retour de vacances

Le retour des vacances n’est pas si désagréable si on pense à tous les beaux projets qui vont se poursuivre ou se concrétiser à la rentrée.
Cette année sera riche de rencontres grâce à ma collaboration avec l’équipe des Escales Philosophiques. Nous allons continuer tous les ateliers que nous avons développés ces dernières années et de nouveaux projets vont voir le jour :

  • dans les établissements scolaires : les collèges P Norange et A Vinçon ainsi qu’au Lycée Heinlex. Nous continuons les cycles d’ateliers grâce au soutien de la Cité éducative de Saint Nazaire.
  • dans les maisons de quartiers, nous poursuivons les cafés-philo mensuels à Méan et à la Chesnaie ainsi que l’accompagnement à la scolarité à la Chesnaie mais aussi, nouveauté, à l’Immaculée.
  • grâce au soutien du Contrat de ville, nous allons proposer des cafés-philo à la Trébale en collaboration avec le conseil citoyen.
  • je vais proposer des ateliers philo théâtre, les mardis, de 17h à 18h30, pour les jeunes à partir de 11ans, salle Maria Deraisme. Ce sera l’occasion de mettre à profit les enseignements de Pauline en Impro-philo et les ateliers théâtre que j’animais dans ma vie de bibliothécaire. J’en reparlerai mais si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à me contacter.

Je vais donc partager ces ateliers avec mes collègues de Saint Nazaire et, dans le Pays de Retz où je vis, mes ateliers philo sont proposés aux écoles dans le catalogue du parcours Ecocitoyen de la Communauté de Communes du Sud Estuaire. La description est succincte alors n’hésitez pas à me contacter pour en savoir plus.

D’autres projets sont en préparation, j’en parlerai le moment venu, avec Campus Fertile et à Saint Brévin. Mais il reste de la place dans mon planning alors n’hésitez pas à me contacter : chouettephilosophe@gmail.com

Cette année, je redeviens également étudiante car si mes différentes formations en pratique philosophique sont parfaites pour me donner les compétences pour animer les ateliers philo, je souhaite aussi avoir une formation académique en philosophie. J’ai la chance d’avoir été admise en licence de philosophie et humanités, de l’université de Toulouse. Mes ateliers en seront certainement enrichis.

Nous pourrons parler de tout cela si vous passez par Saint Nazaire le 6 septembre car je serai sur le stand des Escales Philosophiques de 9h30 à 18h, sur l’emplacement A03.
Alors à bientôt et bonne rentrée à tous.

Doit-on suivre le chemin tracé ?

Cette question est souvent discutée lors des ateliers avec les ados. Sont-ils vraiment libres de choisir leur vie ou sont-ils influencés, de façon plus ou moins claire, par leur environnement humain, culturel, social… ?
J’ai vécu une situation métaphorique qui pourra me servir lors de prochains ateliers.

Chaque été, à Nantes, je vais suivre la ligne pour découvrir les œuvres. Cette ligne tracée au sol à travers la ville permet de découvrir des œuvres d’art, exposées dans différents quartiers de la ville dans le cadre du Voyage à Nantes.
Plan en main et les yeux régulièrement rivés au sol, je suivais la ligne, enfin jusqu’à un certain point. Le parcours est très long et non seulement j’étais à pied mais je suis partie trop tard pour voir l’ensemble. Il fallait donc faire des choix, couper certains passages. Je n’ai finalement pas totalement suivi la ligne, mais ce n’est pas l’objectif de cette sortie, le plus important est de voir les œuvres. Alors certes, en suivant rigoureusement la ligne je suis sûre de tout voir mais je dois aussi tenir compte de mes contraintes et de mes goûts : mon plan est accompagné d’une présentation des œuvres, certaines m’attirent moins.

Et il y a les œuvres qui, elles aussi, ont changé les règles !

La fontaine Wallace du jardin du muséum d’histoire naturelle. L’évasion de Cyril Pedrosa

En voici un exemple, les cariatides de la fontaine Wallace sont sorties de la place qu’elles occupent depuis 150 ans !

Antipodos d’Ivan Argote, place Maréchal Foch

La statue de Louis XVI a disparu et un personnage semble descendre de la colonne.
Voici deux exemples où les artistes ont utilisé des œuvres anciennes, qu’ils ont détournées, pour s’exprimer. Ils ont changé ce qui semblait immuable pour partager une idée grâce à leur regard critique sur ce que ces œuvres anciennes peuvent dire aux spectateurs d’aujourd’hui.

Ces exemples pourraient peut-être montrer qu’il est possible de s’appuyer sur ce qui nous semble imposé pour construire notre propre chemin. Je donne souvent aux ados cette phrase de Nietzsche, reprise d’un poème de Pindare, « deviens ce que tu es » ou le choix que nous devons faire selon Sartre, j’ai maintenant de quoi les illustrer pour la rentrée prochaine. J’ai hâte de les retrouver pour découvrir comment les jeunes penseurs vont accueillir cette proposition. En attendant, il me reste des œuvres du voyage à Nantes à découvrir !

Les histoires dans (de) nos vies

Pour l’atelier philo que j’ai animé lors du festival Tintamarre et Charivari de cette année j’avais choisi le thème des histoires dans nos vies. En avons nous besoin ? Qu’est-ce qu’elles nous apportent ?

Ce thème, qui m’a été inspiré par un sentiment personnel ressenti face à l’afflux de « stories », semble avoir touché bien d’autres personnes puisque est paru cette année le livre de Byung-Chul Han, La crise dans le récit, chez PUF, ainsi que le numéro du magazine Sciences Humaines du mois de mai sur ce même thème des récits dans nos vies.

Lorsqu’on parle des histoires et des récits, on pense en premier aux histoires qu’on lit, aux histoires qu’on raconte, mais il y a aussi les histoires qu’on se raconte, les histoires qu’on se transmet et les histoires qui nous aident à nous construire, à construire une identité. Elles y participent même si elles ne sont pas les seuls éléments. Mais le philosophe Han a fait ressortir un point important : une histoire s’inscrit dans une durée alors que les « stories » que nous partageons aujourd’hui sur les réseaux ne sont que des extraits d’un instant qui ne s’inscrivent dans aucune durée. En outre, elles se tourne plutôt vers l’égocentrisme alors que les récits doivent s’ouvrir sur l’altérité et se partager dans un commun, propre à une société quelle qu’elle soit.
Donc en effet nous avons besoin d’histoires, de récits, de mythes, de contes et de l’Histoire pour nous construire et pour faire société. Mais ce partage semble en crise aujourd’hui entre, d’une part, instantanéité et un côté égocentrique, de l’autre. Nous perdons ce lien qui nous relie et c’est dans ces moments de crise que certains peuvent être amenés à adhérer à une propagande qui va leur promettre un récit à partager.

Alors comment remédier à ce problème ? J’ai forcément quelques idées mais pas de réponse sûre. Nous sommes nombreux je pense à en avoir sinon nous ne partagerions pas ce souhait de développer la pratique philosophique, ce temps de réflexion collaborative qui nous permet de construire du sens ensemble. De mettre nos récits en commun.

J’ai quelques projets pour la rentrée qui permettront de travailler autour des récits, de partout, en collaboration avec d’autres personnes qui ont conscience de l’importance de ces histoires. Alors, pour le moment, c’est le temps des vacances, le temps de construire des histoires avec les gens que nous aimons ou avec des personnes rencontrées au hasard des chemins. Je vous souhaite donc de faire de belles rencontres et de construire de beaux souvenirs pour alimenter vos récits futurs.

A lire :
La Crise dans le récit, de Byung-Chul Han, éditions PUF
Pourquoi avons-nous besoin de récits ? numéro 378 du magazine Sciences Humaines

Une histoire d’esprit critique

Le 6 mai dernier, je participais à la journée Jeunes action science, organisée par Nantes Université à l’École Centrale.
Les classes ayant participé aux dispositifs Booste ton esprit critique et Jeunes scientifiques pour la transition présentaient leurs travaux et la journée débutait par des mini-conférences sur divers sujets afin de faire découvrir le travail des chercheurs aux élèves présents.

Cette journée a été très valorisante pour les élèves qui présentaient leurs travaux sur le stand de leur classe mais également enrichissante grâce à la variété des sujets à découvrir. Il y avait de nombreux sujets scientifiques avec de belles maquettes que les élèves présentaient avec une grande application tandis que d’autres, comme celui de la classe que j’accompagnais, étaient plus artistiques dans leur présentation tout en conservant une analyse scientifique du sujet.
Les élèves avaient reçu un carnet avec une page par projet pour noter leur remarques sur chaque projet qu’ils visitaient et recueillir le tampon de validation du passage au stand. J’entendais les questions sur le sujet, sur la manière dont ils avaient procédé, sur l’objectif… Bref, les jeunes faisaient preuve d’un esprit critique face à leurs interlocuteurs et tout se passait bien.

Ce n’est pas si évident car dans l’esprit de nombreuses personnes, esprit critique rime avec dévalorisation du sujet concerné. Nous avons d’ailleurs pu l’observer, les enseignantes et moi, lors de cette journée, pendant une discussion après avoir écouté la présentation d’un doctorant en psychologie. Nous avions trouvé que sa présentation partait d’un présupposé, les jeunes sont en grande majorité victimes d’éco-anxiété (un rapide sondage dans l’auditoire lui a montré que ce n’était pas le cas parmi les jeunes présents mais, après l’avoir constaté, il n’en a pas tenu compte). Il a expliqué que cette éco-anxiété se manifeste par des émotions négatives qui vont influer sur la capacité d’action des personnes touchées. Sa conclusion était qu’il faut accepter que malgré la gravité de la situation, faire de petits gestes est déjà très bien.
En sortant, nous avons interrogé les élèves sur les conférences qu’ils avaient entendues et toutes ont eu des critiques à faire sur cette prestation :
– impression qu’il s’agissait d’un atelier de développement personnel
– manque de prise en compte des autres situations : le déni par exemple
et une présentation trop superficielle qui n’apportait rien de nouveau.
Mais nous avons aussi remarqué que ce jeune homme semblait débuter dans la carrière et que cette courte présentation n’était qu’une petite partie d’une thèse dont il ne nous a pas donné le sujet (regrettable).

Cette discussion était fort intéressante lorsque nous avons été interpellées par deux personnes qui ne comprenaient pas les critiques énoncées alors que ce doctorant mène un travail de recherche certainement plus poussé que nos connaissances sur le sujet.
Nous avons eu beau faire remarquer que nos critiques ne remettent pas en cause sont travail mais la présentation qu’il en a fait et qu’il est plutôt intéressant de voir que les élèves avaient été capables d’analyser ses propos, c’est à dire d’utiliser leur esprit critique, le gros thème de la journée!

En effet, faire preuve d’esprit critique démontre une écoute attentive de l’interlocuteur, ou un lecture attentive du sujet, c’est la capacité à analyser la validité de l’énoncé et ainsi éviter de sombrer dans le dogmatisme, c’est la pensée qui permet de continuer à se poser des questions et à chercher des réponses, c’est une pensée nécessaire et créatrice.
Alors, critiquer la présentation de ce jeune homme n’avait rien d’agressif mais c’était un exercice enrichissant pour les élèves et j’espère que nous nous ouvrirons plus à cette critique constructive pour sortir de certains marasmes dans lesquels nous sommes englués : la surproduction et la surconsommation, les extrémismes de tous bords, l’utilisation des réseaux sociaux et le rapport à l’autre…

J’espère que ce dispositif sera renouvelé à la rentrée et que de nombreux élèves pourront bénéficier de cet enseignement mais nous pourrions peut-être aussi développer ce genre d’activité pour les adultes.
Pourquoi pas en participant à des cafés-philo… A bientôt