Les ateliers philo avec des adultes

Stones Sarajuggernaut, Pixabay

J’anime, ou je co-anime, régulièrement des cafés-philo ou autres temps de réflexion avec des adultes dans des contextes de loisir : au café associatif le Chantilly à St Nazaire, au Casaboubou à Pornic, dans une maison de quartier de St Nazaire, dans des cinémas…
Les sujets sont soit choisis à l’avance avec une partie des participants, soit annoncés dans la communication. Chacun arrive donc avec ses idées sur la question.

C’est intéressant, me direz-vous, de pouvoir commencer à réfléchir au sujet avant la rencontre. Chacun peut ainsi chercher les définitions dont il aurait besoin, observer son environnement par le biais de cette nouvelle lorgnette, lire des articles ou des livres sur le sujet, commencer à en discuter avec des amis, des collègues ou des parents.
Pour celui qui le souhaite, c’est l’occasion de faire le point sur ses idées personnelles sur le sujet : d’où me vient cette opinion? comment s’est-elle construite? A quel point est-elle importante pour moi ?
Est-ce que mes idées sur le sujet ont influencé ma recherche? Non seulement nos cerveaux sont soumis à divers biais qui vont en partie diriger notre attention, donc les sources d’informations auxquelles nous serons attentifs. Mais à cela, s’ajoute le moteur de recherche de notre ordinateur qui va aussi nous faire des propositions en lien avec nos centres d’intérêts habituels ou notre bibliothèque personnelle qui est constituée des livres que nous avons choisi selon nos goûts.

Voilà comment des ateliers, qui pourraient nous sembler faciles parce que nous pensons être en présence d’un public averti, vont tourner en rond autour d’une seule idée, être bâclés parce que chacun reste accroché à ses opinions ou ils vont se transformer en atelier de paroles où chacun dépose ce qu’il a sur le cœur.

Il est en fait beaucoup plus difficile d’animer une réflexion collaborative, vraiment ouverte, avec des adultes dont les idées sont bien ancrées. Les certitudes ont fait leur nid, elles sont rassurantes et elles nous évites de faire des efforts.
Parce que toutes ces nouvelles idées, elles nous bousculent, elles nous déstabilisent. Aurions-nous vécu dans l’erreur tout ce temps ? Nous avons appris que les réponses sont soit vraies, soit fausses, soit bonnes, soit mauvaises. Comment peut-on ajouter quelque chose entre ?
Les 2 derniers ateliers que j’ai animés, vendredi soir et dimanche matin, n’ont pas dérogé à cette règle. Quand un débat sur la paresse se transforme en discussion sur le travail ou qu’à la question « qu’est-ce qui vous attire dans l’exotisme japonais? » un participant vous répond sérieusement : je n’ai pas besoin de me poser la question, j’étais un samouraï dans une autre vie!

Comment retrouver sa curiosité? Comment être à l’écoute d’autres idées ? Comment enrichir sa pensée ?
Prendre de la distance ou de la hauteur, quel que soit le terme utilisé, c’est avoir une vue surplombante de l’idée, élargir la vision aux diverses ramifications qui peuvent en découler. En effet, la paresse peut être analysée par rapport au travail, mais le travail est-il seulement celui de l’entreprise ? ou est-ce aussi celui de la mère ou du père au foyer ? Celui du bénévole de la Croix Rouge ? La paresse peut-elle aussi être observée d’un point de vue sociétal ? d’un point de vue moral?
Dans la pensée japonaise, il y a certes le bushido qui est important mais toute la philosophie du Ma, ce vide qui crée du lien, de l’harmonie, est-ce qu’il ne serait pas intéressant pour un occidental qui participe à un festival sur le Japon d’y réfléchir un peu?

Nous allons vite, nos plannings sont surchargés et nos esprits aussi. Nous savons qu’il est intéressant d’enrichir nos connaissances pour ne pas stagner sur des positions qui ne seront plus adaptées à la société dans laquelle nous évoluons. Mais il faut toujours être efficace, avancer alors nous avons du mal à prendre le temps de faire une pause. Même parfois en sachant que notre mode de fonctionnement est erroné, mauvais pour nous, nous ne prenons pas le temps d’y réfléchir.
Cet argument a été apporté par un participant à propos de la paresse : faire une pause dans son activité n’est pas de la paresse mais le moyen de réfléchir à ses actions pour les améliorer.
Je dirais qu’en règle générale, si nous ne prenons pas le temps de la réflexion, nous ne pouvons rien construire, rien apprendre. Nous devenons des robots qui se sentent coupables de ne pas faire autrement, souvent dans l’idée que l’autrement serait mieux.

Chair circle RosZie Pixabay

Le temps du débat philosophique permet cette pause pour chacun des participants tout en ajoutant l’opportunité d’écouter l’autre avec tout ce qu’il peut m’apporter pour enrichir ma réflexion. Mais écouter ne signifie pas entendre, il s’agit de comprendre, reformuler pour être sûr que tout le monde parle de la même idée, s’interroger sur la validité de l’argument, chercher d’autres arguments. Penser en « personne du monde » comme le dit Jacques Lévine.
Cette pause réflexive permet de construire un sens commun, ensemble, à un concept ou à une question qui nous préoccupe tous. Cette réflexion sera commune, construite avec les connaissances, la culture, l’éducation, le vécu de chacun des participants. Ces échanges nous ouvrent à l’altérité, nous font éprouver de l’empathie et ils vont permettre à chacun d’enrichir ses idées personnelles.

Alors, pour que nos cafés-philo soient vraiment riches, n’ayant plus peur de nous mettre en danger, de nous ouvrir aux autres, de les écouter. Comme nous le disons aux enfants, il ne doit pas y avoir de moquerie, attention aux réflexions ironiques sur le ton de l’humour, elles sont rarement drôles pour tous les participants. Prenons le temps de remettre nos idées en question à la lumière de ce que nous lisons, voyons ou entendons et surtout, interrogeons nous sur les informations que nous recevons.
Le développement de l’esprit critique n’est pas qu’une mission de l’école, c’est une compétence à développer et à entretenir tout au long de la vie. Soyez prêts à être bousculés, dérangés, vous n’en sortirez qu’enrichis.

A bientôt.

Publié par chouettephilosophe

Ateliers de discussions à visée philosophique avec des enfants

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