Changer la vie

J’ai lu l’article d’Abdennour Bidar, Changer de vie pour changer la vie et je n’ai pas pu rester indifférente, comme bon nombre d’entre vous, j’en suis persuadée. Qui n’a pas dit ou pensé, pendant le confinement, qu’il souhaitait changer de vie. Ou après, lorsque le déconfinement a été difficile.

Nous avons expérimenté une autre façon de vivre pendant quelques mois : une activité transformée, notre vision du travail et des métiers modifiée, une relation au temps différentes pour certains, à la famille aussi et à nos relations aux autres, une autre consommation… des changements auxquels nous pensions peut-être et que nous avons pu ou dû expérimenter brutalement. Et peut-être apprécier.

On nous a aussi beaucoup parlé de la pollution qui diminuait, de la nature qui s’installait un peu partout. Cette nature qui était notre espace de liberté lorsque nous avions un jardin (encore plus que d’habitude) ou qui nous manquait plus que nous ne l’avions jamais ressenti.

Alors oui, nous pouvons éprouver le besoin de changer de vie. Peut-être pas tout mais quelques petites choses dans notre consommation, notre rapport au travail et notre relation aux autres, la famille, les amis et surtout la nature.

Si j’insiste sur la nature c’est à cause, ou grâce aux enfants que je rencontre lors des ateliers. Bien avant cette crise du coronavirus il y en avait une autre bien présente, une crise existentielle avec d’un côté, des gilets jaunes et autres qui revendiquaient le droit à gagner plus (très résumé) et de l’autre, des jeunes qui nous demandaient à tous de changer notre mode de vie pour protéger la Terre, leur maison de demain.

Cette conscience que leur avenir est en danger est ancrée chez beaucoup d’enfants, dès le plus jeune âge. Lors d’ateliers sur la liberté dans une école primaire, au mois de février 2020, lorsque les enfants vous disent, dès le départ de la discussion, qu’il ne faut pas laisser les hommes trop libres parce qu’ils détruisent la Terre. Que les adultes sont incapables de se maîtriser alors ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes pourvu qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Puis, en juin dernier, avec des adolescents, au CHU de St Nazaire. Notre atelier commençait par la lecture du mythe de Dédale et Icare. Une jeune fille s’est immédiatement récriée que « l’Homme a toujours eu des rêves de grandeur en voulant dépasser la nature et, pour cela, il l’a détruit ». Ses camarades étaient tous d’accords avec elle en expliquant que l’Homme veut toujours plus, jusqu’à ce que ça aille mal. « Les rêves de grandeur des Hommes vont nous faire tomber de haut. » « Nous avons voulu dépasser la Nature et nous la détruisons. Nous avons été des parasites sur la Terre alors que la Nature n’a pas besoin de nous, elle aurait pu vivre sans nous. »

Ces discussions me permettent d’entendre la réflexion des jeunes sur leur avenir. Ils sont conscients des difficultés à sortir d’un schéma dans lequel nous nous sommes enlisés, comme une addiction, mais ils voient aussi la nécessité de changer pour être plus attentifs à la nature et, par conséquence, à nous. La jeune Greta Thunberg me semble être l’image de ce que beaucoup de jeunes pensent. Au lieu de la railler, et une grande partie des jeunes avec elle, il serait peut-être temps de réfléchir à ce qui est bon pour nous.

Ne soyons plus l’engrenage d’une machine économique qui fait grandir le mal-être en nous et détruit la Terre de nos enfants mais faisons des choix qui vont nous nourrir autrement et protéger nos enfants.

trouver le lien entre la philosophie et le bien-être

L’activité pendant le confinement a été profondément perturbée, comme nous avons tous pu le constater. Les ateliers se sont arrêtés d’un seul coup, je me suis retrouvée coincée chez moi, tout comme les enfants. Les ateliers philo avec les enfants représentent la part la plus importante de mon activité actuelle, j’ai donc essayé des ateliers en visioconférence avec le groupe des enfants de l’association les Inst’Enfantastiques. Certes nous avons passé un bon moment à partager nos impressions, nos réflexions et tout ce que l’on peut partager en général. Cependant la visioconférence est un média qui ne permet pas de prendre en compte toutes les dimensions en jeu dans la discussion, dans l’échange et ne serait-ce que pour ça je ne vois pas comment je pourrais remplacer les ateliers en présentiel, où nous sommes physiquement les uns avec les autres, où nous pouvons voir le comportement de chacun, tout le langage corporelle qui est important aussi dans la discussion, dans l’échange. D’autant plus important pendant cette période difficile où les enfants pouvaient partager des émotions assez fortes dues à la situation et où la barrière de l’écran ne permettait pas de partager une empathie qui est forte à ce moment-là.

Donc, je pouvais soit me lamenter soit me mettre au travail autrement. C’était une opportunité, plein de moyen d’apprendre étaient mis à notre disposition. Alors j’ai choisi de profiter de cette période pour me former sur un sujet qui m’attirait depuis longtemps : la philosophie et le bien-être. Comment les philosophes ont été des précurseurs quant à une prise de conscience de ce dont nous avons besoin, de ce qui pouvait améliorer notre vie, en particulier notre bien-être. J’ai donc suivi deux MOOC : Science of Well-being par Laurie Santos, de Yale University et De-mystifying mindfulness par Chris Goto-Jones de Leiden University.

La récompense : les certificats

Je poursuis ma formation pour faire ce lien avec la philosophie et cela dans le but de proposer des ateliers de réflexion sur la philosophie et le bien-être à la rentrée: La philosophie comme outils pour être des acteurs de notre bien-être. Actuellement je suis les cours de Mitchell Green, Know Thyself – The Value and Limits of Self-Knowledge: The Examined Life, de l’université d’Édimbourg.

Tout cela rejoint quelques lectures que j’ai envie de partager (uniquement les titres, à vous d’aller à la bibliothèque ou à la librairie maintenant que nous y avons accès):

  • Tu es donc je suis et Pour une écologie spirituelle, Satish Kumar
  • Trois amis en quête de sagesse et A nous la liberté, M Ricard, C André et A Jolien –
  • Le miracle Spinoza, Du Bonheur, un voyage philosophique et La sagesse expliquée à ceux qui la cherchent , F. Lenoir –
  • L’Amour de la sagesse, initiation à la philosophie, Bruno Giuliani, –
  • Petit traité des grandes vertus, A Comte-Sponville
  • Sagesses d’hier et aujourd’hui et Apprendre à vivre, L Ferry
  • Une BD, Philocomix, 10 philosophes, 10 approches du bonheur, JP Thivet

Alors prenez le temps de méditer, soyez attentifs à ceux et à ce qui vous entoure et pensez.

Je le veux!

Le destin de Fausto de Oliver Jeffers

Kaléidoscope, 2020

Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope
Le destin de Fausto, Oliver Jeffers, Kaléidoscope

Notre cher monsieur Fausto, avec son costume trois pièces, ces grosses moustaches et son air grincheux, a décidé que tout lui appartenait. Il décide donc de sortir fait l’inventaire de ses possessions; une fleur, un mouton, un arbre, un champ, un lac, une montagne… bref, tout jusqu’à ce qu’il arrive au bord de l’océan. Il va au large grâce à un pauvre petit bateau qui se trouvait là et annonce à l’océan qu’il en est le maître. Mais l’océan ne se laisse pas faire. Il lui répond qu’il ne peut pas l’aimer puisqu’il ne le comprend pas.

Cette fable d’Oliver Jeffers est comme une parabole écologique de l’homme s’appropriant la nature avec excès sans en prendre soin, c’est le pouvoir de l’humain. J’ai ressenti la destruction délicatement représentée par la petite fleur coupée alors qu’elle avait accepté d’être possédée par l’homme.

L’homme fait de grosses colères, il tape du pied alors que la nature vit paisiblement. D’ailleurs, les couleurs sont belles et naturelles sauf les taches fluorescentes sur ce petit bonhomme énervé. Au départ, jusqu’à l’arrivée au bord de l’océan, les illustrations occupent peu de place sur la page. Certaines pages sont même blanches, ou plutôt blanc cassé, avec juste un peu de texte en haut. Mais l’océan lui, va prendre beaucoup de place. Des doubles pages entièrement recouvertes d’une belle eau bleue, verte, sombre.

Je ne dévoilerai pas tout et il ne s’agit que de mon interprétation mais j’adore cet album pour son texte, ses illustrations, sa mise en page, la qualité du papier. J’ai tendance à acheter les livres d’Oliver Jeffers les yeux fermés parce que je sais que j’y trouverai un sujet de réflexion à partager avec les enfants, agréablement illustré. C’est encore une belle surprise que j’espère pouvoir vite utiliser en atelier philo.

Une histoire qui n’a pas besoin de mots

Migrants de Issa Watanabe, éditions la Joie de Lire 2020

Album Migrants d'Issa Watanabe
Migrants, Issa Watanabe

Ce magnifique album est arrivé sur mon bureau pendant le confinement, une pépite pour illuminer cette période triste. Pourtant, le sujet est noir, comme la couleur dominante. Le noir du désespoir de ces migrants qui fuient leurs foyers mais surtout la mort. Elle qui rôde toujours, comme si elle veillait sur eux.

Les couleurs, les visages, les tissus, tout est magnifique mais les visages sont tristes parce que ce voyage est une grande douleur.

Il n’y a aucun mot mais je ne pense pas que des mots apporteraient plus à cet album tellement les illustrations nous parlent, nous crient, nous racontent le voyage et la détresse de ces familles. Les éditions La Joie de Lire nous font un cadeau magnifique en publiant cet album d’Issa Watanabe, illustratrice espagnole au grand talent.

Rendez-vous chez votre libraire…