Les ateliers du mercredi

Alors que les clubs sportifs préparent leur rentrée, je vous invite à penser à une activité complémentaire pour vos enfants, pour avoir un esprit sain dans un corps sain.

Une activité en équipe, riche en partage et en découvertes, créative… invitez vos enfants à philosopher !

Des ateliers pour s’exprimer, pour s’écouter les uns les autres, pour réfléchir ensemble et essayer de comprendre, pour trouver sa place dans le groupe et dans la société.

Les sujets sont choisis ensemble car nous formons une communauté de recherche sur des thèmes importants pour nous. Nous finissons par un temps créatif pour garder une trace de nos échanges.

J’accueillerai les enfants les mercredis, hors vacances scolaires, pour des cycles de 10 à 12 ateliers par trimestre (du 21/09 au 14/12 sauf le 16/11, du 04/01 au 12/04 et du 03/05 au 05/07).

  • les enfants de 6 / 10 ans, de 10h30 à 11h30
  • les enfants de 11 / 14 ans de 14h30 à 15h30

Les ateliers se dérouleront chez moi, à Frossay. 5€ la séance par enfant.

Je vous propose une séance d’essai le mercredi 21 septembre. Inscrivez-vous par mail ou en commentaire avant le 18 septembre: chouettephilosophe@gmail.com

A l’école Eric Tabarly

L’association Émergence avait été contactée pour mettre en place une série d’ateliers avec les élèves de CE2, CM1 et CM2 répartis dans 2 classes. Le directeur avait obtenu un financement de la mairie suite à une première expérience appréciée en 2019.

J’ai donc eu le plaisir d’animer 6 ateliers avec chacun des 3 groupes puis un atelier commun de synthèse. Il n’y avait pas de commande précise quant aux sujets, plutôt une volonté de faire vivre cette expérience aux enfants et de réfléchir ensemble aux thèmes à traiter.

Nous avons donc mis un déroulé en place assez classique, mais qui a fait ses preuves :

Le premier atelier nous a permis de faire connaissance ensemble et avec cet outil qu’est la réflexion philosophique. Pour cela nous avons essayé de définir la philosophie puis la discussion philosophique comme la pensée et les connaissances que nous partageons pour définir ce qui nous entoure, ce que nous sommes et pourquoi nous faisons ce que nous faisons.

Pour échanger nous avons besoin d’un cadre que nous avons écrit et accepté. Nous le rappellerons avant chaque atelier. Nous avons aussi besoin d’être concentrés, nous avons donc fait un petit exercice de pleine conscience. Et enfin, il nous faut un sujet ou une question, ce que nous avons extrait d’un court métrage, Animanimals Ant.

Nous avons trié les questions ou les sujets pour retirer ceux qui concernaient la science ou la loi ou nous avons changé la formulation pour que notre question devienne philosophique : comment apprendre ? / qu’est ce qu’apprendre?

Nous étions prêts pour choisir des thèmes et y réfléchir ensemble. Un outil supplémentaire a permis aux enfants d’être acteurs de ces ateliers : les rôles. Avant chaque discussion, des volontaires prenaient les rôles de président-e, secrétaire et illustrateur-trice. A partir du moment où la parole est donnée par un pair, les jeunes échanges entre eux et moins vers l’adulte présent.

Pour finir cette série d’ateliers, nous nous sommes retrouvés pour réaliser des affiches qui permettront de partager le résultat de nos réflexion avec les autres classes mais également avec les adultes qui fréquentent l’école. C’était aussi l’occasion de discuter de cette expérience entre participants de différents groupes.

Au cours de ces ateliers, les enfants ont discuté de l’imaginaire, du travail, est-ce qu’on travaille mieux ensemble? est-ce que la jeunesse permet d’avoir de meilleures idées? les erreurs, pourquoi la guerre? la nature et l’écologie… Les enseignants avaient discuté avec les enfants des différences d’attentes et de transmission entre le temps des apprentissages scolaires et celui de l’atelier philo. Toutes les conditions étaient remplies pour que nous partagions des matinées très riches, les enfants et moi.

Grand merci au directeur d’avoir fait le nécessaire pour que ces ateliers puissent avoir lieu et grand merci à l’équipe pour son accueil. Je ne peux que souhaiter que des tels ateliers se développent dans toutes les écoles.

L’horizon est-il une limite?

Lors d’une visite au muséum d’histoire naturelle de Nantes, j’ai découvert cette question sur une photo de l’exposition « Ils remontent le temps« 

L’horizon est-il une limite?

Dans un premier temps, je me suis demandé ce qu’est une limite. Ce serait un cadre qui peut être physique, mental ou légal/réglementaire… qui sépare deux parties. La limite empêche le franchissement, le passage, l’évolution.

André Comte-Sponville, dans son Dictionnaire Philosophique, Puf éditions, en donne cette définition (page 749):

« Ce qui marque la fin ou la séparation, aussi bien dans l’espace (les limites d’un corps) que dans le temps (l’instant, limite entre deux durées), aussi bien pour la pensée (les limites de la connaissance) que pour l’action (les limites de la liberté). »

L’horizon est la fin du paysage visible par l’œil humain, propre à chaque individu, en fonction de l’acuité visuelle et mouvant en fonction des déplacements de l’individu. L’horizon serait donc une limite mouvante liée à l’individu qui décide de la bouger ou pas.

Mais l’horizon peut aussi être proche lorsqu’un obstacle obstrue le paysage, il est « bouché » par une montagne ou un mur qui forme un obstacle.

Il s’agit donc d’une limite du monde connu, parce que visible, sensible, mais dont la limite peut être franchie avec plus ou moins de facilité. Chacun choisit de la franchir ou pas. C’est aussi un appel à découvrir un monde inconnu, à partir à l’aventure. Cet horizon éveille la curiosité et incite à se dépasser.

Sauf que, l’horizon se déplace au fur et à mesure que j’avance. Je ne peux donc jamais savoir ce qu’il se passe au-delà, même s’il s’agit d’un endroit que je connais déjà, je ne sais pas ce qu’il s’y passe au moment où il se trouve de l’autre côté de l’horizon.

Dans la suite de la définition d’André Comte-Sponville, je découvre la réflexion de Kant à ce sujet :

« Kant distingue la limite (Grenze), qui est à priori ou de droit, et la borne (Schranke), qui est à postériori et de fait. Que toute connaissance ait des bornes, c’est une évidence, comme c’en est une que ces bornes se déplacent (c’est ce qu’on appelle le progrès scientifique). Qu’elle ait des limites, c’est une thèse, qui relève davantage de la philosophie que des sciences. Grâce qu criticisme, écrit Kant, « on ne se contente plus de présumer des bornes de la raison, mais on en démontre, par des principes, les limites déterminées; on ne conjecture pas seulement son ignorance sur tel ou tel point, mais on la prouve relativement à toutes les questions possibles d’une certaine espèce » (C. R. Pure, II, chap. 1, AK III, 497). Ce qui revient, annonçait-il dans la préface de la seconde édition, à « limiter le savoir, pour laisser place à la croyance », donc aussi, ajouterai-je, à l’incroyance. »

L’horizon peut donc être considéré comme une limite entre le monde connu et le monde inconnu mais cependant accessible. Ce qui ne fera que déplacer l’horizon qui lui ne peut jamais être atteint. C’est ce qu’écrit A. Comte-Sponville dans sa définition de l’horizon (p605) :

« C’est une limite, mais purement visuelle, qui résulte de la rotondité de notre planète : la ligne qu’une plaine ou la mer semble dessiner avec le ciel. Il est de l’essence de l’horizon d’être inaccessible : on peut aller vers lui, point s’en approcher. On évitera donc de dire que justice ou vérité sont des horizons. Mieux vaut, les concernant, parler d’asymptote. »

Nous ne pouvons donc pas atteindre l’horizon mais nous sommes capables de dépasser certaines limites, dont celles de notre connaissance afin de laisser moins de place aux croyances. Il faut sortir de la caverne…

La guerre

albums guerre

J’ai dû ressortir mes albums sur la guerre pour un atelier avec les collégiens. J’en ai profité pour acheter un petit nouveau, pour moi mais paru en 2015, aux éditions Rue du Monde, La Guerre qui a changé Rondo de Romana Romanyshyn et Andriy Lesiv, tous les deux Ukrainiens.

La Guerre qui a changé Rondo

Cet album parle de la guerre qui a eu lieu en Ukraine en 2014. Les auteurs montrent comment la violence envahit la vie de tous, comment les armes détruisent les projets et les vies mais aussi comment la population se réunit pour se défendre et faire reculer l’envahisseur. Puis il faut reconstruire et soigner les blessures pour que la vie reprenne, avec ces cicatrices.

La Guerre, d’Anais Vaugelade est un classique et L’Ennemi, de Davide Cali et Serge Bloch, éditions Sarbacane, est mon chouchou pour montrer l’absurdité de se battre contre ses semblables. Ce dernier m’a accompagné lors de mon atelier et il a été fort apprécié par les jeunes.

Je partage juste quelques mots des jeunes;

« Pourquoi ne parle-t-on pas de toutes les guerres de la même façon? On fait plus attention à certaines guerres. » « C’est un problème médiatique, ça rapporte plus de parler de certaines guerres. C’est pour l’argent. » « On s’inquiète de certaines guerres parce qu’on a besoin de ce que produisent les pays, comme le gaz ou le pétrole. C’est à cause de l’impact économique. » « Ce qui est grave c’est qu’on ne parle pas de certains peuples parce que ce sont des petits groupes. » « Le plus grave c’est la mort des personnes qui veulent défendre leur pays. »

Des élèves de 6ème

Il me semble intéressant de compléter cette petite bibliographie avec des albums pour réfléchir aux régimes politiques autoritaires.

albums les dictatures
  • Avec les plus grands Matin Brun de Franck Pavloff, Cheyne éditions.
  • Avec des plus jeunes lecteurs Halte, on ne passe pas de Isabel Minhos Martins et Bernardo P. Carvalho, éditions Notari.
  • Les Frères moustaches d’Alex Cousseau et Charles Dutertre, éditions du Rouergue

Ce sont aussi de bons supports pour se demander s’il faut toujours obéir aux lois.

Les guerres et les dictatures poussent les habitants à fuir en abandonnant tout, à braver la mort dans l’espoir de trouver une terre d’asile. Cette migration est magnifiquement présentée dans l’album sans texte d’Issa Watanabe, Migrants, éditions La Joie de lire.

Migrants

Pour finir, j’ajouterai L’Agneau qui ne voulait pas être un mouton, de Didier Jean et Zad, éditions Syros. Il permet de discuter du comportement humain face à la violence.

L’agneau qui ne voulait pas être un mouton

L’atelier philo a permis aux enfants de prendre de la distance par rapport à l’actualité dont ils avaient parlé avec leur professeur d’histoire. Nous avons essayé de comprendre cette notion pour arriver à la conclusion qu’elle est présente en permanence mais pas toujours armée. Un jeune a proposé que les chefs d’états s’affrontent au cours d’une partie d’échec plutôt que d’envoyer des hommes se battre pour eux. J’aime beaucoup cette idée.