Accompagnement à la scolarité

Une Maison de Quartier de Saint Nazaire (44) propose de l’accompagnement à la scolarité pour les enfants de l’école primaire du quartier. Les enseignants, les parents et les animateurs de la MQ sont en relation pour discuter des besoins des enfants, individuellement. Pour certains, l’aide ne concerne pas les apprentissages mais leur façon d’aborder l’école ou leur place, voire même le développement d’une meilleur confiance en eux. Les mardis et jeudis soir, des éducateurs, des bénévoles et des intervenants proposent diverses activités vers lesquelles les enfants sont dirigés selon leurs besoins.
C’est dans ce cadre que je suis intervenue de fin septembre 2024, les jeudis soirs, jusqu’à début avril.

Un atelier philo dans le cadre de cet accompagnement prend une autre forme
– j’interviens en fin de semaine, en fin de journée (les jeudis de 16h45 à 18H).
– les enfants ne savent pas à l’avance vers quelle activité ils seront envoyés.
– le sujet pour moi est plus le discutant que le concept
J’ai donc préparé les ateliers, d’une semaine à l’autre, en fonction de ce que j’avais observé du comportement des enfants et grâce aux riches échanges avec les éducateurs. Ensuite, j’ai sorti toutes mes idées ludiques et créatives pour que les enfants adhèrent à la proposition, même s’ils venaient à contre-coeur (parce qu’ils voulaient faire sport dehors pour profiter du soleil etc.)

Alors nous avons réfléchi à
qui suis-je? avec un portrait chinois
qu’est-ce que grandir ? à partir du court métrage La Luna
les émotions avec le jeu Feelings
la liberté avec l’escape philo
Le pouvoir grâce aux affiches des Canards philosophes
L’amitié, la valeur, le bonheur, l’imagination, l’intelligence, la collaboration, l’égoïsme, la beauté, les filles et les garçons, se comprendre…
J’ai accompagné quasiment tous les sujets d’une lecture d’album et nous avons souvent terminé par une création : lettre à celle ou celui que je serai dans 15 ans, affiche collaborative pour la MQ, un pliage, des cartes de conseils pour bien vivre-ensemble ou d’autres sortes de composition sur le thème discuté.

Lors des premiers ateliers, certains enfants ne s’exprimaient qu’à travers les autres. Les « meilleurs copines » ne pouvaient pas se séparer ni avoir un avis individuel. Beaucoup n’utilisaient pas le « je » et ne prenaient pour exemple que leurs amis ou parents. Petit à petit, ils ont commencé à se distinguer de l’autre, en tant qu’individu, ayant des qualités et le droit de ressentir des choses différentes des autres sans que cela ne brise le lien qui les lient à ceux qu’ils aiment. Et je ne parle pas de ceux qui passaient leur temps à se dévaloriser et qui ont découvert la place qu’ils avaient dans le groupe et l’importance de ce qu’ils pouvaient apporter lors de nos activités.

Alors je sais que l’objectif des ateliers philo n’est pas de proposer une séance pseudo psycho. Je reconnais avoir accepté la mission en sachant que je dévierai du principe que j’aime tant : prendre de la distance pour mieux réfléchir au sujet. Mais je suis très heureuse de ce que nous avons partagé. Le travail avec l’équipe de la MQ de la Chesnaie était très enrichissants et je les remercie infiniment d’avoir partagé leur temps, leurs compétences et leur bonne humeur. Les enfants ont mené un travail rigoureux. Ils ont évolué dans leurs rapports à eux et aux autres, petit à petit. Peut-être que, dans ce contexte, c’était le plus important.
Et Socrate a été câliné et il a eu des tresses !

Je ne sais pas si cette collaboration sera renouvelée à la prochaine rentrée dans cette MQ mais j’espère pouvoir présenter Socrate à d’autres enfants, ici ou ailleurs, pour les aider à découvrir leur pouvoir.
Si l’idée vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

Atelier « esprit critique »

Lors des premiers ateliers philo que j’animais, il arrivait que je dise aux enfant ou aux adolescents que ce que nous faisons permet de développer l’esprit critique. Parfois, je le disais comme si les enfants savaient de quoi il s’agissait. Cette façon de faire n’était pas satisfaisante parce que, d’une part, définir l’esprit critique n’est pas forcément évident pour des enfants et, d’autre part, parce que ma formation ne me semblait pas suffisante pour comprendre et expliquer précisément de quoi il s’agit au niveau cognitif.

J’ai donc suivi des MOOC pour en savoir plus :
Cognition sociale, de l’université de Genève.
Les expériences du monde, par un groupe d’enseignants du Collège des Hautes Études Lyon Sciences, le CHEL[s].
Exercez votre esprit critique, par Marc Anyo, formateur pour adultes – Transmission des outils de la pensée critique – Analyse critique des Médias et Camille Lakhlifi, Doctorante en sciences cognitives – Agitatrice d’esprit critique.
J’ai également lu des articles pour mon mémoire de D.U. puisque le sujet était : La décentration comme ouverture à l’altérité : une attitude intellectuelle nécessaire dans le débat philosophique.

Si tout était plus clair pour moi, il m’a semblé évident que, pour prendre conscience du lien entre atelier philo et esprit critique pour un enfant, il fallait être plus explicite. J’ai donc pris l’habitude, lorsque les enfants me parlent d’esprit critique, de prendre le temps de leur demander comment ils le définissent puis d’expliquer en donnant des exemples.

L’automne dernier, j’ai été contactée par une personne de Nantes Université pour m’inviter à proposer un atelier Esprit critique dans le cadre du dispositif « Booste ton esprit critique ». Puis on m’a précisé qu’il y avait un demande pour un atelier sur le thème « Lisons l’avenir dans les cartes ». Après quelques échanges et beaucoup de préparation j’ai animé cet atelier avec des élèves de terminale du lycée Albert Camus, à Nantes.

Après une présentation théorique, nous avons fait des exercices pratiques à partir de cartes « des peuples d’Europe ». Les élèves ont parfaitement su analyser les défauts, les limites, les interprétations… Cet atelier a été très intéressant grâce à des élèves dynamiques et réfléchis. Il fait partie d’un projet qui sera présenté le 6 mai à Nantes.

Cet atelier est très différent des ateliers philo, nous travaillons concrètement sur l’analyse de documents après avoir vu comment nous fonctionnons face à une information. Il peut être décliné différemment selon les supports d’exercices qui seront choisis. L’afflux massif d’informations auxquelles nous sommes soumis nécessite, il me semble, encore plus aujourd’hui d’être attentifs. J’espère donc avoir d’autres opportunités de proposer cet atelier, à des jeunes ou des moins jeunes.
N’hésitez pas à me contacter pour en savoir plus.

retour sur une semaine…

semaine du 24 au 30 mars 2025

D’échanges et de réflexions.

La médiathèque de Saint Brévin propose des soirées philo un mardi par mois. Ce mardi 25, le sujet était « Si tu veux la paix, prépare la guerre » (Si vis pacem, para bellum). Evelyne Guillemeau, qui anime ces soirées, a commencé par une riche présentation de ce sujet brulant. Mais y a t-il eu une époque où il n’ait pas été d’actualité ? L’humain serait-il condamné à vivre en état de guerre ? Cet animal pensant, doué de la parole, est-il incapable de dépasser ses désirs pour vivre en paix ?
Cette soirée m’a confortée dans l’idée que l’éducation est primordiale pour que chacun puisse faire des choix réfléchis et vivre en bonne entente. L’éducation pourrait-elle être le moyen de résister ?

Mercredi, j’animais une discussion à la suite de la projection des courts-métrages de Géniales, au Cinéjade à Saint Brévin. Les jeunes penseurs qui se sont réunis autour de moi ont réfléchi à ce qui rend une personne « géniale ».
Grâce aux personnages des films et à leurs expériences, les enfants ont proposé qu’une personne est géniale lorsqu’elle a un comportement attentif et gentil envers les autres. On ne peut pas être génial seul.

Jeudi soir, j’animais la première « rencontre philosophique » des Escales philosophiques, à Saint Nazaire. Après quelques échanges sur la vie et le développement de l’association, nous avons essayé le jeu Expédition sagesse puis nous avons lu le texte de Robert Maggiori, sur l’identité, qu’il propose en introduction du prochain évènement à Monaco.
Ce texte nous a amené à réfléchir sur l’identité mais également sur l’identité collective. Sur quoi se construit-elle ? Quel est son pouvoir ?

Finalement, toutes ces rencontres avaient pour sujet : les relations humaines. Comment vivre ensemble en paix ? Comment l’autre me rend meilleur puisque je peux devenir « géniale » grâce à nos interactions. Puis cette identité qui peut faire débat mais qui me permet aussi d’être une parmi les autres.
Et tout cela s’est magnifiquement illustré lors de l’assemblée générale de Campus Fertile vendredi soir : comment le collectif peut développer de grands et beaux projets ouverts à tous.

De formation.

Vendredi, Lire sous les pins proposait une journée professionnelle à laquelle j’ai eu la chance de pouvoir participer. L’invitée, Sophie Van der Linden, a fait un conférence sur « qu’est-ce qu’un album ?  » Quel plaisir de retrouver ce sujet qui a accompagné ma vie de bibliothécaire. Mais j’y participais aussi parce que les analyses de Sophie sont précieuses pour trouver des albums de qualité comme support introductif des ateliers philo. J’y ai donc trouvé de précieuses informations que la lecture du livre Tout sur la littérature de jeunesse, de la petite enfance aux jeunes adultes, publié chez Gallimard jeunesse, me permettra de compléter.

Pour terminer la semaine, je n’ai pas résisté à une autre visite au salon Lire sous les pins pour acheter et faire dédicacer le magnifique album / pièce de théâtre de François Place Le Marquis de la Baleine, Gallimard. Là aussi, le lecteur entre en relation avec des personnages qui ont une drôle de vision du rapport aux autres…

La conclusion de cette semaine chargée mais tellement riche, me fait penser que notre rapport les uns aux autres n’est pas une simple nécessité qui doit se faire avec politesse mais un acte qui doit être pensé et réalisé avec conviction. Nous faisons tous, à un moment ou un autre, des expériences douloureuses de rapports humains avec des personnes trop égocentrées pour se rendre compte du mal qu’elles font aux autres. Et cela devient tragique lorsqu’il s’agit de chefs d’états.
Prendre l’autre en compte n’est pas seulement altruiste, c’est aussi un moyen d’être.

Qu’est-ce qui fait d’un être humain un être humain ?

Création Michelangelo, Chapelle Sixtine, Rome. photo personnelle

Ceci est la question proposée par Joana Rita Sousa, dans le cadre du projet NHNAI.
Dès que j’ai lu cette question, particulièrement la façon dont elle est formulée, j’ai eu envie de l’utiliser lors d’un atelier. Les enfants demandent régulièrement à réfléchir sur la place de l’humain par rapport aux animaux, par rapport à la nature… mais je n’avais pas eu l’occasion de réfléchir avec les enfants sur l’essence de l’humanité d’un être.

J’ai donc profité du nouveau cycle que je commence avec 3 groupes d’élèves de 5ème du collège Pierre Norange, à Saint Nazaire (44). Nous nous sommes rencontrés pour la première fois cette semaine, nous avons donc consacré une partie de l’atelier à faire connaissance, à comprendre ce que nous allions faire ensemble et à poser le cadre. J’ai ensuite invité les enfants à proposer des questions philosophiques puis j’ai posé la mienne : Qu’est-ce qui fait d’un être humain un être humain ?

J’ai vu à l’expression de la majorité de ces jeunes penseurs qu’ils avaient immédiatement perçu la profondeur de cette question. Puis les premières idées sont arrivées :

– « il vit sur la Terre »  et « il marche debout » mais certains ont objecté qu’ils ne sont pas les seuls êtres vivants dans ce cas.

– « il a la parole ». Cette proposition a amené une riche discussion sur le fait que des animaux avaient un langage qui leur permettait de communiquer entre eux mais les élèves sont arrivés à l’idée que celui des humains était peut-être plus élaboré.

– « il peut réfléchir ». « il pense ». Nous nous sommes alors demandé si les animaux réfléchissent parce que certains ont évoqué l’observation d’un chat qui semblait être en pleine réflexion. Un élève à alors proposé que les animaux sont peut-être juste capables de réfléchir au moyen d’avoir leur nourriture alors que les humains ont des pensées plus complexes.

– « l’humain est capable de productions techniques et d’évoluer » Nous avons réfléchi à des productions d’animaux : les nids par exemple qui peuvent avoir une architecture complexe, mais l’humain peut créer plus de choses et faire évoluer ses créations et lui-même.

Puis un élève a dit que « l’humain pense a la mort parce qu’il sait qu’il est mortel ». Si des animaux montre des signes de tristesse face à la mort d’un congénère, ils ne semblent pas avoir conscience d’être mortels.

Dans un autre groupe, un élève à proposé l’idée que l’humain se préoccupe de ce que les autres pensent de lui. C’est pour cela par exemple qu’il ne se promène pas nu dans la rue (exemple choisi par l’élève). La fin de l’atelier nous a empêché de suivre cette piste pour le moment mais un autre groupe nous a permis d’aller plus loin, en partant d’une autre idée :

– « l’humain n’est pas comestible ». Cette première proposition a été discutée parce que nous avons distingué le fait que la chaire humaine est comestible mais, selon notre culture et moralement, nous considérons qu’un humain ne peut pas être consommé par un humain. Cette morale que nous partageons avec un groupe semble être propre à l’humain, tout comme la culture. Tous les humains ont une culture même si elles diffèrent les unes des autres.

– « les humains peuvent avoir des amis ». « Ils ressentent de l’amour et d’autres sentiment ». Nous nous sommes demandés si le lien entre le chien et son maître, par exemple, est de l’amitié ou de l’amour ou seulement une manipulation pour obtenir ce qu’il veut.

Nous allons poursuivre cette réflexion mais ces jeunes gens, qui participaient à un atelier philo pour la première fois, ont eu des échanges et des idées très riches. J’ai hâte de découvrir la suite ainsi que d’ouvrir toutes les portes qui vont s’offrir à nous.