On fait le point.

Il est temps de faire le point de cette année scolaire riche et longue.
Comme je l’avais annoncé à la rentrée, j’ai commencé une licence en philosophie et humanités à distance. Elle est proposée par l’Université de Toulouse Jean-Jaurès. J’ai continué à animer des ateliers de pratique philosophique puisque je ne peux pas arrêter de travailler et que j’aime ce que je fais. A cela s’est ajouté une très belle opportunité, revenir à mon métier précédent de bibliothécaire grâce à un contrat à la médiathèque de Saint-Nazaire depuis le 1er décembre 2025.
Plus précisément, j’ai animé 104 ateliers philo et café philo et une demi-journée d’initiation. Ce sont donc moins d’ateliers que les années précédentes mais encore de très bons moments partagés avec vous. J’ai dû aussi réduire mon implication bénévole auprès des associations Campus Fertile et Les Escales Philosophiques car la gestion de ma micro-entreprise me prend déjà beaucoup de temps, je dois donc garder le plus de temps possible pour étudier mes cours et les œuvres qui les accompagnent.
A chaque fin de cycle et même après, j’ai reçu de nombreuses demandes pour la rentrée prochaine. Je suis très touchée et je vous remercie pour la confiance que vous m’accordez. J’apprécie énormément toutes nos collaborations mais je ne peux répondre à aucune demande pour le moment cependant je les transmets aux Escales Philosophiques ou à d’autres associations d’animateurs en qui j’ai confiance et avec qui je peux travailler si mon emploi du temps me le permet à la rentrée.

Puisque je fais le point sur cette année, elle a été studieuse parce que j’ai étudié tous les cours et les œuvres présentés ici puis j’ai passé les examens à Toulouse en mai et juin. J’ai adoré cette année d’études, même les cours ou les œuvres qui me plaisaient moins. En plus des connaissances que j’ai acquises, j’ai éprouvé ce plaisir de sentir mon esprit en ébullition. J’ai validé cette première année mais je compte bien me libérer plus de temps pour la L2 afin de mieux travailler et essayer d’échanger avec d’autres étudiants car la solitude est parfois pesante lorsqu’on étudie à distance.

Cette année ne m’a pas laissé beaucoup le loisir de lire autre chose que ce qui était nécessaire pour les cours mais la lecture des philosophes nécessite un apprentissage, de la pratique et j’ai la chance d’avoir cette opportunité aujourd’hui. J’ai remarqué aussi combien mes ateliers en étaient enrichis alors je me réjouis à l’idée des cours à venir et des répercussions qu’ils auront sur les ateliers que j’animerai.

Voilà donc une année scolaire très riche qui se termine. La seule certitude que j’ai pour la rentrée est que je suis inscrite en 2ème année de licence et que je compte bien y consacrer tout le temps nécessaire. J’espère que mon contrat à la médiathèque sera renouvelé en septembre et, selon le nombre d’heures qui me sera proposé, je verrai si je peux ajouter des ateliers philo.
Mais l’un n’empêche pas l’autre puisque je proposerai un atelier pour les enfants le vendredi 7 août matin, dans le bibliobus, sur le front de mer.
Bel été à tous et lisez !

Ateliers philo et école dehors

Un atelier philo avec les enfants dans un parc, ça change tout.
Depuis le début de l’année, j’intervenais à l’école Saint Marc, à Saint Jean de Boiseau. Après les classes de CE1-CE2 et CM1-CM2, j’ai terminé lundi avec la classe de CP-CE1.
Nous nous étions concertées avec les enseignantes sur les grands thèmes dont elles avaient envie pour les élèves en restant ouverts à leurs demandes pour les 6 ateliers de chaque classe. Pour terminer le cycle, l’enseignante de la classe de CP-CE1 souhaitait que les ateliers se déroulent pendant les temps de classe dehors. J’ai vu l’opportunité de discuter de la nature à cette occasion.

Nous nous sommes donc retrouvés 2 lundis de suite dans ce beau parc, sous les arbres de la forêt et accompagnés par la chorale des oiseaux.
Notre environnement a été la base de notre réflexion : des arbres, des végétaux, des oiseaux, des insectes… et des structures, un château, un bassin. Il y avait aussi des sons, le chant des oiseaux, les insectes et des parfums, en particulier celui de la bouse de vache. Si nous ne pouvions pas les voir, nous savions ainsi qu’elles n’étaient pas loin. Ainsi, petit à petit, les enfants ont distingué ce qui se crée seul et ce qui est construit par les humains. La nature et la culture dans un même lieu, avec quelques éléments nous permettant d’affiner notre observation : les structures de sport sont faites en bois mais, si les matériaux viennent de la nature, le bois a été ici coupé et assemblé par les humains. Un élève a qualifié ce qui est naturel d’être normal. Il fallait approfondir cette idée. Tâche difficile. c’est normal parce que ça se fait seul, sans s’arrêter.

Nous trouvons tout ce dont nous avons besoin dans la nature, notre nourriture, même si elle est transformée et les matériaux que nous utilisons pour fabriquer de nombreux objets. Alors la question qu’il nous restait à traiter était : l’humain fait-il partie de la nature ? oui général, parce qu’il se reproduit comme certains animaux mais il ne vit plus à l’état sauvage.

Pour le deuxième atelier, nous avons commencé par la lecture de l’album L’Ours qui avait une épée, de Davide Cali et Gianluca Foli, ed. Rue du Monde.
Cet ours a une épée très tranchante qu’il essaie en coupant tous les arbres de la forêt. Un peu plus tard, sa maison est détruite par un torrent. En cherchant le coupable, il découvre un enchaînement de catastrophes jusqu’à arriver à la forêt qu’il a détruite.
Et si nous coupions tous les arbres nous aussi ? Nous ne pourrions plus respirer, nous aurions trop chaud parce qu’il n’y aurait plus d’ombre. Les animaux n’auraient plus de maisons et si nous les accueillons dans nos maisons, ce ne serait pas adapté pour eux.
Grâce à nos précédents ateliers, nous avons vu une forme de collaboration entre les végétaux, les animaux et le humains. Nous avions aussi discuté des règles, dont celles qui invitent à se respecter, à bien vivre ensemble. Nous avons donc terminé en imaginant les règles qu’il faut respecter pour bien vivre avec notre environnement.

Ces deux ateliers ont été fort intéressants parce que les enfants ont pu utiliser tous leurs sens pour réfléchir. C’est un lieu et un temps qu’ils apprécient beaucoup, ils étaient bien alors même les plus timides se sont exprimés. Avant de nous quitter, je leur ai demandé ce qu’ils pensent de la classe dehors : « on se sent bien », ça nous fait du bien d’être dans la forêt », « on apprend plein de choses grâce à la nature »…

Grand merci aux enseignantes et aux élèves pour leur accueil, pour nos temps de réflexion partagés et particulièrement pour ces 2 dernières séances.

A quoi sert l’histoire de la philosophie ?

A quoi sert la philosophie.
Ouvrage coordonné par Géraldine Lepan et Pierre-François Moreau
Ed. PUF, collection La vie des idées

Ce livre est un recueil d’articles, je ne parlerai ici que du premier :
L’Étude de la Philosophie ancienne : un instrument de lecture critique du présent.
Létitia Mouze

J’ai choisi cet article car l’autrice est une des professeurs dont je suis les cours actuellement à l’université de Toulouse, j’étais donc intéressée par cette lecture dans le cadre de mes études. Cependant, si je souhaite partager cette lecture ici c’est parce que cet article me paraît intéressant pour toute personne intéressée par la philosophie, je pense en particulier aux personnes qui animent des ateliers philo comme moi.

Nous avons tendance à penser que nos idées sont nouvelles comme si nous vivions dans un monde totalement différent de celui des philosophes de l’Antiquité. Si beaucoup de choses ont évolué, l’étude des philosophes nous montre que les hommes ont toujours étaient préoccupés par les mêmes sujets. On pourra entendre dire d’un antique qu’il était en avance sur son temps alors qu’une étude du contexte permettra de comprendre en quoi ces idées avaient leur place à cette époque.
Mais surtout, l’autrice explique que cette étude permet de prendre de la distance avec nos opinions, de nous décentrer. Découvrir que d’autres ont réfléchi sur ce sujet auparavant, s’enrichir de ces pensées. Lors des ateliers philo, nous invitons les participants à prendre cette distance pour écouter les autres et être en capacité d’enrichir notre réflexion des idées proposées par les autres. Ce sujet me tient à cœur, c’était mon sujet de mémoire du D.U. Concevoir et animer des ateliers de philosophie avec les enfants et les adolescents à l’école et dans la cité de Nantes Université.

« Être tourné vers la vérité nécessite d’abord de se déprendre de soi-même, de cesser de se considérer comme ce qui vient en premier. » (p27)

Alors nourrissons nous des textes anciens autant que des récents pour nous libérer de nos opinions, sans que cela nous empêche de penser par nous-même. Au contraire, L Mouze y voit une ouverture vers d’autres possibilités.

L’Aliéniste

L’Aliéniste / O Alienista
Joaquim Machado de Assis
Folio bilingue

L’Aliéniste
D’après l’œuvre de J Machado de Assis
Fabio Moon, Gabriel Ba
Urban comics

Ce roman classique de la littérature brésilienne propose une réflexion intéressante sur la folie.
C’est l’histoire du Dr Bacamarte qui décide d’ouvrir un asile pour réunir les fous afin de les étudier. Mais, petit à petit, ce cher docteur enferme de plus en plus d’habitants de la petite ville sous prétexte que leur comportement semble anormal.
Ce brave homme, dans son désir d’étudier toutes les formes de la folie devient très suspicieux face à la moindre expression de colère, de tristesse ou autre émotion de ses concitoyens.

La question qui se pose ici est de savoir où se situe la limite entre folie et normalité. Quelle comportement est normal ? Il existe des formes pathologiques dont je ne tiendrais pas compte ici puisqu’elle relève du champ de la psychiatrie. Mais nous sommes régulièrement confrontés à des comportements, chez nous ou chez d’autres personnes qui nous surprennent. Quel est le comportement normal d’une personne ? Devrions nous réagir de façon raisonnable dans toutes circonstances ou, au contraire, serait-il anormal de ne pas laisser parfois nos émotions prendre le dessus ? Pour un temps limité au moins. Et une réaction considérée normale dans un pays l’est-elle dans toutes les culture ?

Dans la République, Platon invite à être gouverné par la raison. Les stoïciens considèrent qu’il faut atteindre l’ataraxie pour vivre bien. Des états qui semblent rejeter les effusions ou autres démonstrations ou excès d’émotions, de plaisir. Est-ce un comportement normal d’être toujours dans la retenue ? Si certains sont admiratifs d’une personne qui garde son calme en toute circonstance, d’autres y verront au contraire un comportement anormal. Qui a raison ?

Les effusions, l’expression de nos sentiments, même de façon parfois excessive, ne sont-elles pas le signe d’un comportement normal en réaction à notre environnement et aux personnes que nous côtoyons ?
Cette lecture à ouvert de nombreuses questions que je vais continuer à étudier, peut-être au cours d’un prochain café-philo aussi. Si vous avez des lectures à me proposer, n’hésitez pas.