Doit-on se débarrasser de toute source de polémique?

En préparant les Lettres de mon Moulin pour Mobidys, je remarquais que les nouvelles racontant des scènes qu’Alphonse Daudet avait observées en Algérie nécessitent d’être situées dans le contexte de l’époque pour éviter certaines critiques. Cela m’a rappelé la lecture de cet article: Les stéréotypes dans les ballets classiques : témoignages du passé ou clichés encombrants ? quelques temps avant ainsi que la controverse autour de certains albums de Tintin.

Il serait intéressant de se demander ce qu’est un sujet polémique.

Voici la définition qu’en donne le site CNRTL :

« Subst. fém. Discussion, débat, controverse qui traduit de façon violente ou passionnée, et le plus souvent par écrit, des opinions contraires sur toutes espèces de sujets (politique, scientifique, littéraire, religieux, etc.); genre dont relèvent ces discussions. »

Donc, un sujet polémique est un sujet qui fait naître un débat passionné. Dans les cas que je viens de citer, il s’agit de livres ou de ballets qui était tout à fait corrects à l’époque où ils ont été créés mais qui, aujourd’hui, nous apparaissent comme odieux, irrespectueux, sexistes, racistes…

Que s’est-il passé ? L’homme a évolué très rapidement en un temps très court proportionnellement à la vie de la Terre mais aussi à la vie humaine. Imaginez mes grands-parents nés au tout début du 20ème siècle. Ils n’ont jamais vu un ordinateur, à leur mort le téléphone avait encore un fil ! Tout a changé à une vitesse enivrante et nous nous sommes grisés de fierté d’être capable d’une telle évolution sans prendre le temps d’analyser ce que nous faisions. Voire même, sans prendre le temps de comprendre, de nous adapter.

Une partie des Sapiens (cf Yuval Noah Harari) s’est aussi crue supérieure aux autres vivants mais également aux autres sapiens qui n’étaient pas comme lui. Il en existe encore aujourd’hui quelques spécimens. Donc certains humains ont eu des comportements odieux vis à vis d’autres humains au cours de notre histoire en considérant cela tout à fait normal jusqu’à ce que des penseurs fassent évoluer les mentalités.

J’en déduis que notre société est le résultat de nos erreurs passées. Comme toute erreur, pour que nous puissions en tirer une leçon, nous devons les connaître. Alors apprécions ces sujets polémiques à leur juste valeur et formons-nous plutôt à l’art de la discussion, du débat, du disputatio, pour écouter, comprendre, échanger des idées, y compris des idées opposées aux nôtres pour évoluer un peu en sagesse.

A ce sujet, je vous recommande la lecture du numéro 314 du 1 ainsi que L’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer.

Restez en éveil

Portrait photograph of Arthur Schopenhauer by Johann Schäfer, 1859

bonne année 2021

pensée

L’humain parmi les vivants

Voici le sujet de réflexion auquel amène mes dernières lectures.

Manières d’être vivant, de Baptiste Morizot aux éditions Actes Sud, collection Mondes sauvages et Sapiens, la naissance de l’humanité de Yuval Noah Harari, David Vandermeulen et Daniel Casanave aux éditions Albin Michel (bande dessinée).

Voici deux livres que, à première vue, nous ne conseillerions pas ensemble et pourtant. Par un heureux hasard je les ai lus à la suite ce qui m’a permis de constater que le propos, au sens large, en est le même : comment l’homme s’est-il octroyé une place supérieure aux autres vivants?

Il y est question de l’origine de l’homme et des vivants (plantes, animaux et autres), de leur développement, de leurs comportements et de la façon subjective dont nous avons choisi de considérer leurs capacités de façons à nous donner une place supérieure et donc, droit de vie et de mort.

Manière d’être vivant nous invite tout d’abord à partir en montagne avec les loups afin d’observer leur comportement avec poésie et avec l’expertise d’un naturaliste averti. Ensuite vient la réflexion sur notre comportement, l’oubli de la dépendance des vivants entre eux, l’Homme inclus. Ce livre est une invitation à observer pour comprendre et respecter, les autres et nous par la même occasion.

Ensuite, il y a Sapiens, tome 1, en bande dessinée. Si l’analyse n’est pas aussi pointue, elle a le mérite d’être accessible aux jeunes lecteurs (pré-adolescents) et d’éclairer avec humour sur l’histoire de l’humanité sur fond d’enquête sur un « serial killer »…

Si vous n’avez pas fini vos achats de Noël, ou si vous avez juste envie de bonne lecture, rendez-vous vite chez votre libraire.