Qui suis-je?


Tobie Nathan – Migrants, exil et réfugiés : parlons-en ensemble ! Univ Nantes

Il y a quelques jours, en cherchant des livres qui pourraient m’aider à préparer des ateliers que je vais animer auprès d’enfants hospitalisés, je me suis arrêtée sur le livre de Tobie Nathan, « Les âmes errantes ». Certes, la lecture de ce livre est en lien avec une partie des jeunes que je vais rencontrer, mais surtout, elle m’a parlé personnellement.

Et puis ce matin, alors que je fermais ma vidéo de yoga du matin, j’ai découvert, parmi les propositions de vidéos de Youtube, cette conférence de Tobie Nathan. Comme si le moment de réfléchir plus profondément sur « qui suis-je? » était arrivé. Atelier que j’espère animer un jour.

La philosophie, depuis Socrate jusqu’à Descartes, invite à nous penser comme individu humain, puis humain pensant, ce qui est commun à tous les Hommes sans pour autant aider à comprendre son individualité. La psychologie ajoute l’héritage familiale qui nous permet de nous singulariser d’une partie des autres mais qui peut nous laisser face à des méconnaissances. Nous n’avons pas tous un arbre généalogique complet et détaillé et nous ne nous reconnaissons pas forcément dans ce que nous connaissons de notre famille . Nous vivons en société, le monde dans lequel nous évoluons nous pousse à agir en relation avec l’extérieur. D’ailleurs, selon Pascal, si nous nous dépouillons de cet être social, nous nous retrouverons face au néant. Puis Sartre nous dit que notre « je » évolue en permanence. Le fait de le penser et de croire le cerner ne serait qu’un arrêt sur image à un moment T de notre existence.

En conclusion, « Je suis ce que j’ai décidé de construire par la connaissance ». Cette phrase de Tobie Nathan me touche, en particulier après ce qu’il a dit sur la deuxième génération d’étranger. Notre histoire a évolué avec les mouvements de population et cela invite à poursuivre l’analyse à la lumière de ces nouvelles données.

De la consommation.

En faisant le choix d’animer des discussions à visée philosophique, j’ai envie, comme le colibri de la légende, d’apporter une petite aide pour développer un peu plus d’humanité. Aider à prendre conscience qu’il est bon de réfléchir ensemble aux sens de la vie et de nos actes.

Cette réflexion fait parti, plus globalement, du développement durable dans son sens premier, c’est à dire incluant l’humain. L’écologie ne semble parfois être que dans des gestes visant à protéger la nature, végétale et animale, en oubliant notre appartenance à cette nature.

En convalescence, devant la télévision, j’ai été dérangée par une, entre autre, publicité pour une chaine de magasins se vantant de vendre à très bas prix.

Bien sûr, lorsqu’on a un budget serré et que l’on nous propose, comme se fut le cas cet été, des aubergines d’Espagne à moins d’un euro le kilo, l’envie peut être grande d’emplir son congélateur. Dans notre jardin, nous avons une petite serre où nous avions planté des tomates, des poivrons, des aubergines…Elles étaient belles de l’attention que nous leurs portions, un peu tordues, pas très grosses, mais nous avons surtout pu observer le temps nécessaire pour qu’elles arrivent naturellement à maturité et les soins que nous avons dû leur prodiguer.

Une réflexion n’est pas que philosophique, elle doit aussi être un peu (beaucoup?) pragmatique. Comment les aubergines de ce magasin peuvent-elles être vendues à un prix aussi bas en tenant compte du temps nécessaire à leur croissance? En y ajoutant des produits pas du tout naturels qui vont augmenter leur rendement. Comment rémunérer convenablement les jardiniers? On découvre vite, si on s’en donne la peine, que des migrants sont exploités pour ce travail; après avoir vécu l’enfer pendant leur voyage pour fuir l’enfer. Comment payer le transport de ces légumes jusqu’à nous? En sous traitant ce service à des routiers de l’est de l’Europe parce que leurs salaires sont plus bas.

Conclusion, pour avoir des aubergines insipides en grande quantité, il faut : – polluer la terre et les plantes, donc nous, pour avoir un grand rendement. – il faut exploiter des hommes rescapés de l’enfer de la Méditerranée. – il faut exploiter des routiers loin de chez eux pour un salaire dont nous ne voudrions pas. Est-il facile de se donner bonne conscience en disant que cela donne du travail à des gens qui en ont besoin. Que cela nous permet de faire manger nos 5 fruits et légumes à nos familles avec un budget serré….

Dans notre campagne, comme certainement dans toutes les campagnes, un agriculteur en bio vend sa production directement à la ferme 2 fois par semaine. Tout le monde passe un bon moment lors de ces ventes à échanger sur la façon de cuisiner les légumes proposés, sur le temps et l’impact sur la croissance des plantes, sur les dernières animations culturelles qui se sont déroulées dans les communes voisines. Vincent aime nous parler de son travail. Son nouveau travail puisqu’il est arrivé là suite à une reconversion professionnelle. Il est passionné et il aime aussi nous faire découvrir les produits des autres producteurs locaux; pain, fromage, farine… Les aubergines coutent plus de 3 euros le kilos et il ne roule pas sur l’or bien qu’il travaille dur.

Certes, pour le prix d’un kilo d’aubergine dans cette ferme, j’en aurais eu plus de 3 dans ce magasin « préféré des consommateurs » selon la publicité. Mais, mes aubergines ont le goût du temps passé à la ferme à discuter avec des consommateurs heureux, des échanges avec un agriculteur et des consommateurs qui agissent en bonne conscience. Celle que l’on a quand on fait quelque chose de bien pour la nature et pour les hommes, donc pour nous.

Tout ça c’est bien, mais quel est le rapport avec la discussion à visée philosophique? Avec les enfants, nous avons réfléchi ensemble sur l’amitié, le bonheur, la violence, le partage, le civisme… Il ressort de ces échanges un véritable altruisme installé au fond de chacun qui à besoin de très peu d’efforts pour ressortir. Malheureusement, cette belle qualité semble ne plus s’appliquer lorsqu’il s’agit de consommer. Comme les Gremlins lorsqu’ils mangent après minuit !

Gremlins


A l’occasion du Black Friday, j’avais partagé une vidéo d’un jeune homme dont la page FB s’appelle « Partagez C’est sympa ». Il invite à se poser quelques bonnes questions avant d’acheter. C’est clair et humoristique mais comment acheter du superflu pas très responsable après réflexion.

Alors certes, c’est facile d’être moralisateur derrière son clavier quand on a des bananes (bio) dans sa cuisine. Il y a des produits qui viennent obligatoirement de loin et qui ont donc un mauvais impact sur la planète. Mais nous pouvons tous changer notre façon de consommer moins pour consommer mieux. Ce n’est pas philosophique, c’est le bon sens de nos grands parents. C’est ce que Friedrich Schumacher a développé en 1973 dans « Small is Beautifull », repris en 2018 par Satish Kumar dans « Pour une écologie spirituelle ». Il s’agit de faire notre possible pour arrêter de détruire la planète de nos enfants. Il s’agit de se demander comment consommer bien avec notre budget au lieu de se demander comment nous aimerions consommer du superflu si nous avions les moyens des autres, plus privilégiés, parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui aura quelque chose de plus que nous. C’est donc apprendre à se contenter de ce que nous avons au lieu de développer des désirs qui font notre malheur. C’est arrêter d’attendre que les autres (politiques, industriels…) fassent le premier pas en pensant que nos actes sont inutiles.

Je vous souhaite donc à tous une année 2019 pleine de bon sens et d’altruisme où nos actes nous ouvriront la voie vers une vie meilleure.

L’important n’est pas de vivre mais de vivre bien. Socrate