La conscience expliquée par Antonio Damasio

Nous avons l’habitude de dire, à propos des ateliers philo, qu’ils permettent de prendre conscience, de former des futurs citoyens conscients, de développer un esprit conscient… Mais que savons nous de cette conscience?

Dans son livre « Sentir et Savoir, Une nouvelle théorie de la conscience » aux éditions Odile Jacob, Antonio Damasio nous apporte un éclairage tout nouveau basé sur ses découvertes scientifiques et ses observations plus générales. Il débute par une présentation de l’humain, de son origine à l’être pensant actuel afin de rappeler l’évolution depuis 4 milliards d’années.

Définir les termes est une base importante pour comprendre et se comprendre. L’auteur commence donc sa 2ème partie par définir le lien entre l’intelligence, l’esprit et la conscience:

« L’intelligence, dans le contexte général de tous les organismes vivants, est la capacité à résoudre les problèmes que pose la lutte pour la vie… L’intelligence humaine explicité n’est ni simple, ni modeste.

Elle requiert un esprit, et l’assistance des sentiments et de la conscience, qui sont des développements liés à l’esprit. Elle requiert la perception, la mémoire, et le raisonnement. » (page 49)

Puis nous allons découvrir l’importance des sentiments et de l’affect pour que l’esprit devienne conscient et ainsi que tout ne se déroule pas uniquement dans notre tête mais dans notre corps, dans son ensemble.

Alors pourquoi est-ce si important aujourd’hui d’en parler? Conscience est connaissance sont développés dans la 4ème partie pour en cerner les enjeux.

La conscience « est importante pour ce qu’elle apporte directement à l’esprit humain et pour ce qu’elle lui permet de découvrir. Sans la conscience , pas d’expérience mentale : pas de plaisir, pas de douleur, rien de ce que nous percevons, mémorisons, rappelons à la mémoire et manipulons pour décrire le monde extérieur et le monde intérieur par l’observation, la pensée, le raisonnement. » (page 131)

Qu’est ce que la conscience pour les spécialistes (neuroscientifiques, biologistes, psychologues et philosophes) ?

« Pour chacun d’eux, le plus souvent, « conscience »(consciousness) est synonyme d’expérience mentale. Qu’est ce qu’une expérience mentale? C’est un état d’esprit imprégné de deux caractéristiques remarquables et reliées entre elles : les contenus mentaux qu’il présente sont ressentis, et ces contenus mentaux adoptent une perspective singulière. Une analyse plus approfondie révèle que cette perspective singulière est celle de l’organisme particulier auquel l’esprit est inhérent. » (page 138)

Donc, à quoi nous sert la conscience ? Selon A. Damasio, elle aide les organismes à gérer leur vie en respectant des exigences strictes de la régulation du vivant. Les humains ont d’ailleurs bénéficié de cette capacité pour se développer.

« Après tout, l’un des fondements de la conscience se trouve être les sentiments, dont le but est de concourir à la gestion de la vie conformément aux exigences de l’homéostasie. » (page 151)

Puis une précision permet de différencier esprit et conscience : « Cette confusion est la conséquence d’un « sophisme de composition » : les composantes d’un phénomène complexe sont difficiles à identifier sous l’enveloppe qui les cache. Parler d' »esprit conscient » en lieu et place de « conscience » est important : l’adjectif « conscient » qualifie le mot « esprit », et souligne que tous les états d’esprit ne sont pas nécessairement conscients; que la fabrique de l’esprit conscient implique l’existence de composants. » (page 156)

En résumé, notre conscience est l’aboutissement d’un mélange de ressenti et de raisonnement dont le développement nous permet d’adapter notre fonctionnement, notre réponse pour vivre bien avec notre environnement. L’important étant apporté par notre ressenti, notre affect, et donc lié à notre environnement. Alors, l’épilogue apparaît comme une évidence.

« Reconnaître les priorités de l’interdépendance peut s’avérer utile pour faire face aux ravages que nous autres humains avons infligés à la Terre et à sa vie, ravages qui sont probablement responsables de certaines des catastrophes auxquelles nous sommes actuellement confrontés ; je pense notamment aux changements climatiques et aux pandémies. Cette reconnaissance nous inciterait en outre à écouter ceux qui consacrent leur vie aux problèmes de grande envergure auxquels nous sommes confrontés ; et à recommander des solutions sages, éthiques, pratiques et compatibles avec la grande scène biologique qu’occupe l’être humain. Après tout, l’espoir est permis. Peut-être que l’optimisme aussi. » (page 218)

Je n’ai pas parlé du chapitre sur l’intelligence artificielle ni les explications plus scientifiques qui apportent cependant des précisions intéressante et claire, y compris pour une profane comme moi. Cette lecture enrichira mes prochains ateliers et m’aidera à développer mes capacités pour avoir un esprit le plus conscient possible.