Changer la vie

J’ai lu l’article d’Abdennour Bidar, Changer de vie pour changer la vie et je n’ai pas pu rester indifférente, comme bon nombre d’entre vous, j’en suis persuadée. Qui n’a pas dit ou pensé, pendant le confinement, qu’il souhaitait changer de vie. Ou après, lorsque le déconfinement a été difficile.

Nous avons expérimenté une autre façon de vivre pendant quelques mois : une activité transformée, notre vision du travail et des métiers modifiée, une relation au temps différentes pour certains, à la famille aussi et à nos relations aux autres, une autre consommation… des changements auxquels nous pensions peut-être et que nous avons pu ou dû expérimenter brutalement. Et peut-être apprécier.

On nous a aussi beaucoup parlé de la pollution qui diminuait, de la nature qui s’installait un peu partout. Cette nature qui était notre espace de liberté lorsque nous avions un jardin (encore plus que d’habitude) ou qui nous manquait plus que nous ne l’avions jamais ressenti.

Alors oui, nous pouvons éprouver le besoin de changer de vie. Peut-être pas tout mais quelques petites choses dans notre consommation, notre rapport au travail et notre relation aux autres, la famille, les amis et surtout la nature.

Si j’insiste sur la nature c’est à cause, ou grâce aux enfants que je rencontre lors des ateliers. Bien avant cette crise du coronavirus il y en avait une autre bien présente, une crise existentielle avec d’un côté, des gilets jaunes et autres qui revendiquaient le droit à gagner plus (très résumé) et de l’autre, des jeunes qui nous demandaient à tous de changer notre mode de vie pour protéger la Terre, leur maison de demain.

Cette conscience que leur avenir est en danger est ancrée chez beaucoup d’enfants, dès le plus jeune âge. Lors d’ateliers sur la liberté dans une école primaire, au mois de février 2020, lorsque les enfants vous disent, dès le départ de la discussion, qu’il ne faut pas laisser les hommes trop libres parce qu’ils détruisent la Terre. Que les adultes sont incapables de se maîtriser alors ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes pourvu qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Puis, en juin dernier, avec des adolescents, au CHU de St Nazaire. Notre atelier commençait par la lecture du mythe de Dédale et Icare. Une jeune fille s’est immédiatement récriée que « l’Homme a toujours eu des rêves de grandeur en voulant dépasser la nature et, pour cela, il l’a détruit ». Ses camarades étaient tous d’accords avec elle en expliquant que l’Homme veut toujours plus, jusqu’à ce que ça aille mal. « Les rêves de grandeur des Hommes vont nous faire tomber de haut. » « Nous avons voulu dépasser la Nature et nous la détruisons. Nous avons été des parasites sur la Terre alors que la Nature n’a pas besoin de nous, elle aurait pu vivre sans nous. »

Ces discussions me permettent d’entendre la réflexion des jeunes sur leur avenir. Ils sont conscients des difficultés à sortir d’un schéma dans lequel nous nous sommes enlisés, comme une addiction, mais ils voient aussi la nécessité de changer pour être plus attentifs à la nature et, par conséquence, à nous. La jeune Greta Thunberg me semble être l’image de ce que beaucoup de jeunes pensent. Au lieu de la railler, et une grande partie des jeunes avec elle, il serait peut-être temps de réfléchir à ce qui est bon pour nous.

Ne soyons plus l’engrenage d’une machine économique qui fait grandir le mal-être en nous et détruit la Terre de nos enfants mais faisons des choix qui vont nous nourrir autrement et protéger nos enfants.

La République de Platon ou

Réfléchissons à la vie en communauté.

Platon – La République – De Dicto #13

Si comme moi, vous avez pris le temps de regarder cette vidéo, ou mieux de lire La République de Platon, cette vision n’a plus de secrets pour vous.

Dans un groupe important d’humains, il est nécessaire de mettre en place une organisation hiérarchique pour obtenir l’harmonie et la justice. Selon Platon, cette hiérarchie est formée de 3 groupes : les gouvernants qui possèdent la sagesse, la raison, les guerriers ont le courage et l’ardeur et le peuple la tempérance et le désir.

Draw My Life – Platon

Petit clin d’œil pour en savoir plus sur Platon.

Donc actuellement, nous vivons dans une société hiérarchisée, pas besoin de dessin. Les « gouvernants qui possèdent la sagesse » nous disent comment nous comporter, ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire. Puisque nous sommes incapables de vivre seul et que nous sommes envahis par nos désirs, nous devons nous organiser pour vivre ensemble. Nous en sommes capables parce que nous avons refoulé ce qui relevait de notre nature animale, selon le sociologue Nobert Elias (allez voir là https://books.openedition.org/pur/24413?lang=fr ). Pour vivre ensemble, il a fallut faire des efforts : ne pas cracher par terre par exemple. Bref, naturellement, nous avons mis en place un fonctionnement qui fait de nous des être civilisés (mais si, mais si).

J’aime beaucoup la parabole des porc-épics d’Arthur Schopenhauer

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »

extrait de Parerga et Paralipomena

J’ai l’impression d’être un porc-épic. Combien j’aimerais être proche, jusqu’à toucher (OMG!) ma famille et mes amis. Mais très vite, le vilain virus m’obligerait à reprendre mes distances… bref, tout le monde comprend où je veux en venir.

Normalement, il n’est nul besoin d’être philosophe ou gouvernant pour réfléchir au meilleur comportement à avoir avec nos congénères afin que leur vie et la nôtre ne soient pas mises en péril. Nous avons discuté, avec les enfants en « visio-atelier », du vivre-ensemble au temps du confinement. Dans leur grande sagesse, ils ont tous dit que même si leurs amis leur manque beaucoup, il faut rester éloignés et faire attention pour ne pas permettre au virus de se propager. Alors il serait bon que nous réussissions tous à refouler notre nature animale et nos vils désirs pour tousser dans notre coude, entre autres choses, et pouvoir très vite rapprocher nos pics.

Bonne journée,

Un livre et des méditations: un bon dimanche confiné!

En cette période de crise, on peut observer différents comportements, évidemment. Parmi eux, l’optimiste du genre humain que je suis, est heureuse d’observer une belle solidarité. Un exemple; un grand merci aux auteurs, éditeurs, etc. qui mettent des livres en ligne. En voici un, d’Edwige Chirouter et des éditions l’Initiale que je n’avais pas encore lu mais que je vais acheter dès la fin du confinement.

"Il n'y a pas d'âge pour philosopher" d'Edwige Chirouter aux édidiotns l'Initiale
« Il n’y a pas d’âge pour philosopher » d’Edwige Chirouter aux édidiotns l’Initiale

vous pouvez le lire actuellement sur Calaméo en suivant le lien : https://fr.calameo.com/read/001352427ae3409b69cfd?fbclid=IwAR08n8wqnWao7BesMj5PNsFGpA5kYFsHt_ld-_ldLTvgLiSPGLdukMayhQc

Mes précédents articles vous invitent à discuter avec vos enfants, comme nous le faisons lors des ateliers philo à l’école ou à la médiathèque. Cet album vous permettra de discuter de l’intérêt de ces discussions particulières et tellement riches.

Demain, pour poursuivre cette réflexion, je lirai un texte sur la pensée. Mais en attendant, je vous invite à retrouver Valérie Marchand, auteure d’Happy Méditation. Elle partage des méditations quotidiennes sur sa page FB ou sur sa chaîne Youtube

J’ai eu la chance de bénéficier des enseignements de ces deux femmes grâce à SEVE. Je suis heureuse que vous puissiez tous en bénéficier et ainsi, peut-être, mieux vivre le confinement avec vos enfants pendant quelques instants.

Une bibliothèque pour tous grâce à Mobidys

Si l’animation d’ateliers à visée philosophique occupe une part importante de mon activité, il en est une autre tout aussi importante. J’ai la chance qu’un ami m’ait ouvert la porte de Mobidys et que je puisse ainsi participer à leur belle aventure.

Cette start up a créé une bibliothèque numérique pour les collégiens; Sondo, qui rend accessibles les manuels scolaires ainsi que les ouvrages de littérature en les adaptant aux différentes difficultés de lecture.

Sondo

En tant que bibliothécaire puis animatrice d’ateliers à visée philosophique, mon souhait est toujours le même, aider à accéder à la culture, en particulier grâce aux livres. Autant dire que l’objectif de Mobidys de rendre la lecture accessible à tous les collégiens m’a beaucoup touché.

Concrètement, nous sommes donc quelques petites fourmis qui préparent les textes en les découpant, en ajoutant de courtes définitions ou des synonymes… pour que les jeunes lecteurs puissent choisir, sur leur écran, l’aide dont ils auront besoin.

Cet outil devrait être présent dans tous les collèges pour donner toutes leurs chances aux élèves de réussir. Lors d’un atelier sur la différence, avec des enfants de CM2, nous avons parlé de la différence entre égalité et équité. Je leur ai présenté cette image :

http://blog.talents-handicap.com/espace-candidats/emploi-handicap-etes-legalite-lequite/

Une fillette m’a demandé pourquoi la France a choisi « égalité » dans sa devise alors que l’équité, c’est mieux?

Sondo est un bon moyen de rétablir cette équité en apportant l’aide adaptée aux besoins de chacun. Alors je suis très heureuse d’y participer à mon petit niveau et j’espère que de nombreux collèges vont proposer cet outils à leurs élèves.

Penser

Ceci n’est pas un injonction!

Quoi que nous fassions, des pensées sortent de notre cerveau sans arrêt. Hélène Filipe , qui nous guide dans les méditations du cycle MBSR auquel je participe, nous invite à les observer, les accepter, mais ne pas les suivre faute de pouvoir les empêcher.

Penser, c’est aussi un sujet auquel j’aime réfléchir avec les enfants car il me semble utile de comprendre ce qui va être la base de nos rencontres. Les enfants font la distinction entre les pensées qui nous viennent sans y réfléchir, dans des moments de veille, comme pour nous rappeler ce que nous avons fait ou ce que nous allons faire, ou encore que nous avons envie de faire. Parfois comme l’alerte d’un agenda électronique, parfois comme un rêve éveillé et la pensée née de notre réflexion.

Et il y a l’action de penser telle que nous tendons à la pratiquer avec les enfants. Cette pensée volontaire et organisée, construite. Cette pensée née d’un questionnement dont nous allons chercher des réponses ensemble.

Je viens de relire l’article de philo enfant, « la philosophie pour enfant et l’invention du pensable ». Dans ce court article, l’auteur présente ce vers quoi j’essaie d’aller avec les enfants, moi aussi. Ce qui explique aussi pourquoi il est important de se rencontrer régulièrement pour nous améliorer, créer des outils et des habitudes qui vont nous permettre d’avoir l’esprit en alerte. Chercher à comprendre le monde, à nous comprendre puisque comme le dit Pascal,

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien

puis:

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

http://www.penseesdepascal.fr/Transition/Transition6-moderne.php

Alors les enfants, pensez, pensons.

L’homme et la nature NHD

la valeur d’une idée

Ce week-end, au cours des discussions que j’ai animé, j’ai rencontré des sujets qui se rejoignent dans une autre discussion née dans mon esprit en rentrant du bar-tabac-presse-restaurant… de mon village avec le dernier numéro du Un à la main.

Le sujet est « Climat & fake news, le vrai du faux ».

Ce journal étant très sérieux, je suis sûre que je vais y trouver un grand nombre d’arguments fort intéressants mais en marchant sur mon chemin de campagne, je pensais surtout à nos discussions du week-end sur la valeur qu’on attribue à quelqu’un ou quelque chose, comme une idée, puis à notre balade sur le thème de l’homme et la nature.

Les lieux dans lesquels j’interviens sont comme mes amis ou mes collègues, nous avons des idées très proches sur l’écologie, une certaine forme de respect envers les Hommes et la nature, l’éducation, la culture… Je suis donc dans un petit cocon où mes idées me semblent bonnes puisque les gens que je rencontre ont les mêmes, dans les grandes lignes et nous sommes donc tous persuadés d’avoir raison et de représenter une grande part de la population.

Et puis, de temps en temps, un petite faille de ce monde idéal (avec des licornes et des bisounours selon certains) me laisse entrevoir (nous laisse entrevoir) que nous pouvons avoir des idées très opposées de celles d’autres personnes. C’est dans ce cadre que j’ai entendu, il y a quelques jours, des arguments qui m’ont semblé aberrants et pourtant il a fallut que je me raccroche à cet esprit critique dont je fais l’apologie

— L’écologie : c’est pas à moi de faire des efforts, que les « riches » commencent. De toutes façons ça ne sert à rien, le bio ça n’existe pas…

Saints yoga, méditation, philosophie, sauvez moi!

Mais pourtant, ces arguments sont-ils faut?

Nous aurions grand besoin que les industriels changent leurs pratiques (je me permets de traduire riches par industriels) si nous voulons une véritable amélioration rapide. Il est vrai que même si je jardine bio, la pollution de l’air, de l’eau de pluie, ce qui était déjà dans la terre peut être pollué. Donc entre Nantes et St Nazaire, sur les bords de la Loire, il y a de grandes chances pour que notre air ne soit pas Total-ement bio.

Nous pouvons nous raccrocher aux analyses scientifiques, mathématiques, biologiques mais les opposants trouveront certainement des résultats d’analyses pour étayer leurs propos. Alors comment savoir qui a raison?

C’est à ce moment que j’invoque tous les saints de la philosophie et Luc Ferry

Conférence Luc Ferry : Qu’est-ce qu’une vie bonne pour les mortels ?

Finalement je fais le choix de mener une vie bonne ou du mieux possible puisque je ne suis qu’une mortelle et je vais aussi accorder de la valeur aux idées et aux comportements qui me semblent le mieux respecter la nature et donc les Hommes.

Lorsque j’explique aux jeunes que nous allons accueillir des arguments opposés lors de la discussion, je leur explique aussi qu’ils n’auront pas à changer d’avis. Ils auront juste une réflexion plus riche sur le sujet. Alors soyons ouverts car nous avons grand besoin de réfléchir.

débattre du débat, de la discussion et du dialogue.

Dernièrement, j’ai entendu une jeune fille dire « dans un débat, untel gagnerait parce qu’il trouve toujours des arguments ». Nous étions plusieurs familles réunies autour d’une table pour une soirée conviviale et cette phrase s’est figée dans ma tête :

  • peut-il y avoir un gagnant dans un débat?

Selon le CNRTL,voici une définition du débat : « Action de débattre; discussion généralement animée entre interlocuteurs exposant souvent des idées opposées sur un sujet donné.  » Puis, selon le dictionnaire Littré :  » Différend dans lequel de part et d’autre on allègue des paroles au des raisons. Le débat fut violent. « 

« Discussion animée », « violent », »différend », il semblerait en effet que ce terme induise la notion d’altercation. Une personne en écrase donc une autre grâce aux arguments qu’elle va donner comme un boxeur le ferait de ses poings.

Cela implique que l’un des participants connaisse la vérité sur le sujet du débat, qu’il soit capable d’en apporter des preuves irréfutables et qu’ainsi les autres participants n’aient d’autre choix que de se ranger à son avis. Mais il me semble qu’il n’y a pas de débat possible si une réponse existe, s’il existe une démonstration scientifique. Des chercheurs vont débattre sur la façon d’opérer, sur la démarche à suivre mais une fois qu’ils ont les résultats, il y a une réponse, un résultat donc la fin d’un quelconque débat.

Alors si le sujet n’est pas scientifiquement explicable, le débat peut avoir lieu. Il va permettre d’échanger des arguments dans le but de trouver une explication, une première définition.

Certaines personnes, comme celle dont nous a parlé cette jeune fille, vont alors être plus à l’aise pour s’exprimer devant un groupe, elles vont avoir l’esprit vif et réponse à tout, des personnes maîtrisant la rhétorique. Le débat risque donc de devenir un monologue ou un cours magistral devant un public silencieux. Que gagne alors notre orateur? Il peut certes avoir une grande maîtrise du sujet mais, dans un débat, l’échange d’idées n’est-il pas primordial? Notre orateur n’aurait-il pas tout à gagner d’être confronté à des arguments différents?

Si la réflexion de cette ado m’a dérangée, c’est que je n’étais pas encore totalement sûre du vocabulaire à utiliser lors des ateliers que j’anime et j’ai compris là toute l’importance de chaque mot. C’est finalement M Sasseville, avec J Hawken, qui explique le mieux la différence entre les différents termes:

Abécédaire en philosophie pour enfants, D pour Dialogue J Hawken et M Sasseville

Ce que je veux partager avec les enfants est justement cette idée qu’en réfléchissant ensemble nous irons plus loin, nous apprendrons tous plus. Alors dialoguons pour être ouverts aux autres et au monde, ce sera le meilleur moyen d’avancer.

Lors des projections du « Cercle des petits philosophes »…

Si vous ne l’avez pas encore vu, ce film présente des ateliers de philosophie animés par Frédéric Lenoir dans 2 classes de la région parisienne.

On y voit des bribes de débats qui nous montrent bien l’intérêt d’organiser de tels ateliers. Les enfants peuvent avoir un regard profond sur le monde et sur nos existence si on leur donne l’occasion de s’exprimer mais ils sont aussi imprégnés très tôt par la violence et les difficultés qu’ils observent autour d’eux.

Des petites tranches d’intimité des enfants nous dévoilent le prolongement de ces réflexions en dehors de la classe et ce besoin de s’interroger et de comprendre, chez l’enfant, lorsqu’il se sent écouté.

Cécile Denjean a réalisé un beau film où les images et la musique enveloppent les dialogues d’une douce atmosphère introspective.

Depuis sa sortie, j’ai participé aux échanges dans 2 cinémas de la région et c’est avec grand plaisir que je constate l’intérêt du public pour le sujet. Tout le monde souhaite voir de tels ateliers se développer à l’école et en dehors pour toucher tous les enfants, car bien qu’ils soient présents dans les programmes scolaires depuis 2015, ils ne sont pas toujours mis en place ou pas régulièrement. Les enseignants ont déjà de très nombreux sujets à développer avec les enfants, il leur est donc difficile, je pense, de tout développer. Mais il est incontestable que nous devons aider les enfants à développer ce pouvoir pour former des citoyens critiques et conscients.

J’ai la chance d’animer des ateliers dans différents sites (école, médiathèque, CHU, association d’enfants scolarisés à la maison,centre aéré, par exemple), je constate à chaque fois le plaisir des enfants à partager leurs réflexions mais aussi à être écoutés par un adulte guidant, sans jugement. A l’école, le fait que je ne sois pas l’enseignant met les enfants dans une posture différente, ils ne sont plus apprenants mais co-constructeurs de la réflexion qui va les amener à trouver des réponses (ou des débuts de réponses) à des sujets qui les touchent. Je suis donc persuadée que nous avons un rôle important à jouer maintenant pour l’avenir de nos enfants.

Donc, si vous n’avez pas encore vu le film, il y a certainement une projection proche de chez vous prochainement, les dates sont ici .Quant à moi, je serai avec Michel Calvez au Cinéjade à Saint Brévin (44) le vendredi 7 juin à 20h

https://www.saint-brevin.com/le-cercle-des-petits-philosophes.html

1 km fait-il bien 1 km?

Piton de la Fournaise, avril 2019

La marche est une activité idéale pour réfléchir, j’ai pu l’expérimenter pendant nos magnifiques randos à la Réunion en avril dernier. Parfois, le thème de ma réflexion était lié à l’expérience que je vivais.

Nous nous levions tôt pour ne pas souffrir de la chaleur et pouvoir faire nos 15 km de marche et 900m de dénivelé avant midi. Sur la carte cela semble facile, vu du départ, l’ensemble est tellement beau que l’envie est plus forte que la raison et puis il y a la marche… Mes hommes (fils et mari) marchaient d’un bon pas, comme d’habitude, le mien étant moins alerte (mais efficace!). De là est née mon interrogation: un kilomètre est-il identique pour chaque personne?

Bien sûr, scientifiquement, il est possible de mesurer un kilomètre qui sera égal à n’importe quel autre dans le monde. Mais quelle vérité a ce kilomètre en dehors du ressenti de celui qui le parcours? Alors, il devient différent selon la personne. Savoir qu’un parcours mesure 2 km n’aura donc pas la même signification pour chacun or le but de cette information n’est-elle pas de nous permettre de nous organiser pour parcourir cette distance? Cela ressemble à la nouvelle information que les météorologues nous donnent; température 20° ressentie 18°.

Donc, je pourrais dire avec les empiristes qu’une rando de 15km en montagne est très longue car cette connaissance me vient des sensations que j’ai accumulées lors de différentes expériences. C’est la perception que j’en ai bien que cette distance soit identique en montagne ou sur un chemin plat.

Cela signifierait qu’une chose est différente selon la perception de chacun, il lui faut donc une existence propre sinon elle n’existe pas. Notre raison, selon Descartes nous permet de distinguer l’essence des choses. Un kilomètre est identique partout mais je vais le percevoir différemment selon le lieu.

C’est Husserl qui nous éclaire en disant que les choses se donnent à nous par esquisses. J’ai conscience de l’existence de ce kilomètre mais ma perception, de par les expériences que j’en ai eu, créé différentes esquisses que ma conscience va relier à l’objet.


« Ce n’est pas une propriété fortuite de la chose ou un hasard de notre constitution humaine que notre perception ne puisse atteindre les choses elles-mêmes, que par l’intermédiaire de simples esquisses. »

Edmund Husserl

Heureusement, le plaisir de la marche et la beauté des paysages m’ont fait oublier la longueur des kilomètres.

Qui suis-je?


Tobie Nathan – Migrants, exil et réfugiés : parlons-en ensemble ! Univ Nantes

Il y a quelques jours, en cherchant des livres qui pourraient m’aider à préparer des ateliers que je vais animer auprès d’enfants hospitalisés, je me suis arrêtée sur le livre de Tobie Nathan, « Les âmes errantes ». Certes, la lecture de ce livre est en lien avec une partie des jeunes que je vais rencontrer, mais surtout, elle m’a parlé personnellement.

Et puis ce matin, alors que je fermais ma vidéo de yoga du matin, j’ai découvert, parmi les propositions de vidéos de Youtube, cette conférence de Tobie Nathan. Comme si le moment de réfléchir plus profondément sur « qui suis-je? » était arrivé. Atelier que j’espère animer un jour.

La philosophie, depuis Socrate jusqu’à Descartes, invite à nous penser comme individu humain, puis humain pensant, ce qui est commun à tous les Hommes sans pour autant aider à comprendre son individualité. La psychologie ajoute l’héritage familiale qui nous permet de nous singulariser d’une partie des autres mais qui peut nous laisser face à des méconnaissances. Nous n’avons pas tous un arbre généalogique complet et détaillé et nous ne nous reconnaissons pas forcément dans ce que nous connaissons de notre famille . Nous vivons en société, le monde dans lequel nous évoluons nous pousse à agir en relation avec l’extérieur. D’ailleurs, selon Pascal, si nous nous dépouillons de cet être social, nous nous retrouverons face au néant. Puis Sartre nous dit que notre « je » évolue en permanence. Le fait de le penser et de croire le cerner ne serait qu’un arrêt sur image à un moment T de notre existence.

En conclusion, « Je suis ce que j’ai décidé de construire par la connaissance ». Cette phrase de Tobie Nathan me touche, en particulier après ce qu’il a dit sur la deuxième génération d’étranger. Notre histoire a évolué avec les mouvements de population et cela invite à poursuivre l’analyse à la lumière de ces nouvelles données.