Les fruits du week-end.

Certains fruits nourrissent l’esprit et j’ai eu le plaisir de faire une belle récolte ce week-end.

J’ai commencé samedi à la médiathèque Livre y média à St Père en Retz. Sébastien m’a invité à animer des discussions à partir de livres de la médiathèque, pour les enfants et leurs parents.

Nous étions donc bien entourés pour discuter des thèmes cachés dans les Contes d’Orient de Jihad Darwiche.

Qu’est ce que la famille? Aujourd’hui, hier, est-ce la même? Le lion est plus fort que la souris qui pourtant le sauve, qu’est-ce que la valeur? Le chameau à problème et un ami renard qui lui propose une solution, qu’est-ce que penser?…

Bien-sûr nous ne pouvons pas aller au bout de nos idées, de notre réflexion en un temps aussi court mais j’espère que le dialogue s’est poursuivi dans les foyers et que tous auront envie d’échanger sur les prochains thèmes qu’ils découvriront dans leurs lectures.

Hier, dimanche, j’étais à la fête de la Ranjonnière (ferme pédagogique), à Bouguenais pour un dialogue entre enfants et adultes autour de l’homme et la nature.

La marche aidant à réfléchir, nous nous sommes promenés dans ce beau jardin, entre aéroport, boulevard périphérique et usines, qui illustrait parfaitement notre propos.

Qu’est-ce que la nature? Lorsqu’on prend le temps d’y réfléchir en étant au milieu de cette végétation luxuriante on ne peut s’empêcher d’être admiratifs mais aussi inquiets et dubitatifs quant à la place et au rôle de l’homme.

Sénèque disait  » La véritable sagesse consiste à ne pas s’écarter de la nature, mais à mouler notre conduite sur ses lois et son modèle.  »

Après cette journée à la ferme, je suis heureuse d’avoir rencontré autant de personnes qui en soient convaincues.

Pourquoi participer à un atelier philo?

Ciel sur Loire

Samedi matin, je participais au forum des associations organisé par une commune voisine. J’y présentais les ateliers proposés par l’association Écoute et Partage dont l’objectif est de permettre à des intervenants développant des activités liées au « bien-être » d’intervenir dans notre petite commune. Il y a donc du yoga, de la méditation, de la sophrologie, du feng-shui, de la psycho-magie et… de la philo avec les jeunes.

Que viennent donc faire les ateliers philo au milieu de ces activités pensez-vous peut-être? Alors réfléchissons au déroulement d’un atelier et à ses objectifs. Nous nous réunissons pour dialoguer autour d’un sujet que nous choisissons ensemble ou que nous acceptons volontiers.

Nous construisons un cadre ensemble afin de nous assurer que nous sommes tous d’accord pour que notre atelier se déroule dans la bienveillance, les uns envers les autres.

Nous échangeons différents arguments non pas pour faire du prosélytisme mais, au contraire, pour s’enrichir de toutes les facettes d’une idée et s’en enrichir, nous formons une communauté de recherche.

Nous réfléchissons ensemble à nous et au monde dans lequel nous vivons et l’accueil qui est fait à la parole de chacun la rend précieuse, tout comme celui qui l’a délivrée.

En conséquence, les participants, à force d’être écouté, de s’enrichir, développent leur habileté de penser mais aussi leur estime d’eux-même.

Le développement de l’esprit critique permet aussi aux jeunes d’être plus vigilants face aux informations qu’ils reçoivent, face à la propagande en tout genre à laquelle ils sont confrontés de leurs écrans aux affichages dans les rues ou aux discours mercantiles, politiques ou religieux.

Ajoutons à cela le petit temps de méditation qui nous permet de nous concentrer sur ce temps que nous allons partager. Cette concentration que nous maltraitons devant nos écrans et que nous avons besoin de retrouver pour être conscient de notre réflexion mais aussi de ce que nous ressentons, ce plaisir du partage et de l’enrichissement personnel.

En résumé; notre atelier permet au participants de développer leur écoute, leur bienveillance, leur ouverture d’esprit, la richesse de la différence, la liberté de s’exprimer, l’esprit critique…. l’estime de soi. Alors oui, les ateliers philo forment des citoyens conscients qui ont les outils pour tendre vers un bien-être.

Maintenant, j’espère que vous n’hésitez plus à proposer à vos enfants de venir découvrir les ateliers philo. Voici donc mes prochaines dates, pensez à vous inscrire :

  • A la médiathèque de la Plaine sur Mer, avec Christelle Croix, une fois par mois. Premier atelier le mercredi 11 septembre à 16h30. Inscrivez-vous à la médiathèque avant le 9 septembre
  • A la médiathèque de St Père en Retz, le samedi 14 septembre à 10h30, pour adolescents et adultes. Inscription à la médiathèque : 02 40 21 78 27 ou mediatheque@saintpereenretz.fr
  • A Frossay, avec l’association Écoute et Partage, je vous propose un rendez-vous hebdomadaire. 10H30-11H30 pour les 6/10 ans puis, 14H30-15H30 pour les 11/14 ans . Contactez-moi pour vous inscrire, les premiers ateliers auront lieu le mercredi 18 septembre.
  • A partir du 14 octobre, je retrouverai les Int’Enfantastiques pour un atelier mensuel avec une nouveauté puisque nous avons ajouté un atelier pour les enfants après l’école. Vous trouverez toutes les informations sur ce document
  • Je vous inviterai aussi à des ateliers ponctuels, comme à « la p’tite quinzaine parentalité » organisée par le CSC Loire et Seil à Rezé du 9 au 18 octobre ou au Cinéjade de St Brévin le 16 novembre.

Réservez vos places en envoyant un mail à chouettephilosophe@gmail.com A bientôt,

débattre du débat, de la discussion et du dialogue.

Dernièrement, j’ai entendu une jeune fille dire « dans un débat, untel gagnerait parce qu’il trouve toujours des arguments ». Nous étions plusieurs familles réunies autour d’une table pour une soirée conviviale et cette phrase s’est figée dans ma tête :

  • peut-il y avoir un gagnant dans un débat?

Selon le CNRTL,voici une définition du débat : « Action de débattre; discussion généralement animée entre interlocuteurs exposant souvent des idées opposées sur un sujet donné.  » Puis, selon le dictionnaire Littré :  » Différend dans lequel de part et d’autre on allègue des paroles au des raisons. Le débat fut violent. « 

« Discussion animée », « violent », »différend », il semblerait en effet que ce terme induise la notion d’altercation. Une personne en écrase donc une autre grâce aux arguments qu’elle va donner comme un boxeur le ferait de ses poings.

Cela implique que l’un des participants connaisse la vérité sur le sujet du débat, qu’il soit capable d’en apporter des preuves irréfutables et qu’ainsi les autres participants n’aient d’autre choix que de se ranger à son avis. Mais il me semble qu’il n’y a pas de débat possible si une réponse existe, s’il existe une démonstration scientifique. Des chercheurs vont débattre sur la façon d’opérer, sur la démarche à suivre mais une fois qu’ils ont les résultats, il y a une réponse, un résultat donc la fin d’un quelconque débat.

Alors si le sujet n’est pas scientifiquement explicable, le débat peut avoir lieu. Il va permettre d’échanger des arguments dans le but de trouver une explication, une première définition.

Certaines personnes, comme celle dont nous a parlé cette jeune fille, vont alors être plus à l’aise pour s’exprimer devant un groupe, elles vont avoir l’esprit vif et réponse à tout, des personnes maîtrisant la rhétorique. Le débat risque donc de devenir un monologue ou un cours magistral devant un public silencieux. Que gagne alors notre orateur? Il peut certes avoir une grande maîtrise du sujet mais, dans un débat, l’échange d’idées n’est-il pas primordial? Notre orateur n’aurait-il pas tout à gagner d’être confronté à des arguments différents?

Si la réflexion de cette ado m’a dérangée, c’est que je n’étais pas encore totalement sûre du vocabulaire à utiliser lors des ateliers que j’anime et j’ai compris là toute l’importance de chaque mot. C’est finalement M Sasseville, avec J Hawken, qui explique le mieux la différence entre les différents termes:

Abécédaire en philosophie pour enfants, D pour Dialogue J Hawken et M Sasseville

Ce que je veux partager avec les enfants est justement cette idée qu’en réfléchissant ensemble nous irons plus loin, nous apprendrons tous plus. Alors dialoguons pour être ouverts aux autres et au monde, ce sera le meilleur moyen d’avancer.

1 km fait-il bien 1 km?

Piton de la Fournaise, avril 2019

La marche est une activité idéale pour réfléchir, j’ai pu l’expérimenter pendant nos magnifiques randos à la Réunion en avril dernier. Parfois, le thème de ma réflexion était lié à l’expérience que je vivais.

Nous nous levions tôt pour ne pas souffrir de la chaleur et pouvoir faire nos 15 km de marche et 900m de dénivelé avant midi. Sur la carte cela semble facile, vu du départ, l’ensemble est tellement beau que l’envie est plus forte que la raison et puis il y a la marche… Mes hommes (fils et mari) marchaient d’un bon pas, comme d’habitude, le mien étant moins alerte (mais efficace!). De là est née mon interrogation: un kilomètre est-il identique pour chaque personne?

Bien sûr, scientifiquement, il est possible de mesurer un kilomètre qui sera égal à n’importe quel autre dans le monde. Mais quelle vérité a ce kilomètre en dehors du ressenti de celui qui le parcours? Alors, il devient différent selon la personne. Savoir qu’un parcours mesure 2 km n’aura donc pas la même signification pour chacun or le but de cette information n’est-elle pas de nous permettre de nous organiser pour parcourir cette distance? Cela ressemble à la nouvelle information que les météorologues nous donnent; température 20° ressentie 18°.

Donc, je pourrais dire avec les empiristes qu’une rando de 15km en montagne est très longue car cette connaissance me vient des sensations que j’ai accumulées lors de différentes expériences. C’est la perception que j’en ai bien que cette distance soit identique en montagne ou sur un chemin plat.

Cela signifierait qu’une chose est différente selon la perception de chacun, il lui faut donc une existence propre sinon elle n’existe pas. Notre raison, selon Descartes nous permet de distinguer l’essence des choses. Un kilomètre est identique partout mais je vais le percevoir différemment selon le lieu.

C’est Husserl qui nous éclaire en disant que les choses se donnent à nous par esquisses. J’ai conscience de l’existence de ce kilomètre mais ma perception, de par les expériences que j’en ai eu, créé différentes esquisses que ma conscience va relier à l’objet.


« Ce n’est pas une propriété fortuite de la chose ou un hasard de notre constitution humaine que notre perception ne puisse atteindre les choses elles-mêmes, que par l’intermédiaire de simples esquisses. »

Edmund Husserl

Heureusement, le plaisir de la marche et la beauté des paysages m’ont fait oublier la longueur des kilomètres.