trouver le lien entre la philosophie et le bien-être

L’activité pendant le confinement a été profondément perturbée, comme nous avons tous pu le constater. Les ateliers se sont arrêtés d’un seul coup, je me suis retrouvée coincée chez moi, tout comme les enfants. Les ateliers philo avec les enfants représentent la part la plus importante de mon activité actuelle, j’ai donc essayé des ateliers en visioconférence avec le groupe des enfants de l’association les Inst’Enfantastiques. Certes nous avons passé un bon moment à partager nos impressions, nos réflexions et tout ce que l’on peut partager en général. Cependant la visioconférence est un média qui ne permet pas de prendre en compte toutes les dimensions en jeu dans la discussion, dans l’échange et ne serait-ce que pour ça je ne vois pas comment je pourrais remplacer les ateliers en présentiel, où nous sommes physiquement les uns avec les autres, où nous pouvons voir le comportement de chacun, tout le langage corporelle qui est important aussi dans la discussion, dans l’échange. D’autant plus important pendant cette période difficile où les enfants pouvaient partager des émotions assez fortes dues à la situation et où la barrière de l’écran ne permettait pas de partager une empathie qui est forte à ce moment-là.

Donc, je pouvais soit me lamenter soit me mettre au travail autrement. C’était une opportunité, plein de moyen d’apprendre étaient mis à notre disposition. Alors j’ai choisi de profiter de cette période pour me former sur un sujet qui m’attirait depuis longtemps : la philosophie et le bien-être. Comment les philosophes ont été des précurseurs quant à une prise de conscience de ce dont nous avons besoin, de ce qui pouvait améliorer notre vie, en particulier notre bien-être. J’ai donc suivi deux MOOC : Science of Well-being par Laurie Santos, de Yale University et De-mystifying mindfulness par Chris Goto-Jones de Leiden University.

La récompense : les certificats

Je poursuis ma formation pour faire ce lien avec la philosophie et cela dans le but de proposer des ateliers de réflexion sur la philosophie et le bien-être à la rentrée: La philosophie comme outils pour être des acteurs de notre bien-être. Actuellement je suis les cours de Mitchell Green, Know Thyself – The Value and Limits of Self-Knowledge: The Examined Life, de l’université d’Édimbourg.

Tout cela rejoint quelques lectures que j’ai envie de partager (uniquement les titres, à vous d’aller à la bibliothèque ou à la librairie maintenant que nous y avons accès):

  • Tu es donc je suis et Pour une écologie spirituelle, Satish Kumar
  • Trois amis en quête de sagesse et A nous la liberté, M Ricard, C André et A Jolien –
  • Le miracle Spinoza, Du Bonheur, un voyage philosophique et La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent , F. Lenoir –
  • L’Amour de la sagesse, initiation à la philosophie, Bruno Giuliani, –
  • Petit traité des grandes vertus, A Comte-Sponville
  • Sagesses d’hier et aujourd’hui et Apprendre à vivre, L Ferry
  • Une BD, Philocomix, 10 philosophes, 10 approches du bonheur, JP Thivet

Alors prenez le temps de méditer, soyez attentifs à ceux et à ce qui vous entoure et pensez.

Je le veux!

Le destin de Fausto de Oliver Jeffers

Kaléidoscope, 2020

Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope
Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope

Notre cher monsieur Fausto, avec son costume trois pièces, ces grosses moustaches et son air grincheux, a décidé que tout lui appartenait. Il décide donc de sortir fait l’inventaire de ses possessions; une fleur, un mouton, un arbre, un champ, un lac, une montagne… bref, tout jusqu’à ce qu’il arrive au bord de l’océan. Il va au large grâce à un pauvre petit bateau qui se trouvait là et annonce à l’océan qu’il en est le maître. Mais l’océan ne se laisse pas faire. Il lui répond qu’il ne peut pas l’aimer puisqu’il ne le comprend pas.

Cette fable d’Oliver Jeffers est comme une parabole écologique de l’homme s’appropriant la nature avec excès sans en prendre soin, c’est le pouvoir de l’humain. J’ai ressenti la destruction délicatement représentée par la petite fleur coupée alors qu’elle avait accepté d’être possédée par l’homme.

L’homme fait de grosses colères, il tape du pied alors que la nature vit paisiblement. D’ailleurs, les couleurs sont belles et naturelles sauf les taches fluorescentes sur ce petit bonhomme énervé. Au départ, jusqu’à l’arrivée au bord de l’océan, les illustrations occupent peu de place sur la page. Certaines pages sont même blanches, ou plutôt blanc cassé, avec juste un peu de texte en haut. Mais l’océan lui, va prendre beaucoup de place. Des doubles pages entièrement recouvertes d’une belle eau bleue, verte, sombre.

Je ne dévoilerai pas tout et il ne s’agit que de mon interprétation mais j’adore cet album pour son texte, ses illustrations, sa mise en page, la qualité du papier. J’ai tendance à acheter les livres d’Oliver Jeffers les yeux fermés parce que je sais que j’y trouverai un sujet de réflexion à partager avec les enfants, agréablement illustré. C’est encore une belle surprise que j’espère pouvoir vite utiliser en atelier philo.

Une histoire qui n’a pas besoin de mots

Migrants de Issa Watanabe, éditions la Joie de Lire 2020

Album Migrants d'Issa Watanabe
Migrants, Issa Watanabe

Ce magnifique album est arrivé sur mon bureau pendant le confinement, une pépite pour illuminer cette période triste. Pourtant, le sujet est noir, comme la couleur dominante. Le noir du désespoir de ces migrants qui fuient leurs foyers mais surtout la mort. Elle qui rôde toujours, comme si elle veillait sur eux.

Les couleurs, les visages, les tissus, tout est magnifique mais les visages sont tristes parce que ce voyage est une grande douleur.

Il n’y a aucun mot mais je ne pense pas que des mots apporteraient plus à cet album tellement les illustrations nous parlent, nous crient, nous racontent le voyage et la détresse de ces familles. Les éditions La Joie de Lire nous font un cadeau magnifique en publiant cet album d’Issa Watanabe, illustratrice espagnole au grand talent.

Rendez-vous chez votre libraire…

La République de Platon ou

Réfléchissons à la vie en communauté.

Platon – La République – De Dicto #13

Si comme moi, vous avez pris le temps de regarder cette vidéo, ou mieux de lire La République de Platon, cette vision n’a plus de secrets pour vous.

Dans un groupe important d’humains, il est nécessaire de mettre en place une organisation hiérarchique pour obtenir l’harmonie et la justice. Selon Platon, cette hiérarchie est formée de 3 groupes : les gouvernants qui possèdent la sagesse, la raison, les guerriers ont le courage et l’ardeur et le peuple la tempérance et le désir.

Draw My Life – Platon

Petit clin d’œil pour en savoir plus sur Platon.

Donc actuellement, nous vivons dans une société hiérarchisée, pas besoin de dessin. Les « gouvernants qui possèdent la sagesse » nous disent comment nous comporter, ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire. Puisque nous sommes incapables de vivre seul et que nous sommes envahis par nos désirs, nous devons nous organiser pour vivre ensemble. Nous en sommes capables parce que nous avons refoulé ce qui relevait de notre nature animale, selon le sociologue Nobert Elias (allez voir là https://books.openedition.org/pur/24413?lang=fr ). Pour vivre ensemble, il a fallut faire des efforts : ne pas cracher par terre par exemple. Bref, naturellement, nous avons mis en place un fonctionnement qui fait de nous des être civilisés (mais si, mais si).

J’aime beaucoup la parabole des porc-épics d’Arthur Schopenhauer

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »

extrait de Parerga et Paralipomena

J’ai l’impression d’être un porc-épic. Combien j’aimerais être proche, jusqu’à toucher (OMG!) ma famille et mes amis. Mais très vite, le vilain virus m’obligerait à reprendre mes distances… bref, tout le monde comprend où je veux en venir.

Normalement, il n’est nul besoin d’être philosophe ou gouvernant pour réfléchir au meilleur comportement à avoir avec nos congénères afin que leur vie et la nôtre ne soient pas mises en péril. Nous avons discuté, avec les enfants en « visio-atelier », du vivre-ensemble au temps du confinement. Dans leur grande sagesse, ils ont tous dit que même si leurs amis leur manque beaucoup, il faut rester éloignés et faire attention pour ne pas permettre au virus de se propager. Alors il serait bon que nous réussissions tous à refouler notre nature animale et nos vils désirs pour tousser dans notre coude, entre autres choses, et pouvoir très vite rapprocher nos pics.

Bonne journée,