retour sur une semaine…

semaine du 24 au 30 mars 2025

D’Ă©changes et de rĂ©flexions.

La mĂ©diathèque de Saint BrĂ©vin propose des soirĂ©es philo un mardi par mois. Ce mardi 25, le sujet Ă©tait « Si tu veux la paix, prĂ©pare la guerre » (Si vis pacem, para bellum). Evelyne Guillemeau, qui anime ces soirĂ©es, a commencĂ© par une riche prĂ©sentation de ce sujet brulant. Mais y a t-il eu une Ă©poque oĂą il n’ait pas Ă©tĂ© d’actualitĂ© ? L’humain serait-il condamnĂ© Ă  vivre en Ă©tat de guerre ? Cet animal pensant, douĂ© de la parole, est-il incapable de dĂ©passer ses dĂ©sirs pour vivre en paix ?
Cette soirĂ©e m’a confortĂ©e dans l’idĂ©e que l’Ă©ducation est primordiale pour que chacun puisse faire des choix rĂ©flĂ©chis et vivre en bonne entente. L’Ă©ducation pourrait-elle ĂŞtre le moyen de rĂ©sister ?

Mercredi, j’animais une discussion Ă  la suite de la projection des courts-mĂ©trages de GĂ©niales, au CinĂ©jade Ă  Saint BrĂ©vin. Les jeunes penseurs qui se sont rĂ©unis autour de moi ont rĂ©flĂ©chi Ă  ce qui rend une personne « gĂ©niale ».
Grâce aux personnages des films et Ă  leurs expĂ©riences, les enfants ont proposĂ© qu’une personne est gĂ©niale lorsqu’elle a un comportement attentif et gentil envers les autres. On ne peut pas ĂŞtre gĂ©nial seul.

Jeudi soir, j’animais la première « rencontre philosophique » des Escales philosophiques, Ă  Saint Nazaire. Après quelques Ă©changes sur la vie et le dĂ©veloppement de l’association, nous avons essayĂ© le jeu ExpĂ©dition sagesse puis nous avons lu le texte de Robert Maggiori, sur l’identitĂ©, qu’il propose en introduction du prochain Ă©vènement Ă  Monaco.
Ce texte nous a amenĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’identitĂ© mais Ă©galement sur l’identitĂ© collective. Sur quoi se construit-elle ? Quel est son pouvoir ?

Finalement, toutes ces rencontres avaient pour sujet : les relations humaines. Comment vivre ensemble en paix ? Comment l’autre me rend meilleur puisque je peux devenir « gĂ©niale » grâce Ă  nos interactions. Puis cette identitĂ© qui peut faire dĂ©bat mais qui me permet aussi d’ĂŞtre une parmi les autres.
Et tout cela s’est magnifiquement illustrĂ© lors de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de Campus Fertile vendredi soir : comment le collectif peut dĂ©velopper de grands et beaux projets ouverts Ă  tous.

De formation.

Vendredi, Lire sous les pins proposait une journĂ©e professionnelle Ă  laquelle j’ai eu la chance de pouvoir participer. L’invitĂ©e, Sophie Van der Linden, a fait un confĂ©rence sur « qu’est-ce qu’un album ?  » Quel plaisir de retrouver ce sujet qui a accompagnĂ© ma vie de bibliothĂ©caire. Mais j’y participais aussi parce que les analyses de Sophie sont prĂ©cieuses pour trouver des albums de qualitĂ© comme support introductif des ateliers philo. J’y ai donc trouvĂ© de prĂ©cieuses informations que la lecture du livre Tout sur la littĂ©rature de jeunesse, de la petite enfance aux jeunes adultes, publiĂ© chez Gallimard jeunesse, me permettra de complĂ©ter.

Pour terminer la semaine, je n’ai pas rĂ©sistĂ© Ă  une autre visite au salon Lire sous les pins pour acheter et faire dĂ©dicacer le magnifique album / pièce de théâtre de François Place Le Marquis de la Baleine, Gallimard. LĂ  aussi, le lecteur entre en relation avec des personnages qui ont une drĂ´le de vision du rapport aux autres…

La conclusion de cette semaine chargĂ©e mais tellement riche, me fait penser que notre rapport les uns aux autres n’est pas une simple nĂ©cessitĂ© qui doit se faire avec politesse mais un acte qui doit ĂŞtre pensĂ© et rĂ©alisĂ© avec conviction. Nous faisons tous, Ă  un moment ou un autre, des expĂ©riences douloureuses de rapports humains avec des personnes trop Ă©gocentrĂ©es pour se rendre compte du mal qu’elles font aux autres. Et cela devient tragique lorsqu’il s’agit de chefs d’Ă©tats.
Prendre l’autre en compte n’est pas seulement altruiste, c’est aussi un moyen d’ĂŞtre.

Qu’est-ce qui fait d’un ĂŞtre humain un ĂŞtre humain ?

Création Michelangelo, Chapelle Sixtine, Rome. photo personnelle

Ceci est la question proposée par Joana Rita Sousa, dans le cadre du projet NHNAI.
Dès que j’ai lu cette question, particulièrement la façon dont elle est formulĂ©e, j’ai eu envie de l’utiliser lors d’un atelier. Les enfants demandent rĂ©gulièrement Ă  rĂ©flĂ©chir sur la place de l’humain par rapport aux animaux, par rapport Ă  la nature… mais je n’avais pas eu l’occasion de rĂ©flĂ©chir avec les enfants sur l’essence de l’humanitĂ© d’un ĂŞtre.

J’ai donc profitĂ© du nouveau cycle que je commence avec 3 groupes d’Ă©lèves de 5ème du collège Pierre Norange, Ă  Saint Nazaire (44). Nous nous sommes rencontrĂ©s pour la première fois cette semaine, nous avons donc consacrĂ© une partie de l’atelier Ă  faire connaissance, Ă  comprendre ce que nous allions faire ensemble et Ă  poser le cadre. J’ai ensuite invitĂ© les enfants Ă  proposer des questions philosophiques puis j’ai posĂ© la mienne : Qu’est-ce qui fait d’un ĂŞtre humain un ĂŞtre humain ?

J’ai vu Ă  l’expression de la majoritĂ© de ces jeunes penseurs qu’ils avaient immĂ©diatement perçu la profondeur de cette question. Puis les premières idĂ©es sont arrivĂ©es :

– « il vit sur la Terre Â»  et « il marche debout Â» mais certains ont objectĂ© qu’ils ne sont pas les seuls ĂŞtres vivants dans ce cas.

– « il a la parole ». Cette proposition a amenĂ© une riche discussion sur le fait que des animaux avaient un langage qui leur permettait de communiquer entre eux mais les Ă©lèves sont arrivĂ©s Ă  l’idĂ©e que celui des humains Ă©tait peut-ĂŞtre plus Ă©laborĂ©.

– « il peut rĂ©flĂ©chir Â». « il pense Â». Nous nous sommes alors demandĂ© si les animaux rĂ©flĂ©chissent parce que certains ont Ă©voquĂ© l’observation d’un chat qui semblait ĂŞtre en pleine rĂ©flexion. Un Ă©lève Ă  alors proposĂ© que les animaux sont peut-ĂŞtre juste capables de rĂ©flĂ©chir au moyen d’avoir leur nourriture alors que les humains ont des pensĂ©es plus complexes.

– « l’humain est capable de productions techniques et d’évoluer » Nous avons rĂ©flĂ©chi Ă  des productions d’animaux : les nids par exemple qui peuvent avoir une architecture complexe, mais l’humain peut crĂ©er plus de choses et faire Ă©voluer ses crĂ©ations et lui-mĂŞme.

Puis un Ă©lève a dit que « l’humain pense a la mort parce qu’il sait qu’il est mortel Â». Si des animaux montre des signes de tristesse face Ă  la mort d’un congĂ©nère, ils ne semblent pas avoir conscience d’être mortels.

Dans un autre groupe, un Ă©lève Ă  proposĂ© l’idĂ©e que l’humain se prĂ©occupe de ce que les autres pensent de lui. C’est pour cela par exemple qu’il ne se promène pas nu dans la rue (exemple choisi par l’Ă©lève). La fin de l’atelier nous a empĂŞchĂ© de suivre cette piste pour le moment mais un autre groupe nous a permis d’aller plus loin, en partant d’une autre idĂ©e :

– « l’humain n’est pas comestible ». Cette première proposition a Ă©tĂ© discutĂ©e parce que nous avons distinguĂ© le fait que la chaire humaine est comestible mais, selon notre culture et moralement, nous considĂ©rons qu’un humain ne peut pas ĂŞtre consommĂ© par un humain. Cette morale que nous partageons avec un groupe semble ĂŞtre propre Ă  l’humain, tout comme la culture. Tous les humains ont une culture mĂŞme si elles diffèrent les unes des autres.

– « les humains peuvent avoir des amis ». « Ils ressentent de l’amour et d’autres sentiment ». Nous nous sommes demandĂ©s si le lien entre le chien et son maĂ®tre, par exemple, est de l’amitiĂ© ou de l’amour ou seulement une manipulation pour obtenir ce qu’il veut.

Nous allons poursuivre cette rĂ©flexion mais ces jeunes gens, qui participaient Ă  un atelier philo pour la première fois, ont eu des Ă©changes et des idĂ©es très riches. J’ai hâte de dĂ©couvrir la suite ainsi que d’ouvrir toutes les portes qui vont s’offrir Ă  nous.

Des livres pour penser

Depuis quelques temps, je lis Joana Rita Sousa sur diffĂ©rents rĂ©seaux sociaux et j’aime en particulier sa rubrique « livros perguntadores », ce qui se traduirait par « livres questionnants ».
Je partage mes lectures depuis de nombreuses annĂ©es, d’abord en tant que bibliothĂ©caire puis en tant que simple lectrice. J’utilise les livres au quotidien pour mon plaisir, pour me former et pour enrichir mes ateliers philo, avec les enfants comme avec les adultes.
J’ai donc dĂ©cidĂ© de partager mes lectures de façon plus organisĂ©e, comme Joana, pour ĂŞtre utile aux autres animateurs et animatrices d’ateliers philo, Ă  ceux qui aiment les livres qui les font rĂ©flĂ©chir et aux parents qui aiment partager des lectures avec leurs enfants. Mais j’espère aussi recevoir vos avis en retour.

Pour commencer, voici les livres de la semaine :

A quoi pense la littérature de jeunesse ? Des enfants, des questions, des histoires., Edwige Chirouter, éditions L’École des lettres

J’ai lu les prĂ©cĂ©dents livres d’Edwige Chirouter, j’ai eu la chance de bĂ©nĂ©ficier de ses enseignements alors on pourrait imaginer qu’il n’y a rien de plus dans ce livre. Et pourtant, quel plaisir de lecture et d’enrichissement!
J’ai ressenti comme un aboutissement des thĂ©ories et des pensĂ©es dĂ©veloppĂ©es par la philosophe depuis 20 ans. Le cheminement de la dĂ©finition de la littĂ©rature vers l’Ă©volution de la place de l’enfant, l’enjeu de dĂ©velopper la philosophie tĂ´t dans l’enfance et la place de la littĂ©rature. Tout s’enchaĂ®ne avec une cohĂ©rence qui ne peut laisser personne insensible.
Pour finir, quelques questions d’enfants sont dĂ©veloppĂ©es avec des exemples de livres pour penser. Puis, la dernière partie prĂ©sente les « chantiers » que l’auteure a dĂ©veloppĂ© aux 4 coins du monde.

Que vous soyez formĂ©s Ă  l’animation d’ateliers philo ou curieux d’en savoir plus sur la richesse de la littĂ©rature de jeunesse et son lien avec la philosophie, lisez ce livre.
J’espère qu’il sera lu aussi par tous ceux qui doutent encore de la nĂ©cessitĂ© de dĂ©velopper la philosophie avec les enfants.
C’est un enjeu politique.

Quand je garde le silence, de Zornitsa Hristova et Kiril Zlatkov, éditions Six citrons acides

J’avais vu les images de cet album sur Instagram et, sans connaĂ®tre l’histoire, j’ai immĂ©diatement eu envie de le dĂ©couvrir. Je n’ai pas Ă©tĂ© déçue, les illustrations au stylo noir sont d’une sensibilitĂ© incroyable. Cet ours exprime magnifiquement ses sentiments.
Le texte est sobre mais il dit Ă©normĂ©ment par ses silences. J’ai immĂ©diatement pensĂ© Ă  des questions sur lesquels travailler avec des enfants (ou des grands)
A quoi servent les mots ?
ou les mots sont-ils utiles ?
Peut-on tout dire ?
Existe t-il assez de mots ?
Les mots peuvent-ils vraiment dire nos pensées ?
Peut-on dire des choses sans parler ?
Les silences peuvent-ils ĂŞtre compris par les autres ?…

Cet album est un gros coup de cĹ“ur de 2024 et je compte sur cette chouette maison d’Ă©dition, @six.citrons.acides.editions, pour me faire dĂ©couvrir d’autres trĂ©sors en 2025.

La Pythie vous parle. 7 conseils de vie de Liv Strömquist. Editions Rackham.

Cette bande dessinĂ©e est un essai très riche qui dĂ©construit les prophĂ©ties des Pythies modernes grâce aux arguments dĂ©veloppĂ©s par des chercheurs reconnus en sciences humaines. Après cette lecture, on ne peut plus voir les conseils de coachs en tout genre de la mĂŞme façon. N’oublions que la Pythie de l’AntiquitĂ© Ă©tait droguĂ©e aux gaz et ses paroles Ă©taient « traduites » par des prĂŞtres parce qu’elles Ă©taient incomprĂ©hensibles et incohĂ©rentes.
Finalement, nos Pythies modernes ne sont pas plus fiables selon les arguments développés dans ce livre. Alors pourquoi ont-elles autant de succès?
J’ajouterai, en complĂ©ment, la lecture du livre de Julia de Funès, DĂ©veloppement (im)personnel, le succès d’une imposture. Éditions J’ai lu.
La philosophe fait une analyse du dĂ©veloppement d’une centration des individus sur eux-mĂŞmes, crĂ©ant une grande tension et une recherche d’idĂ©ologie Ă  prodiguer ou Ă  suivre.
J’ajouterai Ă©galement la lecture du livre de Claire Marin, ĂŠtre Ă  sa place. Ă©ditions de l’observatoire. dont j’ai parlĂ© en mai 2023 sur Instagram
Tous ces livres nous font rĂ©flĂ©chir Ă  qui nous sommes, Ă  notre place dans la sociĂ©tĂ© et aux relations humaines. Cela peut ĂŞtre compliquĂ©, dĂ©routant mais essayer de rĂ©pondre Ă  la question « qui suis-je? » sera important, quel que soit le moment de notre vie ou l’Ă©poque Ă  laquelle nous vivons. Alors au moins, en BD avec Liv Strömquist, c’est prĂ©sentĂ© avec humour et beaucoup de couleurs !

Je vous souhaite de bonnes lectures et j’attends vos impressions sur ces livres.

2024, c’est fini. Bonjour 2025

C’est la dernière soirĂ©e de l’annĂ©e.
L’occasion de faire le point sur l’annĂ©e Ă©coulĂ©e.

J’ai quelques projets en prĂ©paration alors ce n’est qu’un au revoir.
Et en attendant, vous pouvez dĂ©couvrir le kit créé par Filocriatividade, que j’ai eu le plaisir de traduire, pour passer un bon moment en famille.
https://chouettephilosophe.com/2024/12/16/le-kit-de-dialogue-filocri/