Du livre au débat en SEGPA

J’ai le plaisir de travailler depuis l’année dernière avec des enseignants très motivés par les ateliers philo ce qui nous permet de construire de beaux ateliers, ou du moins d’essayer (un peu de modestie ne fait pas de mal).

Je n’ai donc pas hésité lorsque l’un d’entre eux m’a demandé si nous pouvions retirer nos thèmes des romans étudiés en classe. Ce sont des romans contemporains mettant en scène des jeunes de la même tranche d’âge que les élèves, ils se projettent donc plus facilement dans les histoires.

Nous prenons le temps d’un atelier pour faire la liste des sujets du livre en cours et pour trier ceux qui pourraient être débattus. Ce sont des sujets qu’ils connaissent mais pas forcément bien : amour, consentement, harcèlement, violence, différences, filles/garçons… Les sujets sont classiques mais ils sont présentés là sous une forme particulière qui ouvre sur un autre point de vue.

Je pense que, pour les enseignants, c’est aussi une richesse d’ouvrir cette autre porte pour entrer dans le livre étudié de façon académique. Il devient un moyen de s’ouvrir sur le monde pour aider à observer nos sentiments et ceux des autres, à mieux connaître l’autre et soi-même.

Cette collaboration est aussi une richesse pour moi qui ai ainsi pu découvrir des romans intéressants et faire des liens avec le programme du collège. Comme je l’ai dit dans le titre, il s’agit d’une classe de SEGPA, cela aussi est une richesse de montrer qu’il est possible de travailler à partir de romans à condition qu’ils parlent aux élèves.

Grand merci aux enseignants qui font ce travail.

le pouvoir d’achat

Billet d’humeur.

centre commercial à Noël


Ce matin, à la radio, j’entendais une journaliste du Monde parler du pouvoir d’achat. Elle expliquait qu’en France on parle du pouvoir d’achat alors que dans d’autres pays on parle plutôt de hausse du coût de la vie ou d’inflation.
Qu’est-ce que ce pouvoir d’achat ? Le pouvoir est-il entendu dans le sens de possibilité? Avoir la possibilité d’acheter le nécessaire où est-ce vu dans le sens d’un super pouvoir, de ce plus qui va permettre de devenir des consommateurs, souvent dans l’excès, et non pas pour des produits nécessaires mais juste pour le plaisir d’acheter, pour assouvir ce besoin, cette dépendance créée par notre société de consommation.

Finalement ce pouvoir ne serait-il pas plutôt un esclavage ? Donc, s’il est en baisse, est-ce que ce ne serait pas le moment de se sevrer de cette dépendance à la consommation d’objets sans valeur et non nécessaires, pour trouver du plaisir ailleurs, dans des biens qui ne sont pas nécessairement à acheter mais à vivre, à partager. Finalement est-ce que le pouvoir ne serait pas ailleurs que dans l’achat mais plutôt dans l’être ?

Cette réflexion me ramène à un précédent atelier sur la distinction entre coupable et responsable, plutôt en lien avec l’écologie mais adapté à cette réflexion. Les personnes présentes à ce débat avaient déterminé que finalement nous sommes certes responsables de tout ce que nous faisons, de tous les actes que nous commettons puisque nous en sommes à l’origine mais nous ne devenons coupable qu’à partir du moment où nous faisons un choix conscient alors que nous savons que les conséquences seront mauvaises pour l’intérêt général.

Donc ce pouvoir d’achat insinué dans nos vies par la société de consommation a créé certes un état de dépendance mais avons-nous perdu toute capacité de choix de nos actions ? Avons-nous perdu toute liberté de choisir et toute capacité à réfléchir à ce que nous faisons ? A nos actes et à leurs conséquences ?

Nous avons le pouvoir de déterminer ce qui est nécessaire pour nous et ce qui est superflu. Le problème est ici qu’il devient difficile d’acheter le nécessaire pour une partie de la population. Parler de hausse du coût de la vie me semble plus correspondre à ce que nous subissons. Les produits nécessaires à nos vies augmentent donc il devient plus difficile de vivre correctement pour les personnes ayant des revenus trop bas.

Finalement ce n’est pas un pouvoir qui diminue mais plutôt un droit, celui d’avoir accès à une alimentation saine, à se vêtir et à se loger.

Pour écouter la chronique, c’est ici

Fin du premier cycle…

trace écrite et dessinée d'un atelier sur l'amour avec une classe de 3ème SEGPA

J’animais hier le dernier atelier philo d’un cycle de 6 ateliers avec chacune des classes de 3ème du collège Pierre Norange, à Saint Nazaire.

Il ne s’agit que de la fin d’un cycle puisque le suivant a déjà commencé au retour des vacances d’automne, mais je souhaite faire un point sur cette période où j’ai pu observer des jeunes qui participaient à des ateliers philo pour la 3ème année consécutive.

Les habitudes sont en places, ils connaissent les rôles et les habiletés : « peux-tu donner un argument là? ». Ils font des distinctions conceptuelles :

  • (moi) Quel thème choisissez-vous pour la semaine prochaine?
  • (élève 1) j’aimerais parler de la mort.
  • (élève 2) oui, de la vie après la mort…. ah non, ça c’est une croyance

Par chance, l’établissement a choisi de faire participer les classes de SEGPA au même titre que les autres. Les discussions y sont tout aussi riches que dans les autres classes à partir du moment où ils ont compris que, pendant l’atelier philo, ils sont des interlocuteurs valables à conditions de respecter les règles : penser, respecter, écouter.

Ces jeunes ont exprimé leur regret de ne pas pouvoir continuer l’an prochain, en lycée professionnel. S’il y a quelques expériences qui se développent, ce n’est malheureusement pas le cas dans la plupart des établissements. C’est un chantier à poursuivre.

…et début du cycle suivant

En parallèle, l’enseignant de la classe de 4ème SEGPA m’a fait une demande : choisir nos thèmes dans les ouvrages étudiés en classe. Nous avons donc commencé à partir du roman A copier 100 fois d’Antoine Dole, éd. Sarbacane. Nous poursuivrons avec Bacha Posh de Charlotte Erlih, éd. Actes Sud junior.

L’atelier philo s’intègre ainsi vraiment dans le cours et permet aux jeunes d’aller plus loin dans leur rapport au livre pour l’intégrer dans une réflexion personnelle et partagée avec leurs paires sur des sujets communs de connaissance de soi et de l’autre, sur l’environnement proche et sur le monde.

J’ai beaucoup de chance de partager ces moments avec les jeunes et les enseignants mais aussi avec mes collègues des Escales Philosophiques. J’espère que nous pourrons continuer longtemps.