusqu’à ce que ça aille mal. « Les rêves de grandeur des Hommes vont nous faire tomber de haut. » « Nous avons voulu dépasser la Nature et nous la détruisons. Nous avons été des parasites sur la Terre alors que la Nature n’a pas besoin de nous, elle aurait pu vivre sans nous. »

Ces discussions me permettent d’entendre la réflexion des jeunes sur leur avenir. Ils sont conscients des difficultés à sortir d’un schéma dans lequel nous nous sommes enlisés, comme une addiction, mais ils voient aussi la nécessité de changer pour être plus attentifs à la nature et, par conséquence, à nous. La jeune Greta Thunberg me semble être l’image de ce que beaucoup de jeunes pensent. Au lieu de la railler, et une grande partie des jeunes avec elle, il serait peut-être temps de réfléchir à ce qui est bon pour nous.

Ne soyons plus l’engrenage d’une machine économique qui fait grandir le mal-être en nous et détruit la Terre de nos enfants mais faisons des choix qui vont nous nourrir autrement et protéger nos enfants.

trouver le lien entre la philosophie et le bien-être

L’activité pendant le confinement a été profondément perturbée, comme nous avons tous pu le constater. Les ateliers se sont arrêtés d’un seul coup, je me suis retrouvée coincée chez moi, tout comme les enfants. Les ateliers philo avec les enfants représentent la part la plus importante de mon activité actuelle, j’ai donc essayé des ateliers en visioconférence avec le groupe des enfants de l’association les Inst’Enfantastiques. Certes nous avons passé un bon moment à partager nos impressions, nos réflexions et tout ce que l’on peut partager en général. Cependant la visioconférence est un média qui ne permet pas de prendre en compte toutes les dimensions en jeu dans la discussion, dans l’échange et ne serait-ce que pour ça je ne vois pas comment je pourrais remplacer les ateliers en présentiel, où nous sommes physiquement les uns avec les autres, où nous pouvons voir le comportement de chacun, tout le langage corporelle qui est important aussi dans la discussion, dans l’échange. D’autant plus important pendant cette période difficile où les enfants pouvaient partager des émotions assez fortes dues à la situation et où la barrière de l’écran ne permettait pas de partager une empathie qui est forte à ce moment-là.

Donc, je pouvais soit me lamenter soit me mettre au travail autrement. C’était une opportunité, plein de moyen d’apprendre étaient mis à notre disposition. Alors j’ai choisi de profiter de cette période pour me former sur un sujet qui m’attirait depuis longtemps : la philosophie et le bien-être. Comment les philosophes ont été des précurseurs quant à une prise de conscience de ce dont nous avons besoin, de ce qui pouvait améliorer notre vie, en particulier notre bien-être. J’ai donc suivi deux MOOC : Science of Well-being par Laurie Santos, de Yale University et De-mystifying mindfulness par Chris Goto-Jones de Leiden University.

La récompense : les certificats

Je poursuis ma formation pour faire ce lien avec la philosophie et cela dans le but de proposer des ateliers de réflexion sur la philosophie et le bien-être à la rentrée: La philosophie comme outils pour être des acteurs de notre bien-être. Actuellement je suis les cours de Mitchell Green, Know Thyself – The Value and Limits of Self-Knowledge: The Examined Life, de l’université d’Édimbourg.

Tout cela rejoint quelques lectures que j’ai envie de partager (uniquement les titres, à vous d’aller à la bibliothèque ou à la librairie maintenant que nous y avons accès):

  • Tu es donc je suis et Pour une écologie spirituelle, Satish Kumar
  • Trois amis en quête de sagesse et A nous la liberté, M Ricard, C André et A Jolien –
  • Le miracle Spinoza, Du Bonheur, un voyage philosophique et La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent , F. Lenoir –
  • L’Amour de la sagesse, initiation à la philosophie, Bruno Giuliani, –
  • Petit traité des grandes vertus, A Comte-Sponville
  • Sagesses d’hier et aujourd’hui et Apprendre à vivre, L Ferry
  • Une BD, Philocomix, 10 philosophes, 10 approches du bonheur, JP Thivet

Alors prenez le temps de méditer, soyez attentifs à ceux et à ce qui vous entoure et pensez.

Je le veux!

Le destin de Fausto de Oliver Jeffers

Kaléidoscope, 2020

Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope
Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope

Notre cher monsieur Fausto, avec son costume trois pièces, ces grosses moustaches et son air grincheux, a décidé que tout lui appartenait. Il décide donc de sortir fait l’inventaire de ses possessions; une fleur, un mouton, un arbre, un champ, un lac, une montagne… bref, tout jusqu’à ce qu’il arrive au bord de l’océan. Il va au large grâce à un pauvre petit bateau qui se trouvait là et annonce à l’océan qu’il en est le maître. Mais l’océan ne se laisse pas faire. Il lui répond qu’il ne peut pas l’aimer puisqu’il ne le comprend pas.

Cette fable d’Oliver Jeffers est comme une parabole écologique de l’homme s’appropriant la nature avec excès sans en prendre soin, c’est le pouvoir de l’humain. J’ai ressenti la destruction délicatement représentée par la petite fleur coupée alors qu’elle avait accepté d’être possédée par l’homme.

L’homme fait de grosses colères, il tape du pied alors que la nature vit paisiblement. D’ailleurs, les couleurs sont belles et naturelles sauf les taches fluorescentes sur ce petit bonhomme énervé. Au départ, jusqu’à l’arrivée au bord de l’océan, les illustrations occupent peu de place sur la page. Certaines pages sont même blanches, ou plutôt blanc cassé, avec juste un peu de texte en haut. Mais l’océan lui, va prendre beaucoup de place. Des doubles pages entièrement recouvertes d’une belle eau bleue, verte, sombre.

Je ne dévoilerai pas tout et il ne s’agit que de mon interprétation mais j’adore cet album pour son texte, ses illustrations, sa mise en page, la qualité du papier. J’ai tendance à acheter les livres d’Oliver Jeffers les yeux fermés parce que je sais que j’y trouverai un sujet de réflexion à partager avec les enfants, agréablement illustré. C’est encore une belle surprise que j’espère pouvoir vite utiliser en atelier philo.

Une histoire qui n’a pas besoin de mots

Migrants de Issa Watanabe, éditions la Joie de Lire 2020

Album Migrants d'Issa Watanabe
Migrants, Issa Watanabe

Ce magnifique album est arrivé sur mon bureau pendant le confinement, une pépite pour illuminer cette période triste. Pourtant, le sujet est noir, comme la couleur dominante. Le noir du désespoir de ces migrants qui fuient leurs foyers mais surtout la mort. Elle qui rôde toujours, comme si elle veillait sur eux.

Les couleurs, les visages, les tissus, tout est magnifique mais les visages sont tristes parce que ce voyage est une grande douleur.

Il n’y a aucun mot mais je ne pense pas que des mots apporteraient plus à cet album tellement les illustrations nous parlent, nous crient, nous racontent le voyage et la détresse de ces familles. Les éditions La Joie de Lire nous font un cadeau magnifique en publiant cet album d’Issa Watanabe, illustratrice espagnole au grand talent.

Rendez-vous chez votre libraire…

La République de Platon ou

Réfléchissons à la vie en communauté.

Platon – La République – De Dicto #13

Si comme moi, vous avez pris le temps de regarder cette vidéo, ou mieux de lire La République de Platon, cette vision n’a plus de secrets pour vous.

Dans un groupe important d’humains, il est nécessaire de mettre en place une organisation hiérarchique pour obtenir l’harmonie et la justice. Selon Platon, cette hiérarchie est formée de 3 groupes : les gouvernants qui possèdent la sagesse, la raison, les guerriers ont le courage et l’ardeur et le peuple la tempérance et le désir.

Draw My Life – Platon

Petit clin d’œil pour en savoir plus sur Platon.

Donc actuellement, nous vivons dans une société hiérarchisée, pas besoin de dessin. Les « gouvernants qui possèdent la sagesse » nous disent comment nous comporter, ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire. Puisque nous sommes incapables de vivre seul et que nous sommes envahis par nos désirs, nous devons nous organiser pour vivre ensemble. Nous en sommes capables parce que nous avons refoulé ce qui relevait de notre nature animale, selon le sociologue Nobert Elias (allez voir là https://books.openedition.org/pur/24413?lang=fr ). Pour vivre ensemble, il a fallut faire des efforts : ne pas cracher par terre par exemple. Bref, naturellement, nous avons mis en place un fonctionnement qui fait de nous des être civilisés (mais si, mais si).

J’aime beaucoup la parabole des porc-épics d’Arthur Schopenhauer

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »

extrait de Parerga et Paralipomena

J’ai l’impression d’être un porc-épic. Combien j’aimerais être proche, jusqu’à toucher (OMG!) ma famille et mes amis. Mais très vite, le vilain virus m’obligerait à reprendre mes distances… bref, tout le monde comprend où je veux en venir.

Normalement, il n’est nul besoin d’être philosophe ou gouvernant pour réfléchir au meilleur comportement à avoir avec nos congénères afin que leur vie et la nôtre ne soient pas mises en péril. Nous avons discuté, avec les enfants en « visio-atelier », du vivre-ensemble au temps du confinement. Dans leur grande sagesse, ils ont tous dit que même si leurs amis leur manque beaucoup, il faut rester éloignés et faire attention pour ne pas permettre au virus de se propager. Alors il serait bon que nous réussissions tous à refouler notre nature animale et nos vils désirs pour tousser dans notre coude, entre autres choses, et pouvoir très vite rapprocher nos pics.

Bonne journée,

le bonheur au temps du confinement

Le 13 mars dernier, les enfants prenez leurs affaires pour les ranger dans leurs cartables avant de quitter l’école pour un temps indéfini. Cependant, on ne ressentait pas la joie des veilles de vacances, même chez les plus jeunes, mais une sorte d’inquiétude transmise par les adultes et par l’inconnu.

Il a fallu s’adapter, s’organiser, « faire contre mauvaise fortune, bon cœur » dit le Robin des bois de Disney de 1973 (à revoir!) . Alors, toutes sortes de moyens de se distraire, se cultiver, se retrouver sans se toucher… on été mis en place pour donner l’impression que nous pouvions toujours mener une vie « normale ». Comme s’il fallait occuper le temps pour ne pas le voir.

Pourtant, il y a des manques, des besoins que la distance ne permet pas de combler, comme serrer ses proches dans ses bras lorsqu’ils habitent ailleurs. Ou une vraie réunion de travail où nous échangeons en voyant tout le langage corporel de nos collègues.

Alors, pour les petits comme pour les grands, ce confinement commence à être long même si nous sommes bien conscients qu’il est nécessaire.

Il est peut-être temps de prendre le temps d’une petite réflexion en famille!

Pixar – animation Bonus – Saute mouton

On nous a retiré certaines choses (école, travail, sorties…) pour nous protéger mais peut-on être heureux sans tout cela?

C’est le moment de réfléchir à ce dont nous avons vraiment besoin ou ce qui est simplement un plaisir qui passe aussi vite qu’il est arrivé. Les enfants ont peut-être passé plus de temps à partager des jeux ou des histoires avec les parents ou les grands frères ou sœurs. Vous avez peut-être passé plus de temps à cuisiner, lire, discuter, dessiner, fabriquer des objets… Qu’est-ce que vous avez ressenti? votre corps était-il détendu, ouvert ou, au contraire, tendu et recroquevillé? votre souffle était-il calme ou rapide?

De quoi avez-vous besoin pour vous sentir bien? Peut-être est-ce quelque chose qui ne vous est pas accessible pour le moment pourtant avant, vous ne lui accordiez pas l’importance que son absence vous montre. Comment pourrez-vous faire, après, pour lui accorder la place qu’elle mérite?

Pour être heureux, « bien dans sa peau », kiffer… selon certains philosophes, il faut

  • se connaître
  • ne pas se laisser envahir par les désirs (ils n’apportent que du malheur, qu’on se le dise!)
  • être conscient de ce que nous avons, de ce que nous sommes, de ce dont nous avons besoin

Et puis il y a ce qui ne dépend pas de nous, en ce moment, nous pouvons nous sentir impuissant.

« Il n’y a qu’une route vers le bonheur, c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté. »

Épictète (50-125)

Qu’en pensez-vous? Y a t-il des occasions de découvrir que vous souhaitez vraiment pouvoir agir différemment? De découvrir que vous pourriez suivre une formation, apprendre, pour réaliser ce qui vous tient tant à cœur? Ou au contraire, arrêter de culpabiliser, de vous inquiéter si vous ne pouvez rien y faire.

« Il faut méditer sur ce qui procure le bonheur, puisque, lui présent, nous avons tout, et lui absent, nous faisons tout pour l’avoir. »

Epicure, Lettre à Ménécée (IV av JC)

Pour certains d’entre nous, nous avons le temps de mener cette réflexion et de la partager avec nos enfants alors profitons en. Et comme il faut apporter différents arguments lors d’une discussion philosophique, voici un argument pessimiste de Kant

« Le problème qui consiste à déterminer d’une façon sûre et générale quelle action peut favoriser le bonheur d’un être raisonnable est un problème tout à fait insoluble. »

Emmanuel Kant (1724-1804)

Le bonheur serait égoïste et imaginaire… alors je finirai avec Voltaire

« J’ai décidé d’être heureux car s’est bon pour la santé. »

Voltaire (1694-1778)
Prenez soin de vous et lisez Philocomix 
Philocomix de Jérôme Vermer et Jean-Philippe Thivet éditions Rue de Sèvres
Philocomix de Jérôme Vermer et Jean-Philippe Thivet éditions Rue de Sèvres

Pensons penser

Dans l’album d’Edwige Chirouter que j’ai présenté hier, tout comme dans les propositions que je vous fais depuis une semaine, nous devons penser ensemble. Mais c’est quoi penser?

Pomme d’api, sous la plume de Jean-Charles Pettier, a proposé des outils pour partager un atelier autour de ce thème. La fiche explicative se trouve ici puis la BD et le poster . Grand merci à Charivari à l’école pour le partage.

Pour introduire cette discussion avec le ou les enfants qui vous entourent, je vais vous lire une des histoires de Socrate, mais pas l’ancien…

Alors, qu’est ce que penser? est-ce la même chose que réfléchir? A quoi cela sert-il? peut-on agir sans penser ou réfléchir et inversement? Peut-on arrêter de penser?…

Je vous présente également un livre qui malheureusement n’est pas traduit en français, le musée de la pensée. Pourquoi ne pas imaginer avec les enfants comment serait ce musée, les différentes salles etc.

A vous de jouer!