L’humain parmi les vivants

Voici le sujet de réflexion auquel amène mes dernières lectures.

Manières d’être vivant, de Baptiste Morizot aux éditions Actes Sud, collection Mondes sauvages et Sapiens, la naissance de l’humanité de Yuval Noah Harari, David Vandermeulen et Daniel Casanave aux éditions Albin Michel (bande dessinée).

Voici deux livres que, à première vue, nous ne conseillerions pas ensemble et pourtant. Par un heureux hasard je les ai lus à la suite ce qui m’a permis de constater que le propos, au sens large, en est le même : comment l’homme s’est-il octroyé une place supérieure aux autres vivants?

Il y est question de l’origine de l’homme et des vivants (plantes, animaux et autres), de leur développement, de leurs comportements et de la façon subjective dont nous avons choisi de considérer leurs capacités de façons à nous donner une place supérieure et donc, droit de vie et de mort.

Manière d’être vivant nous invite tout d’abord à partir en montagne avec les loups afin d’observer leur comportement avec poésie et avec l’expertise d’un naturaliste averti. Ensuite vient la réflexion sur notre comportement, l’oubli de la dépendance des vivants entre eux, l’Homme inclus. Ce livre est une invitation à observer pour comprendre et respecter, les autres et nous par la même occasion.

Ensuite, il y a Sapiens, tome 1, en bande dessinée. Si l’analyse n’est pas aussi pointue, elle a le mérite d’être accessible aux jeunes lecteurs (pré-adolescents) et d’éclairer avec humour sur l’histoire de l’humanité sur fond d’enquête sur un « serial killer »…

Si vous n’avez pas fini vos achats de Noël, ou si vous avez juste envie de bonne lecture, rendez-vous vite chez votre libraire.

Philomino, des petits livres pour de grandes discussions

J’ai pu retirer, ce week-end, les 2 premiers livres d’une longue série j’espère, de la collection Philomino chez 3oeil.

Ces petits livres (12 x 16 cm) présentent des métaphores animalières utilisées par des philosophes pour présenter des concepts. Les premiers sont :

Le porc-épic de Schopenhauer

J’utilisais la version proposée par Michel Piquemal dans les Philo-fables. Celle-ci offre en plus de belles illustrations. Olivier Philipponneau a utilisé la technique de l’estampe pour des illustrations douces et épurées. Le texte est adapté pour les petits philosophes mais il faudra se retenir de dévoiler les toutes dernières pages avant la fin du débat.

Le corbeau d’Epictète

Le second est illustré par Csil de manière tout aussi épurée mais elle a utilisé la gravure et il nous invite à réfléchir à notre bonheur.

Alice Brière-Haquet propose des textes poétiques qui invitent à la réflexion en utilisant un vocabulaire riche. Ne vous fiez pas à la taille de ces livres, ils n’ont rien d’enfantin et seront aussi appropriés pour ouvrir une discussion avec des adolescents. pour en savoir plus, je partage les documents de présentation ici et ici

Cette petite collection devrait grandir de 4 titres supplémentaires. Suivons l’actualité de 3 œil pour passer commande à notre libraire le plus proche

La définition, un préalable à l’échange

Je participais, il y a quelques temps, à un débat dont le sujet était « sur quoi fonder le vivre ensemble quand tout est relatif? ». Ce débat était animé par Jean-Michel Vienne et organisé par la jeune association Émergence dans la très bonne librairie L’Encre bleue à Pornic.

Une fois les présentations faites et le sujet annoncé, la discussion a pu commencer :

  • notre planète, la nature sont un point commun important à tous les Hommes…
  • vivre ensemble implique qu’il y ait une égalité mais il y a toujours des leaders qui s’installent…
  • les leçons de l’histoire nous montrent que nous ne savons pas vivre ensemble…

Finalement, nous sommes partis dans différentes directions qui ont leur place en sociologie, en histoire etc. mais nous n’arrivions pas à rester dans le champ de la philosophie. Notre intervenant, avec bienveillance, nous a guidé à plusieurs reprises mais il nous manquait quelque chose pour garder le cap.

Après réflexion, j’ai pensé aux débats que j’anime avec les jeunes. Notre préalable est de nous assurer que nous comprenons tous le sujet puis nous faisons des propositions en nous demandant s’il s’agit bien de philosophie. J’ai le souvenir, en particulier, d’un atelier à partir du mythe de Sisyphe. Un jeune m’a immédiatement arrêtée parce qu’il n’avait rien compris au mythe. Qu’à cela ne tienne, j’ai pris une grande feuille blanche sur laquelle j’ai fait des croquis pour essayer de rendre cette histoire plus claire (bien que cela ne soit pas une évidence lorsqu’on connait mes talents de dessinatrice!). Nous avions ainsi une base commune pour commencer la discussion.

Entre adulte, nous pensons que tout ce préalable n’est pas nécessaire. Pourtant, nous arrivons tous avec nos connaissances, notre vécu, nos idées… et surtout avec nos certitudes. Nous avons plus de mal que les enfants à laisser notre égo de côté le temps d’un échange. Il faut pourtant faire de la place pour accueillir les idées des autres et, avant tout, accepter une définition basique, commune à tous, qui nous servira de point de départ pour discuter ensemble.

Le samedi suivant ce débat, Jean-Michel Vienne faisait une conférence sur ce sujet à laquelle je ne pouvais malheureusement pas participer. Si vous y étiez, vous êtes les bienvenus pour nous éclairer sur la base du vivre ensemble.

La République de Platon ou

Réfléchissons à la vie en communauté.

Platon – La République – De Dicto #13

Si comme moi, vous avez pris le temps de regarder cette vidéo, ou mieux de lire La République de Platon, cette vision n’a plus de secrets pour vous.

Dans un groupe important d’humains, il est nécessaire de mettre en place une organisation hiérarchique pour obtenir l’harmonie et la justice. Selon Platon, cette hiérarchie est formée de 3 groupes : les gouvernants qui possèdent la sagesse, la raison, les guerriers ont le courage et l’ardeur et le peuple la tempérance et le désir.

Draw My Life – Platon

Petit clin d’œil pour en savoir plus sur Platon.

Donc actuellement, nous vivons dans une société hiérarchisée, pas besoin de dessin. Les « gouvernants qui possèdent la sagesse » nous disent comment nous comporter, ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire. Puisque nous sommes incapables de vivre seul et que nous sommes envahis par nos désirs, nous devons nous organiser pour vivre ensemble. Nous en sommes capables parce que nous avons refoulé ce qui relevait de notre nature animale, selon le sociologue Nobert Elias (allez voir là https://books.openedition.org/pur/24413?lang=fr ). Pour vivre ensemble, il a fallut faire des efforts : ne pas cracher par terre par exemple. Bref, naturellement, nous avons mis en place un fonctionnement qui fait de nous des être civilisés (mais si, mais si).

J’aime beaucoup la parabole des porc-épics d’Arthur Schopenhauer

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »

extrait de Parerga et Paralipomena

J’ai l’impression d’être un porc-épic. Combien j’aimerais être proche, jusqu’à toucher (OMG!) ma famille et mes amis. Mais très vite, le vilain virus m’obligerait à reprendre mes distances… bref, tout le monde comprend où je veux en venir.

Normalement, il n’est nul besoin d’être philosophe ou gouvernant pour réfléchir au meilleur comportement à avoir avec nos congénères afin que leur vie et la nôtre ne soient pas mises en péril. Nous avons discuté, avec les enfants en « visio-atelier », du vivre-ensemble au temps du confinement. Dans leur grande sagesse, ils ont tous dit que même si leurs amis leur manque beaucoup, il faut rester éloignés et faire attention pour ne pas permettre au virus de se propager. Alors il serait bon que nous réussissions tous à refouler notre nature animale et nos vils désirs pour tousser dans notre coude, entre autres choses, et pouvoir très vite rapprocher nos pics.

Bonne journée,

La solidarité

Voici un sujet d’actualité. Comme support, je vous propose l’album de Céline Claire, illustré par Qin Leng, « L’abri« , aux éditions Bayard jeunesse.

lecture chouette philosophe 3, la solidarité

Dans cette histoire, plusieurs familles vivent côte à côte dans la forêt.Un problème arrive alors on se prépare à l’affronter, « on se serre les coudes ». Mais, lorsque les deux ours inconnus demandent de l’aide, les familles ont peur de leur ouvrir leur porte. Voici de quoi commencer à réfléchir….

Les ours finissent par se faire un abri mais c’est la famille renard qui n’en a plus. Alors, les ours les accueillent. Qu’en pensez-vous? est-on plus solidaires lorsqu’on a déjà rencontré des difficultés?…

L’apologue tiré d’un conte chinois des Philofables de Michel Piquemal que je lis ensuite est très bien illustré par cette vidéo

One Human Family, Food for All, Caritas Internationalis

Maintenant, réfléchissons ensemble à ce qu’est le vivre ensemble. Peut-on vivre ensemble sans être solidaires?

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Proverbe africain

lois, règles… à quoi servent-elles? pouvons nous nous en passer?..

Voici donc le premier sujet que je vous propose. Regardez et écoutez Halte, on ne passe pas! de Isabel Minhos Martins et Bernardo P. Carvalho aux éditions Notari

Lecture Chouette philosophe 1

J’ai dû me plonger dans la lecture des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift et cela m’a rappelé cet album. Alors que Gulliver se trouve dans un étrange pays où les chevaux sont les maîtres, il explique le système des lois de son pays. Voici la réponse du cheval:

«D’ailleurs, qu’est-ce que cette loi ? Votre nature et votre
raison ne vous suffisent-elles pas, et ne vous prescrivent-elles
pas assez clairement ce que vous devez faire et ce que vous ne
devez point faire ? »

Les voyages de Gulliver, Jonathan Swift

Je vous invite à lire ce livre grâce au lien attaché au titre dans le texte ou en achetant le livre évidemment. Les plus grand pourrons aussi lire le texte de Thoreau, La désobéissance civile avec un esprit critique bien en éveil, car je n’incite en aucun cas à la désobéissance, il sera d’ailleurs bon de resituer le texte dans son contexte.

Maintenant, c’est à vous de jouer;

Quelles interrogations vous viennent à l’esprit? Faites en la liste entre vous ou, mieux encore, partagez vos questions dans les commentaires puis, réfléchissons ensemble aux réponses, argumentées, que nous pouvons apporter.

N’oubliez pas le message précédent: nous respectons les règles de la discussion à visée philosophique. Les adultes, vous n’apportez pas un savoir aux plus jeunes mais nous partageons tous des réflexions dans le but de répondre à une question philosophique et de mieux comprendre un concept.

Je vous écoute…

Avant de regarder Artistes de la vie

Dimanche matin, j’animais avec deux autres personnes la discussion suite à la projection du film Artistes de la vie. Ce film présente de beaux et riches témoignages de personnes inspirantes et ça fait du bien! Le but étant d’amener les personnes présentes à témoigner sur leur ressenti et leur expérience personnelle, il m’a semblé intéressant de commencer par réfléchir moi-même à la question,

« Connais-toi toi-même » reprend Socrate.

C’est d’ailleurs une partie importante du film. Réfléchir à qui je suis, mes besoins, ce qui m’enrichit… On ne peut être vraiment ouvert aux autres et au monde que lorsqu’on a une (plus ou moins) bonne connaissance de soi, cette connaissance qui sert d’appui pour soutenir nos choix et nos actions.

Qu’est ce qui me porte? Qu’est ce qui me permet de me sentir à ma place? quels sont mes besoins? Dans son témoignage, Johanna Quelen parle de ce qui rend JOYEUX.

S’il est possible, voire nécessaire de suivre une psychothérapie pour commencer le chemin, il faut surtout prendre le temps de regarder à l’intérieur de soi ce qui nous rend JOYEUX. La philosophie nous dit que nos désirs font notre malheur, que l’essentiel n’est pas dans le superflue alors, comme dans le feng-shui, il faut faire un peu de nettoyage par le vide. Et que reste t-il? Moi, toi, lui.

A partir du moment où nous sommes attentifs à l’essentiel dont nous avons besoin, nous avons fait de la place pour être attentif à ce dont les autres ont besoin. Ce pouvoir de la pensée, de la réflexion nous permet de vivre ensemble, pas seulement côte à côte mais vraiment ensemble. Et cette pensée, il est bon de l’entretenir, la développer, la nourrir dès le plus jeune âge. Avant que les modèles de la société ne viennent l’étouffer.

Voilà pourquoi j’ai créé Chouette Philosophe et pourquoi j’ai été, aussi, touchée par le témoignage d’Alain Guyard et je vous invite à l’écouter :

« Cher Donald Trump »

Je ne me lance pas dans un message pour M Trump, je souhaite simplement partager ma lecture de l’album de Sophie Siers, illustré par Anne Villeneuve, aux éditions Alice jeunesse.

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Il est parfois difficile de vivre ensemble entre frères partageant la même chambre. C’est ce qu’explique Sam dans les lettres qu’il envoie à Donald Trump. Il aimerait lui aussi construire un mur pour le séparer de ce frère envahissant.

Bien sûr, cet album présente le sujet avec de belles touches d’humour dans les illustrations et dans le texte mais cela ne rend pas le sujet moins important; quelle modèle de vivre ensemble donnent certains adultes aux enfants? Il semble plus facile de mettre une barrière entre des êtres plutôt que de communiquer pour chercher des solutions. En famille ou avec des amis, il est pourtant possible de faire des efforts pour vivre ensemble et être plus tolérants les uns avec les autres, Sam découvre combien il y gagne sans rien perdre. Il apprécie par exemple la présence rassurante de son grand frère lorsqu’il fait un cauchemar.

En tant qu’adulte, j’aime beaucoup l’idée que nous devons incarner ce que nous voulons transmettre ou partager. Lorsque nous sommes ouverts et accueillants, ne recevons nous pas un accueil chaleureux? Si nous pouvons agir sur notre comportement, nous devons aussi être attentifs aux autres exemples que les enfants voient. Heureusement, il reste la discussion à visée philosophique pour développer son esprit critique et l’espoir qu’ainsi, les hommes chercheront d’autres solutions que de vouloir construire des murs…