La rentrée approche à grands pas…

Il existe ainsi des moments de l’année où nous avons l’impression que le temps fait une pause avant de démarrer un grand changement.

Il en est ainsi de la rentrée scolaire chaque année, que nous ayons un enfant ou pas d’ailleurs. Mais cette année, la rentrée a une autre saveur, celle de l’envie de se retrouver après une trop longue absence. De retrouver « une vie normale » et celle de l’inconnu qui plane encore au-dessus de notre organisation, de notre vie. Celle du besoin de retrouver un rythme familier.

J’ai cette envie de retrouver les enfants que j’ai dû quitter brutalement le 13 mars dernier. J’ai envie de poursuivre nos réflexions sur la liberté, le bonheur, le langage, la différence, les émotions… le vivre ensemble. Toutes ces notions qui ont été soumises à rude épreuve et dont nous avons besoin de retrouver l’essence. Ou ces autres ateliers avec des jeunes à partir des mythes et la réflexion qu’ils nous permettent d’avoir sur l’humain.

La discussion à visée philosophique aura une place particulière en cette rentrée. Les enfants ont besoin de réfléchir ensemble au sens du monde et de la vie. Chercher ensemble des réponses à leurs questions.

« On n’apprend pas la philosophie, on n’apprend qu’à philosopher ! « 
Emmanuel Kant

Mon statut d’animatrice me donne une place privilégiée pour accompagner les discussions des enfants car nous n’avons pas de programme précis à suivre ni de connaissances quantifiables à atteindre. Nous devons juste nous entraîner à organiser notre pensée ensemble, avec les outils de la philosophie, avec les arguments de chacun, pour observer et comprendre le monde de mieux en mieux, par nous-même. Développer cette pensée autonome qui va mettre en éveil notre esprit critique. Devenir des humains qui pensent, des animaux raisonnables…

Il reste de la place dans mon agenda. Si vous souhaitez mettre en place un cycle d’ateliers dans votre établissement, contactez-moi.

Le Petit traité de philosophie naturelle

de Kathleen Dean Moore aux éditions Gallmeister.

Petit traité de philosophie naturelle

Avant de partir en vacances, je voulais partager mes impressions après la lecture de ce magnifique petit traité. Et un problème informatique m’en a empêché. Nous sommes donc partis pour quelques jours de trek au Cap-Sizun, entre Audierne et Douarnenez, en passant par la Pointe du Raz, comme s’il y avait une progression naturelle entre cette lecture et nos vacances.

J’ai éprouvé, comme à chaque rando, ce plaisir, cette joie, cet émerveillement devant une nature grandiose. C’est en même temps le meilleur moyen, pour moi, de me sentir vivante, en dehors du superflu, en lien direct avec mon corps et mes émotions, je ressens la vie. J’ai donc repris mes notes de lectures, à mon retour, que je vous partage, en partie, car je vous invite surtout à lire ce livre et à réfléchir à ces différents sujets.

Dans le chapitre intitulé La Leçon du marais l’auteure écrit: « Nous comprenons, trop tard, que nous n’avons jamais appris à nos étudiants ce que le canards savent sans savoir. Que, comme le disait Dostoïevski, « il nous faut aimer la vie plutôt que le sens de la vie. » Il nous faut aimer la vie par-dessus tout, et de cet amour naîtra peut-être un sens. Mais « si cet amour de la vie disparaît, rien ne peut nous consoler ».  »

et un peu plus loin : « C’est la leçon du marais. La vie concentre toutes ses puissances sur un seul but: continuer à exister. Un marais au crépuscule, c’est la vie qui exprime son amour de la vie. Rien de plus. Mais rien de moins, et nous serions stupides de nous dire que c’est là une leçon sans importance. »

Lorsque nous réfléchissons au sens de la vie, voyons-nous l’essentiel? Sommes nous vraiment reliés à la vie ou à l’idée que nous nous en faisons?

Dans Le guide des oiseaux de l’Ouest Américain. L’auteure nous raconte cet émerveillement né de l’observation de la nature et elle nous dit : « tous ces phénomènes éveillaient en elle ce que Joseph Wood Krutch nomme « la joie qui ne se laisse pas penser ».

Puis dans Notes de terrain pour une esthétique de l’orage, « La beauté, comme l’a souligné Edmund Burke, apaise l’esprit. ou, si elle n’apaise pas exactement, du moins suscite-t-elle joie et bonne humeur. « La tête s’incline légèrement de côté, les paupières s’abaissent plus que de coutume, les yeux se tournent gentiment… A cela s’ajoute un sentiment d’attendrissement et de langueur. »

plus loin, dans le même chapitre: « Mais il faut faire attention, nous rappelle Burke. Le contraire de la « beauté » n’est pas la « laideur ». Le contraire de la « beauté », c’est le « sublime », cette prise de conscience, comme un coup dans les tripes, de la présence de forces chaotiques libérées et incontrôlées, la terreur – et finalement le respect sacré. Éprouver le sublime, c’est comprendre, avec une intuition si farouche et si soudaine qu’elle vous fait courber l’échine, qu’il y a dans l’univers une puissance et un potentiel supérieur à tout ce qu’on peut imaginer. Le sublime fait éclater les frontières de l’expérience humaine. N’est-ce pas à cela, en fin de compte, que nous aspirons ardemment? »

la Pointe du Raz NHD

Spinoza dit « Deus sive natura » (Dieu ou la nature), les deux ne faisant qu’un. Nous retrouvons ce respect sacré, cet état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous observons la nature, comme une communion, un accord profond.

Extrait maintenant du chapitre Lance ta grenouille à la surface des eaux. « Les histoires ne sont-elles pas tout ce qui vous reste, lorsque vous allez au-delà du visible? Vous inventez des théories, et si elles s’accordent entre elles, vous appelez ça « la théorie de la cohérence épistémologique », mais cela revient à raconter des histoires et si tous les détails sont cohérents, s’il concordent sans se contredire, vous croyez à ces histoires.« 

Mais notre besoin de tout expliquer nous fait inventer des histoires auxquelles nous croyons parfois plus qu’à ce que nous voyons.

Dans le chapitre Souvenirs (Le hangar à bateaux), la mémoire serait peut-être ce qui nous définit. «  Lorsque les philosophes cherchent à savoir ce qui nous rend unique, ils en reviennent sans cesse à la mémoire. Même si j’étais soudain pourvue d’un autre corps, il est probable que je serai encore moi-même.« 

Alors nous l’emplissons et cela peut nous pousser à ne plus voir que les ombres de la Caverne. Ces ombres que nous créons et que nous alimentons comme nous le dit Kathleen Dean Moore dans la chapitre Cette crainte qu’inspirent les ours.

Il y a beaucoup à dire et à penser à partir de ce livre et de la nature. Le mieux maintenant, est que vous le lisiez.

Changer la vie

J’ai lu l’article d’Abdennour Bidar, Changer de vie pour changer la vie et je n’ai pas pu rester indifférente, comme bon nombre d’entre vous, j’en suis persuadée. Qui n’a pas dit ou pensé, pendant le confinement, qu’il souhaitait changer de vie. Ou après, lorsque le déconfinement a été difficile.

Nous avons expérimenté une autre façon de vivre pendant quelques mois : une activité transformée, notre vision du travail et des métiers modifiée, une relation au temps différentes pour certains, à la famille aussi et à nos relations aux autres, une autre consommation… des changements auxquels nous pensions peut-être et que nous avons pu ou dû expérimenter brutalement. Et peut-être apprécier.

On nous a aussi beaucoup parlé de la pollution qui diminuait, de la nature qui s’installait un peu partout. Cette nature qui était notre espace de liberté lorsque nous avions un jardin (encore plus que d’habitude) ou qui nous manquait plus que nous ne l’avions jamais ressenti.

Alors oui, nous pouvons éprouver le besoin de changer de vie. Peut-être pas tout mais quelques petites choses dans notre consommation, notre rapport au travail et notre relation aux autres, la famille, les amis et surtout la nature.

Si j’insiste sur la nature c’est à cause, ou grâce aux enfants que je rencontre lors des ateliers. Bien avant cette crise du coronavirus il y en avait une autre bien présente, une crise existentielle avec d’un côté, des gilets jaunes et autres qui revendiquaient le droit à gagner plus (très résumé) et de l’autre, des jeunes qui nous demandaient à tous de changer notre mode de vie pour protéger la Terre, leur maison de demain.

Cette conscience que leur avenir est en danger est ancrée chez beaucoup d’enfants, dès le plus jeune âge. Lors d’ateliers sur la liberté dans une école primaire, au mois de février 2020, lorsque les enfants vous disent, dès le départ de la discussion, qu’il ne faut pas laisser les hommes trop libres parce qu’ils détruisent la Terre. Que les adultes sont incapables de se maîtriser alors ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes pourvu qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Puis, en juin dernier, avec des adolescents, au CHU de St Nazaire. Notre atelier commençait par la lecture du mythe de Dédale et Icare. Une jeune fille s’est immédiatement récriée que « l’Homme a toujours eu des rêves de grandeur en voulant dépasser la nature et, pour cela, il l’a détruit ». Ses camarades étaient tous d’accords avec elle en expliquant que l’Homme veut toujours plus, jusqu’à ce que ça aille mal. « Les rêves de grandeur des Hommes vont nous faire tomber de haut. » « Nous avons voulu dépasser la Nature et nous la détruisons. Nous avons été des parasites sur la Terre alors que la Nature n’a pas besoin de nous, elle aurait pu vivre sans nous. »

Ces discussions me permettent d’entendre la réflexion des jeunes sur leur avenir. Ils sont conscients des difficultés à sortir d’un schéma dans lequel nous nous sommes enlisés, comme une addiction, mais ils voient aussi la nécessité de changer pour être plus attentifs à la nature et, par conséquence, à nous. La jeune Greta Thunberg me semble être l’image de ce que beaucoup de jeunes pensent. Au lieu de la railler, et une grande partie des jeunes avec elle, il serait peut-être temps de réfléchir à ce qui est bon pour nous.

Ne soyons plus l’engrenage d’une machine économique qui fait grandir le mal-être en nous et détruit la Terre de nos enfants mais faisons des choix qui vont nous nourrir autrement et protéger nos enfants.

trouver le lien entre la philosophie et le bien-être

L’activité pendant le confinement a été profondément perturbée, comme nous avons tous pu le constater. Les ateliers se sont arrêtés d’un seul coup, je me suis retrouvée coincée chez moi, tout comme les enfants. Les ateliers philo avec les enfants représentent la part la plus importante de mon activité actuelle, j’ai donc essayé des ateliers en visioconférence avec le groupe des enfants de l’association les Inst’Enfantastiques. Certes nous avons passé un bon moment à partager nos impressions, nos réflexions et tout ce que l’on peut partager en général. Cependant la visioconférence est un média qui ne permet pas de prendre en compte toutes les dimensions en jeu dans la discussion, dans l’échange et ne serait-ce que pour ça je ne vois pas comment je pourrais remplacer les ateliers en présentiel, où nous sommes physiquement les uns avec les autres, où nous pouvons voir le comportement de chacun, tout le langage corporelle qui est important aussi dans la discussion, dans l’échange. D’autant plus important pendant cette période difficile où les enfants pouvaient partager des émotions assez fortes dues à la situation et où la barrière de l’écran ne permettait pas de partager une empathie qui est forte à ce moment-là.

Donc, je pouvais soit me lamenter soit me mettre au travail autrement. C’était une opportunité, plein de moyen d’apprendre étaient mis à notre disposition. Alors j’ai choisi de profiter de cette période pour me former sur un sujet qui m’attirait depuis longtemps : la philosophie et le bien-être. Comment les philosophes ont été des précurseurs quant à une prise de conscience de ce dont nous avons besoin, de ce qui pouvait améliorer notre vie, en particulier notre bien-être. J’ai donc suivi deux MOOC : Science of Well-being par Laurie Santos, de Yale University et De-mystifying mindfulness par Chris Goto-Jones de Leiden University.

La récompense : les certificats

Je poursuis ma formation pour faire ce lien avec la philosophie et cela dans le but de proposer des ateliers de réflexion sur la philosophie et le bien-être à la rentrée: La philosophie comme outils pour être des acteurs de notre bien-être. Actuellement je suis les cours de Mitchell Green, Know Thyself – The Value and Limits of Self-Knowledge: The Examined Life, de l’université d’Édimbourg.

Tout cela rejoint quelques lectures que j’ai envie de partager (uniquement les titres, à vous d’aller à la bibliothèque ou à la librairie maintenant que nous y avons accès):

  • Tu es donc je suis et Pour une écologie spirituelle, Satish Kumar
  • Trois amis en quête de sagesse et A nous la liberté, M Ricard, C André et A Jolien –
  • Le miracle Spinoza, Du Bonheur, un voyage philosophique et La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent , F. Lenoir –
  • L’Amour de la sagesse, initiation à la philosophie, Bruno Giuliani, –
  • Petit traité des grandes vertus, A Comte-Sponville
  • Sagesses d’hier et aujourd’hui et Apprendre à vivre, L Ferry
  • Une BD, Philocomix, 10 philosophes, 10 approches du bonheur, JP Thivet

Alors prenez le temps de méditer, soyez attentifs à ceux et à ce qui vous entoure et pensez.