Et si nous partagions des discussions malgré tout…

En cette fin de semaine, nos habitudes, notre confort, notre vie ont été chamboulés par l’annonce que nous devions rester chez nous. J’ai pu constater vendredi à l’école l’inquiétude des enfants, mêlée à la joie pour certains, de ne plus pouvoir aller à l’école jusqu’à nouvel ordre.

J’anime des ateliers dans plusieurs établissements depuis plusieurs mois. Nous avions mis en place de bonnes pratiques et j’étais vraiment heureuse de retrouver les enfants, alors, je n’ai pas envie que tout s’arrête. Nous avons tout les moyens de communiquer et partager des idées. Certains auteurs pour la jeunesse ont déjà mis en ligne des vidéos dans lesquelles ils lisent des histoires pour les enfants confinés chez eux, tel que Davide Cali ou Oliver Jeffers. Ils m’ont donné l’idée d’essayer de vous proposer des ateliers de discussions pour les enfants à distance.

Pour commencer, nous allons nous mettre d’accord sur le déroulement d’un atelier, tel que je le pratique généralement:

Nous devons être d’accord sur un cadre commun qui nous permettra de nous respecter les uns les autres. Pour cela, je vais vous proposer quelques idées des enfants

Ensuite, en tant que disciple de SEVE, nous faisons une courte méditation afin de nous débarrasser de l’énervement, des soucis (au moins pour un temps) et être pleinement concentrés. Voici l’occasion de prendre de bonnes habitudes avec les enfants. Pour vous y aider, vous pouvez commander auprès de votre libraire préféré, qui n’aura pas manqué de mettre en place un service de livraison, un de ces livres:

Je suppose que vous connaissez tous « Calme et attentif comme une grenouille », d’Eline Snel , éditions Les Arênes. Mais j’aime aussi – « J’ai rendez-vous avec le vent, le soleil et la lune » de Johanne Bernard et Laurent Dupeyrat, éditions la Martinière
« Méditons avec nos enfants à la maison comme à l’école » de Elisabeth Couzon et Charlotte Ribault, éditions ESF – « Tout est là, juste là » de Jeanne Siaud Facchin, éditions Odile Jacob (enfants et ados) – et un gros agenda d’activités de Valérie Marchand, « Happy méditation », éditions Marabout.

Maintenant, il ne vous manque plus que le sujet de la discussion… alors, juste le temps de m’organiser, et demain je vous lirai une histoire…

Une bibliothèque pour tous grâce à Mobidys

Si l’animation d’ateliers à visée philosophique occupe une part importante de mon activité, il en est une autre tout aussi importante. J’ai la chance qu’un ami m’ait ouvert la porte de Mobidys et que je puisse ainsi participer à leur belle aventure.

Cette start up a créé une bibliothèque numérique pour les collégiens; Sondo, qui rend accessibles les manuels scolaires ainsi que les ouvrages de littérature en les adaptant aux différentes difficultés de lecture.

Sondo

En tant que bibliothécaire puis animatrice d’ateliers à visée philosophique, mon souhait est toujours le même, aider à accéder à la culture, en particulier grâce aux livres. Autant dire que l’objectif de Mobidys de rendre la lecture accessible à tous les collégiens m’a beaucoup touché.

Concrètement, nous sommes donc quelques petites fourmis qui préparent les textes en les découpant, en ajoutant de courtes définitions ou des synonymes… pour que les jeunes lecteurs puissent choisir, sur leur écran, l’aide dont ils auront besoin.

Cet outil devrait être présent dans tous les collèges pour donner toutes leurs chances aux élèves de réussir. Lors d’un atelier sur la différence, avec des enfants de CM2, nous avons parlé de la différence entre égalité et équité. Je leur ai présenté cette image :

http://blog.talents-handicap.com/espace-candidats/emploi-handicap-etes-legalite-lequite/

Une fillette m’a demandé pourquoi la France a choisi « égalité » dans sa devise alors que l’équité, c’est mieux?

Sondo est un bon moyen de rétablir cette équité en apportant l’aide adaptée aux besoins de chacun. Alors je suis très heureuse d’y participer à mon petit niveau et j’espère que de nombreux collèges vont proposer cet outils à leurs élèves.

La joie de Lire et Socrate

La réflexion philosophique est un exercice de la pensée qui consiste à découvrir le monde qui nous entoure et nous-même, puisque nous faisons partie de ce monde. Donc nous découvrons aussi quelle est notre juste place.

Pour cela, avec les enfants, nous cultivons cette capacité qu’ils ont à se questionner. Parce qu’ils s’interrogent naturellement, dès le plus jeune âge, sur le monde qui nous entoure. Mais, est-ce que nous leur accordons le temps d’écouter, de réfléchir avec eux. Lorsque cet espace temps n’existe pas, les enfants perdent leur étonnement et « normalisent » le monde qui les entoure. Puisque les adultes ne prêtent pas attention à leurs interrogations, c’est qu’elles n’ont pas lieu d’exister.

Pourtant, le questionnement est la base de l’apprentissage et de la compréhension, pas seulement à l’école mais dans chaque recoin de la société. Comme devenir un citoyen acteur de ses actes si nous acceptons la société sans nous questionner? Eviter de devenir un mouton.

Donc, l’atelier philo avec les enfants permet de cultiver ce questionnement et de montrer à l’enfant qu’il est un interlocuteur valable. Tout cela dans un cadre respectueux de soi et des autres, de la parole. Bref, un cadre qui devrait être la normalité des rapports humains…

Pour accompagner les ateliers, j’ai découvert, aux éditions La Joie de Lire, un merveilleux petit livre (il tient dans la poche ou dans un sac à main); Socrate et son papa de Einar Øverenget

Socrate et son papa pendant un atelier

Chaque chapitre est comme une courte nouvelle dans laquelle Socrate se questionne. Ce sont les questions que tous les enfants se posent mais là, elles vont être la base d’un échange avec le papa. Mais cet échange n’apporte pas une solution, il présente un cheminement de leurs pensées. Ce qui fait que chaque petite histoire est une excellente base pour poursuivre la discussion avec les enfants.

L’éditeur a créé un collection « philo et autres chemins » dans laquelle ont trouve un deuxième tome des questions de Socrate mais aussi d’autres albums que j’ai hâte de découvrir. Peut-être seront-ils la base d’autres ateliers…

Prendre le temps de regarder l’ensemble.

A Joy Story: Joy and Heron

Voici une courte vidéo à partager avec les enfants.

Nous pourrions en faire une longue analyse comme Steemitph ici .

Ou choisir d’écouter ce que les enfants en disent…

Quel vision avons-nous des situations que nous vivons? Nous sommes parfois tellement captivés par ce qui se passe sous notre nez que nous ne prenons pas le temps de regarder ce qui a provoqué la situation. Nous agissons rapidement, par instinct, comme ce chien qui protège les vers de son maître.

Après avoir regardé cette vidéo, les enfants ont dit qu’il faut être attentif aux autres pour mieux les connaître et les comprendre. Il peut bien sûr y avoir des situations où nous devons agir dans l’urgence mais il est bon de prendre le temps, après, d’observer l’ensemble. Certes, on ne pourra pas toujours expliquer ou excuser un comportement gênant ou immoral. Mais, comme en pleine conscience, cette observation peut nous permettre d’observer la situation pour mieux l’accepter.

Le groupe avec lequel j’étais ne m’a pas permis de poursuivre l’échange (mais nous pourrons peut-être y revenir à une autre occasion, c’est l’avantage de la discussion philo, nous pouvons toujours réfléchir plus…) mais nous aurions aussi pu discuter de la vérité.

Qu’est ce que la vérité? Est-ce ce que je vois? comment savoir si c’est la vérité ou seulement une partie de celle-ci?

Vous connaissez certainement la métaphore des 6 aveugles et l’éléphant. Si nous avons tous une partie de la vérité, il faut être capable d’accepter les autres parties, détenues par d’autres individus, et qui vont peut-être contredire ma vérité. Sinon, ma vérité ne devient-elle pas une opinion? Mais peut-être aussi que ce partage va enrichir ma vérité en lui apportant de nouveau arguments qui vont la renforcer. Ou pourquoi pas, m’ouvrir à d’autres idées, à condition d’être prêt à les recevoir, et m’apporter d’autres connaissances.

Si je reviens à la réflexion des enfants; si nous regardons le monde dans son ensemble en étant attentif à chaque situation, nous ne pourrons que faire preuve de plus de discernement et augmenter nos connaissances. Beau programme, sans oublier de garder un esprit critique de philosophe!

Si vous aimez partager de bons courts métrages, il y en a d’autres ici https://thekidshouldseethis.com/post/joy-and-heron

Avant de regarder Artistes de la vie

Dimanche matin, j’animais avec deux autres personnes la discussion suite à la projection du film Artistes de la vie. Ce film présente de beaux et riches témoignages de personnes inspirantes et ça fait du bien! Le but étant d’amener les personnes présentes à témoigner sur leur ressenti et leur expérience personnelle, il m’a semblé intéressant de commencer par réfléchir moi-même à la question,

« Connais-toi toi-même » reprend Socrate.

C’est d’ailleurs une partie importante du film. Réfléchir à qui je suis, mes besoins, ce qui m’enrichit… On ne peut être vraiment ouvert aux autres et au monde que lorsqu’on a une (plus ou moins) bonne connaissance de soi, cette connaissance qui sert d’appui pour soutenir nos choix et nos actions.

Qu’est ce qui me porte? Qu’est ce qui me permet de me sentir à ma place? quels sont mes besoins? Dans son témoignage, Johanna Quelen parle de ce qui rend JOYEUX.

S’il est possible, voire nécessaire de suivre une psychothérapie pour commencer le chemin, il faut surtout prendre le temps de regarder à l’intérieur de soi ce qui nous rend JOYEUX. La philosophie nous dit que nos désirs font notre malheur, que l’essentiel n’est pas dans le superflue alors, comme dans le feng-shui, il faut faire un peu de nettoyage par le vide. Et que reste t-il? Moi, toi, lui.

A partir du moment où nous sommes attentifs à l’essentiel dont nous avons besoin, nous avons fait de la place pour être attentif à ce dont les autres ont besoin. Ce pouvoir de la pensée, de la réflexion nous permet de vivre ensemble, pas seulement côte à côte mais vraiment ensemble. Et cette pensée, il est bon de l’entretenir, la développer, la nourrir dès le plus jeune âge. Avant que les modèles de la société ne viennent l’étouffer.

Voilà pourquoi j’ai créé Chouette Philosophe et pourquoi j’ai été, aussi, touchée par le témoignage d’Alain Guyard et je vous invite à l’écouter :

Penser

Ceci n’est pas un injonction!

Quoi que nous fassions, des pensées sortent de notre cerveau sans arrêt. Hélène Filipe , qui nous guide dans les méditations du cycle MBSR auquel je participe, nous invite à les observer, les accepter, mais ne pas les suivre faute de pouvoir les empêcher.

Penser, c’est aussi un sujet auquel j’aime réfléchir avec les enfants car il me semble utile de comprendre ce qui va être la base de nos rencontres. Les enfants font la distinction entre les pensées qui nous viennent sans y réfléchir, dans des moments de veille, comme pour nous rappeler ce que nous avons fait ou ce que nous allons faire, ou encore que nous avons envie de faire. Parfois comme l’alerte d’un agenda électronique, parfois comme un rêve éveillé et la pensée née de notre réflexion.

Et il y a l’action de penser telle que nous tendons à la pratiquer avec les enfants. Cette pensée volontaire et organisée, construite. Cette pensée née d’un questionnement dont nous allons chercher des réponses ensemble.

Je viens de relire l’article de philo enfant, « la philosophie pour enfant et l’invention du pensable ». Dans ce court article, l’auteur présente ce vers quoi j’essaie d’aller avec les enfants, moi aussi. Ce qui explique aussi pourquoi il est important de se rencontrer régulièrement pour nous améliorer, créer des outils et des habitudes qui vont nous permettre d’avoir l’esprit en alerte. Chercher à comprendre le monde, à nous comprendre puisque comme le dit Pascal,

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien

puis:

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

http://www.penseesdepascal.fr/Transition/Transition6-moderne.php

Alors les enfants, pensez, pensons.

L’homme et la nature NHD

La famille, c’est quoi?

Dans le cadre de la P’tite quinzaine de la parentalité, j’animais un atelier au CSC Loire et Seil à Rezé hier matin. J’y retrouvais donc un joli petit groupe d’enfants âgés de 6 à 11 ans pour réfléchir ensemble à ce qu’est une famille.

Les enfants ont d’abord semblé percevoir la famille comme une évidence. C’est très simple, il s’agit d’un groupe de personnes d’âges différents qui s’aiment et prennent soin les uns des autres. Puis ils ont introduit l’idée d’une hiérarchie dans ce groupe, les plus anciens étant écoutés, respectés des plus jeunes. Chacun y a un rôle dont celui de subvenir aux besoins des autres (plus jeunes), pour les anciens celui d’aider leurs descendants.

Cette famille est liée par la naissance mais elle s’agrandit sans arrêt par les mariages ou autres unions qui réunissent deux familles. Elles peuvent aussi éclater pour en former une nouvelle mais seulement pour les membres de la famille qui ne sont pas unis par la naissance.

J’ai retrouvé Rousseau dans ce que les enfants ont dit :

La plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille. Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social

Afin de partager leur réflexion, les enfants ont réalisé 2 affiches

Ce fut encore un grand plaisir pour moi de partager un temps de réflexion avec des enfants. Un grand plaisir aussi de découvrir cette équipe et ce lieu qui offre un programme très riche pour toute la famille tout au long de l’année. Ce sont des lieux à semer partout dans les villes et les villages, des lieux de réunion, d’échanges, de partage… de vivre ensemble. Merci beaucoup de m’avoir permis de participer.