Un regard sur le monde

Ce titre du livre de José Saramago est comme une invitation à prendre le temps de regarder autour de nous avec plus d’attention. Ce livre réunit des morceaux choisis des cahiers dans lesquels l’auteur développait ses pensées ainsi que des discours, articles et autres considérations.

J’ai trouvé intéressant de lire les réflexions de cet auteur curieux et engagé. J’ai senti ses pensées progresser au cours de chaque article comme dans une discussion avec soi-même devenu un autre interlocuteur.

On est loin du journal intime qui sert de confident pour recueillir nos états d’âmes, heureux ou malheureux. Il s’agit ici du développement construit de la pensée sur un sujet jailli de la lecture d’un journal, d’un courrier ou d’une pensée comme il peut nous en venir lors d’une marche ou d’un trajet en voiture.

Ce qui retient ici mon attention, en dehors des sujets traités, c’est le passage par l’écriture pour accompagner la réflexion. Elle est le moyen de cheminer, de construire sa pensée. D’y revenir quand on le souhaite puisqu’elle est devenue objet physique grâce à la feuille qui la supporte.

Ces cahiers, comme notre pensée et au contraire des supports numériques, peuvent nous accompagner en tout lieu pour commencer ou poursuivre une réflexion. Le passage par le papier oblige à prendre le temps, permet de corriger, de reprendre, d’ajouter, de choisir les mots justes pour exprimer une idée sans qu’elle s’envole et ne soit remplacée par une autre.

Le papier remplace l’interlocuteur en nous renvoyant nos paroles sous une autre forme. Nous n’avons pas toujours quelqu’un avec qui discuter. Le papier nous permet de pratiquer cet échange. Les premiers écrits sont souvent courts. Ils vont s’enrichir petit à petit. Une idée qui a été écrite reste plus présente à l’esprit. Elle nous rend plus attentif à tout ce qui s’y rattache. Cet exercice va ainsi créer en nous une habitude de construction de la pensée que nous pourrons plus facilement utiliser lors d’une discussion. Nous allons développer un processus réflexif plus complexe.

Ce temps d’écriture permet aussi de prendre un peu de recul. De considérer le sujet sous différents aspects car nous sommes moins soumis aux émotions qui pourraient fausser notre vision. Nous pouvons prendre le temps, retrouver le calme nécessaire à l’observation.

Il est temps de prendre le temps d’écrire pour sortir de « l’accélération » comme le développe Hartmut Rosa. Alors sortons nos cahiers.

extrait d’Un regard sur le monde, José Saramago

Publié par chouettephilosophe

Ateliers de discussions à visée philosophique avec des enfants

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