Philomino, des petits livres pour de grandes discussions

J’ai pu retirer, ce week-end, les 2 premiers livres d’une longue série j’espère, de la collection Philomino chez 3oeil.

Ces petits livres (12 x 16 cm) présentent des métaphores animalières utilisées par des philosophes pour présenter des concepts. Les premiers sont :

Le porc-épic de Schopenhauer

J’utilisais la version proposée par Michel Piquemal dans les Philo-fables. Celle-ci offre en plus de belles illustrations. Olivier Philipponneau a utilisé la technique de l’estampe pour des illustrations douces et épurées. Le texte est adapté pour les petits philosophes mais il faudra se retenir de dévoiler les toutes dernières pages avant la fin du débat.

Le corbeau d’Epictète

Le second est illustré par Csil de manière tout aussi épurée mais elle a utilisé la gravure et il nous invite à réfléchir à notre bonheur.

Alice Brière-Haquet propose des textes poétiques qui invitent à la réflexion en utilisant un vocabulaire riche. Ne vous fiez pas à la taille de ces livres, ils n’ont rien d’enfantin et seront aussi appropriés pour ouvrir une discussion avec des adolescents. pour en savoir plus, je partage les documents de présentation ici et ici

Cette petite collection devrait grandir de 4 titres supplémentaires. Suivons l’actualité de 3 œil pour passer commande à notre libraire le plus proche

La définition, un préalable à l’échange

Je participais, il y a quelques temps, à un débat dont le sujet était « sur quoi fonder le vivre ensemble quand tout est relatif? ». Ce débat était animé par Jean-Michel Vienne et organisé par la jeune association Émergence dans la très bonne librairie L’Encre bleue à Pornic.

Une fois les présentations faites et le sujet annoncé, la discussion a pu commencer :

  • notre planète, la nature sont un point commun important à tous les Hommes…
  • vivre ensemble implique qu’il y ait une égalité mais il y a toujours des leaders qui s’installent…
  • les leçons de l’histoire nous montrent que nous ne savons pas vivre ensemble…

Finalement, nous sommes partis dans différentes directions qui ont leur place en sociologie, en histoire etc. mais nous n’arrivions pas à rester dans le champ de la philosophie. Notre intervenant, avec bienveillance, nous a guidé à plusieurs reprises mais il nous manquait quelque chose pour garder le cap.

Après réflexion, j’ai pensé aux débats que j’anime avec les jeunes. Notre préalable est de nous assurer que nous comprenons tous le sujet puis nous faisons des propositions en nous demandant s’il s’agit bien de philosophie. J’ai le souvenir, en particulier, d’un atelier à partir du mythe de Sisyphe. Un jeune m’a immédiatement arrêtée parce qu’il n’avait rien compris au mythe. Qu’à cela ne tienne, j’ai pris une grande feuille blanche sur laquelle j’ai fait des croquis pour essayer de rendre cette histoire plus claire (bien que cela ne soit pas une évidence lorsqu’on connait mes talents de dessinatrice!). Nous avions ainsi une base commune pour commencer la discussion.

Entre adulte, nous pensons que tout ce préalable n’est pas nécessaire. Pourtant, nous arrivons tous avec nos connaissances, notre vécu, nos idées… et surtout avec nos certitudes. Nous avons plus de mal que les enfants à laisser notre égo de côté le temps d’un échange. Il faut pourtant faire de la place pour accueillir les idées des autres et, avant tout, accepter une définition basique, commune à tous, qui nous servira de point de départ pour discuter ensemble.

Le samedi suivant ce débat, Jean-Michel Vienne faisait une conférence sur ce sujet à laquelle je ne pouvais malheureusement pas participer. Si vous y étiez, vous êtes les bienvenus pour nous éclairer sur la base du vivre ensemble.

les bénéfices des ateliers avec les adolescents

Je viens de finir un nouveau cycle d’ateliers au CHU de Saint Nazaire avec les adolescents.

Ces groupes sont très différents d’une semaine à l’autre dans leur composition puisqu’ils sont dépendants des arrivées et des départs. Cependant, certaines caractéristiques se retrouvent d’un groupe à l’autre

  • les jeunes se découvrent pendant l’atelier, ils n’ont souvent pas eu le temps de faire connaissance avant.
  • Ils ne s’attendent pas à ce genre d’atelier alors qu’ils sont là pour qu’on prenne soin d’eux.

Donc, autant dire que nous commençons dans le plus grand calme, le temps pour chacun de jauger les autres et de réfléchir à la suite qu’ils vont donner à nos échanges.

Pourtant, nous finissons toujours par avoir des échanges riches parce que cette discussion nous donne à tous l’opportunité de réfléchir à des situations qui nous touchent plus ou moins mais avec une distance qui nous offre une autre vision. Peut-être avez-vous déjà vécu cette situation. lorsqu’un problème vous tracasse, qu’une situation est difficile à vivre mais qu’il est aussi difficile d’en parler parce que cela vous touche trop et finalement, par hasard, vous allez lire un article, entendre une émission ou participer à une discussion qui va vous permettre d’analyser ce problème comme si vous le regardiez sous un autre angle, et ainsi de trouver des réponses.

Si l’objet de la réflexion philosophique n’est pas thérapeutique, le fait de penser l’autre, l’existence, la nature, la mort… nous apporte aussi des éléments pour mieux nous comprendre et agir.

Cette année, nous avons utilisé des mythes, des allégories, un dilemme, un court métrage et des dessins de presse pour lancer nos sujets : croire ou savoir, le dépassement, le bien et le mal, l’espoir, l’identité…

Les jeunes sont issus de tous les milieux sociaux et scolaires ce qui permet à celui qui est en « échec scolaire » de discuter avec le « bon élève ». Mais le contexte de l’atelier fait que les jeunes ne craignent aucun jugement de valeur. Ils sont ainsi libérés de craintes qui, parfois inconsciemment, les empêchent de réfléchir et d’exprimer leur pensées. Alors la confiance s’installe petit à petit et les idées sont partagées pour construire une réflexion tous ensemble.

Je n’ai qu’un regret. Nous ne nous rencontrons qu’une fois, en général, et peu de jeunes auront l’opportunité de participer à d’autres ateliers. Alors, si vous avez les moyens, un lieu par exemple, pour que des ateliers philo pour les ados soient mis en place dans toutes les communes, lancez-vous. Je viendrai avec plaisir si vous êtes dans ma région.

Qui sui-je? encore

En mars 2019, je me posais déjà la question ici et j’espérais pouvoir en discuter avec les jeunes. C’est fait!

Nous avons eu l’occasion de nous interroger en regardant ce dessin trouvé sur Pinterest.

Nous vivons une époque où l’image peut ne pas vraiment correspondre à ce que nous sommes. Ou peut-être que si finalement. Comment savoir? Quel long chemin devons nous parcourir?

Selon mes jeunes philosophes, nous sommes influencés par nos proches, famille, amis, professeurs… et par la société. Mais nous sommes plus ou moins sensibles à cet environnement. Il y a cependant des moments où nous nous sentons vraiment exister, lorsque nous sommes dans le Flow, comme l’a étudié le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi. Pourtant, là, c’est un jeune homme qui me l’a dit. Il m’a même expliqué qu’on n’avait pas conscience de cela au moment où nous le vivions et qu’il est difficile de le retrouver, de le recréer.

Ce Flow est un état mental qu’on atteint lorsqu’on est totalement concentré par une activité qui nous fait tout oublier, le temps, les gens qui nous entourent, manger, boire. Plus rien n’existe d’autre. Mais nous ne sommes conscient de cet état que si nous faisons l’effort, après, de réfléchir à ce que nous avons vécu, ressenti.

En fait, il existe différentes façons d’être soi. Leur point commun est que toute nécessitent volonté et efforts. Philosophie magazine, dans le numéro 131 de juillet/août 2019, l’a très bien résumé dans ce schéma que je me suis permise de scanner.

extrait de L’évidence intérieur, page 53, Philosophie magazine n°131

Il existe différents chemins que nous choisirons selon notre personnalité. Ou peut-être que nous en essaierons différents avant de trouver celui qui nous convient. Mais une chose est sûre, nous devons être prêts à faire des efforts et à lire les philosophes!

J’en profite pour remercier chaleureusement Malika et Pascale qui me permettent de rencontrer les jeunes, à l’hôpital de Saint Nazaire, ainsi que les jeunes avec lesquels j’aime tant discuter, réfléchir.