A quoi sert l’histoire de la philosophie ?

A quoi sert la philosophie.
Ouvrage coordonné par Géraldine Lepan et Pierre-François Moreau
Ed. PUF, collection La vie des idées

Ce livre est un recueil d’articles, je ne parlerai ici que du premier :
L’Étude de la Philosophie ancienne : un instrument de lecture critique du présent.
Létitia Mouze

J’ai choisi cet article car l’autrice est une des professeurs dont je suis les cours actuellement à l’université de Toulouse, j’étais donc intéressée par cette lecture dans le cadre de mes études. Cependant, si je souhaite partager cette lecture ici c’est parce que cet article me paraît intéressant pour toute personne intéressée par la philosophie, je pense en particulier aux personnes qui animent des ateliers philo comme moi.

Nous avons tendance à penser que nos idées sont nouvelles comme si nous vivions dans un monde totalement différent de celui des philosophes de l’Antiquité. Si beaucoup de choses ont évolué, l’étude des philosophes nous montre que les hommes ont toujours étaient préoccupés par les mêmes sujets. On pourra entendre dire d’un antique qu’il était en avance sur son temps alors qu’une étude du contexte permettra de comprendre en quoi ces idées avaient leur place à cette époque.
Mais surtout, l’autrice explique que cette étude permet de prendre de la distance avec nos opinions, de nous décentrer. Découvrir que d’autres ont réfléchi sur ce sujet auparavant, s’enrichir de ces pensées. Lors des ateliers philo, nous invitons les participants à prendre cette distance pour écouter les autres et être en capacité d’enrichir notre réflexion des idées proposées par les autres. Ce sujet me tient à cœur, c’était mon sujet de mémoire du D.U. Concevoir et animer des ateliers de philosophie avec les enfants et les adolescents à l’école et dans la cité de Nantes Université.

« Être tourné vers la vérité nécessite d’abord de se déprendre de soi-même, de cesser de se considérer comme ce qui vient en premier. » (p27)

Alors nourrissons nous des textes anciens autant que des récents pour nous libérer de nos opinions, sans que cela nous empêche de penser par nous-même. Au contraire, L Mouze y voit une ouverture vers d’autres possibilités.

L’Aliéniste

L’Aliéniste / O Alienista
Joaquim Machado de Assis
Folio bilingue

L’Aliéniste
D’après l’œuvre de J Machado de Assis
Fabio Moon, Gabriel Ba
Urban comics

Ce roman classique de la littérature brésilienne propose une réflexion intéressante sur la folie.
C’est l’histoire du Dr Bacamarte qui décide d’ouvrir un asile pour réunir les fous afin de les étudier. Mais, petit à petit, ce cher docteur enferme de plus en plus d’habitants de la petite ville sous prétexte que leur comportement semble anormal.
Ce brave homme, dans son désir d’étudier toutes les formes de la folie devient très suspicieux face à la moindre expression de colère, de tristesse ou autre émotion de ses concitoyens.

La question qui se pose ici est de savoir où se situe la limite entre folie et normalité. Quelle comportement est normal ? Il existe des formes pathologiques dont je ne tiendrais pas compte ici puisqu’elle relève du champ de la psychiatrie. Mais nous sommes régulièrement confrontés à des comportements, chez nous ou chez d’autres personnes qui nous surprennent. Quel est le comportement normal d’une personne ? Devrions nous réagir de façon raisonnable dans toutes circonstances ou, au contraire, serait-il anormal de ne pas laisser parfois nos émotions prendre le dessus ? Pour un temps limité au moins. Et une réaction considérée normale dans un pays l’est-elle dans toutes les culture ?

Dans la République, Platon invite à être gouverné par la raison. Les stoïciens considèrent qu’il faut atteindre l’ataraxie pour vivre bien. Des états qui semblent rejeter les effusions ou autres démonstrations ou excès d’émotions, de plaisir. Est-ce un comportement normal d’être toujours dans la retenue ? Si certains sont admiratifs d’une personne qui garde son calme en toute circonstance, d’autres y verront au contraire un comportement anormal. Qui a raison ?

Les effusions, l’expression de nos sentiments, même de façon parfois excessive, ne sont-elles pas le signe d’un comportement normal en réaction à notre environnement et aux personnes que nous côtoyons ?
Cette lecture à ouvert de nombreuses questions que je vais continuer à étudier, peut-être au cours d’un prochain café-philo aussi. Si vous avez des lectures à me proposer, n’hésitez pas.

Peut-on distinguer l’homme de l’œuvre ?

Hier soir, j’animais un café-philo pour les Escales Philosophiques au Nomad’café à Saint Nazaire. Il est difficile de rester concentrée jusqu’à 21h après avoir passé 6 en service public à la médiathèque mais l’assemblée présente m’a bien aidée par sa participation. En effet, 18 personnes sont venues, des habitués et des curieux, pour débattre sur la question du jour : peut-on distinguer l’homme de l’œuvre ? Cette question a été proposée, il y a quelques temps par une participante et je l’ai gardée telle qu’elle l’avait écrite.

Elle soulève de nombreuses problématiques et définition à apporter. La première étant de définir un œuvre car la réduction à l’art arrive vite sous l’influence des (trop) nombreux cas qui font l’actualité depuis de (trop) nombreuses années. Donc une œuvre est une création, matérielle ou immatérielle. Pour certaines, nous ne nous posons pas la question de son créateur, qui est l’architecte de bâtiments de la cité voisine ? Peu nous importe. Le créateur devient important lorsque son œuvre commence à avoir une certaine notoriété. Parfois, c’est la notoriété du créateur qui dépasse l’œuvre, on pourra parler d’un Picasso sans donné le nom du tableau par exemple. Dans ce cas, l’œuvre ne se distingue pas de son créateur. Nous sommes loin de l’idée d’émancipation des œuvres développée par Kant.

La question était aussi intéressante par le choix fait de s’interroger sur l’homme. Il pose la question de la femme créatrice qui a longtemps été empêchée, occultée, spoliée de ces œuvres, quelles soient artistiques ou scientifiques au profit d’homme, parfois proches. Les œuvres ne pouvaient donc pas être attribuées à des femmes mais à des hommes (d’où l’intérêt à ce moment de ne pas mettre de majuscule) ?

Mais ce qui à amené cette question est bien sûr le comportement de certains créateurs et la question de savoir s’il est encore possible de les lire, de les écouter ? Quel est l’impact de leur comportement sur leurs œuvres ? Sur la façon dont nous les percevons ?

Nous avons distingué les œuvres qui impliquent directement leur créateur : le chanteur, l’acteur par exemple, même si l’œuvre n’a rien à voir avec les faits qui leurs sont reprochés. L’œuvre implique qu’ils soient présents et cela peut provoqué une réaction émotionnelle chez le spectateur qui reliera alors l’œuvre à ce que l’homme a fait. Ce qui ne provoque pas la même réaction si le créateur n’est pas présent ou mort depuis longtemps. Est- apparu aussi l’argument que si on continue à acheter les œuvres ou à aller voir le créateur, on contribue à son enrichissement (ou au moins à sa rémunération). Une personne qui a commis un acte répréhensible peut retravailler à sa sortie de prison mais le sentiment n’a pas été le même dans l’assistance à cause du contact direct avec la personne. Nous avons aussi discuté du droit de la présomption d’innocence qui est plus difficile à faire respecter aujourd’hui avec des informations et des commentaires qui vont beaucoup plus vite que les enquêtes.

Un point important aussi était l’intention dans l’œuvre. Si l’œuvre est un outil de propagande ou de diffusion d’une idéologie par exemple, elle ne peut pas être distinguée des faits reprochés à son créateur. C’est alors que nous avons retrouvé l’idée de l’émancipation de certaines œuvres majeures qui exprime une forme d’expression universelle qui ne peut être rattachée à son auteur. Cependant, certaines interprétation font ressortir les idées reprochées à leurs auteurs mais ne sont-elles pas influencées par les sentiments, comme nous l’avons vu précédemment, que provoquent les actes ou les idées reprochés aux auteurs ?

Nous avons aussi parlé de contexte et de l’éducation nécessaire pour accéder à ces œuvres. Nous avons parlé de la chance que nous avons de vivre dans un pays où les œuvres ne sont pas censurées arbitrairement. Mais surtout, nous avons considéré que c’est avant tout à chacun de nous de faire le choix du rapport que nous voulons avoir aux œuvres en sachant quels actes leurs créateurs ont commis ou quelles idéologies ils ont soutenu. Faisons usage de notre libre arbitre.

Merci à tous les participants et à Leslie Lumeh pour son témoignage. Vous pouvez voir ses œuvres ici

John Dewey

Dans le cadre du cours d’anglais philosophique j’étudie le pragmatisme. Le premier semestre était dédié à William James. Ce semestre, nous étudierons les théories développées par John Dewey. Ce cours commence par le visionnage d’une conférence du Dr Darren Staloff que j’ai trouvé intéressant. Pour en garder la trace et pour en faire profiter les lecteurs de ce post, voici le lien vers la vidéo