Pour la 3ème année consécutive, j’ai animé des ateliers philo avec les jeunes engagés du SNU, en collaboration avec les associations Campus Fertile et le Poulp’ sur le thème : bien dans son assiette, bien dans ses baskets, auquel j’ajoute, bien dans sa tête. Pour faire une rapide description, les groupes de 23 jeunes sont passés d’un atelier à l’autre tout au long de la journée, entre alimentation, sport, regard sur le handicap et des ateliers de réflexion.
Je devais donc recevoir 6 groupes au cours de la journée mais je n’avais aucune envie de refaire 6 fois la même chose alors qu’il y avait différentes problématiques à analyser. J’ai donc fait le choix de mener des réflexions suivies, d’un groupe à l’autre en suivant ce chemin :
Qu’est-ce que le sport ?
Le sport rend-il meilleur ?
Quel place le sport occupe t-il dans la société?
Le sport est-il éthique ?
Sport et environnement
Le sport dans l’art et son rapport avec des activités intellectuelles.
A l’arrivée de chaque nouveau groupe, je lisais les synthèses des groupes précédents afin que nous puissions poursuivre avec leurs réflexions. J’avais préparé quelques supports visuels : photolangages, affiches, statistiques et des citations pour animer le débat. J’ai laissé sur place les synthèses de tous les sujets pour que les différents groupes puissent échanger lors des regroupements du soir. Ainsi, les jeunes pourront tous discuter des tous les sujets selon leur intérêt.
Pour préparer cette journée, j’ai lu le livre de P Sarremejane, Éthique et sport, éditions Sciences Humaines, des articles de Isabelle Queval ainsi que des podcasts de France Culture. Sans oublier les discussions avec mon fils aîné qui m’ont bien aidé.
Le sport n’est pas le sujet le plus répandu dans les débats philosophiques pourtant il fait partie de la vie et il prend beaucoup de place dans la société, en cela, il me semble intéressant d’avoir un regard critique sur sa place et sa pratique, tout comme on le fait pour le travail. C’est un sujet qui est souvent demandé par les jeunes que je rencontre, j’ai maintenant les outils pour répondre favorablement à leurs demandes et j’aurai encore l’occasion d’expérimenter ce sujet le 13 juillet, toujours dans le cadre du SNU.
« L’homme doit harmoniser l’esprit et le corps. »
Hippocrate, médecin grec et philosophe, IVe siècle avant JC
J’anime, ou je co-anime, régulièrement des cafés-philo ou autres temps de réflexion avec des adultes dans des contextes de loisir : au café associatif le Chantilly à St Nazaire, au Casaboubou à Pornic, dans une maison de quartier de St Nazaire, dans des cinémas… Les sujets sont soit choisis à l’avance avec une partie des participants, soit annoncés dans la communication. Chacun arrive donc avec ses idées sur la question.
C’est intéressant, me direz-vous, de pouvoir commencer à réfléchir au sujet avant la rencontre. Chacun peut ainsi chercher les définitions dont il aurait besoin, observer son environnement par le biais de cette nouvelle lorgnette, lire des articles ou des livres sur le sujet, commencer à en discuter avec des amis, des collègues ou des parents. Pour celui qui le souhaite, c’est l’occasion de faire le point sur ses idées personnelles sur le sujet : d’où me vient cette opinion? comment s’est-elle construite? A quel point est-elle importante pour moi ? Est-ce que mes idées sur le sujet ont influencé ma recherche? Non seulement nos cerveaux sont soumis à divers biais qui vont en partie diriger notre attention, donc les sources d’informations auxquelles nous serons attentifs. Mais à cela, s’ajoute le moteur de recherche de notre ordinateur qui va aussi nous faire des propositions en lien avec nos centres d’intérêts habituels ou notre bibliothèque personnelle qui est constituée des livres que nous avons choisi selon nos goûts.
Voilà comment des ateliers, qui pourraient nous sembler faciles parce que nous pensons être en présence d’un public averti, vont tourner en rond autour d’une seule idée, être bâclés parce que chacun reste accroché à ses opinions ou ils vont se transformer en atelier de paroles où chacun dépose ce qu’il a sur le cœur.
Il est en fait beaucoup plus difficile d’animer une réflexion collaborative, vraiment ouverte, avec des adultes dont les idées sont bien ancrées. Les certitudes ont fait leur nid, elles sont rassurantes et elles nous évites de faire des efforts. Parce que toutes ces nouvelles idées, elles nous bousculent, elles nous déstabilisent. Aurions-nous vécu dans l’erreur tout ce temps ? Nous avons appris que les réponses sont soit vraies, soit fausses, soit bonnes, soit mauvaises. Comment peut-on ajouter quelque chose entre ? Les 2 derniers ateliers que j’ai animés, vendredi soir et dimanche matin, n’ont pas dérogé à cette règle. Quand un débat sur la paresse se transforme en discussion sur le travail ou qu’à la question « qu’est-ce qui vous attire dans l’exotisme japonais? » un participant vous répond sérieusement : je n’ai pas besoin de me poser la question, j’étais un samouraï dans une autre vie!
Comment retrouver sa curiosité? Comment être à l’écoute d’autres idées ? Comment enrichir sa pensée ? Prendre de la distance ou de la hauteur, quel que soit le terme utilisé, c’est avoir une vue surplombante de l’idée, élargir la vision aux diverses ramifications qui peuvent en découler. En effet, la paresse peut être analysée par rapport au travail, mais le travail est-il seulement celui de l’entreprise ? ou est-ce aussi celui de la mère ou du père au foyer ? Celui du bénévole de la Croix Rouge ? La paresse peut-elle aussi être observée d’un point de vue sociétal ? d’un point de vue moral? Dans la pensée japonaise, il y a certes le bushido qui est important mais toute la philosophie du Ma, ce vide qui crée du lien, de l’harmonie, est-ce qu’il ne serait pas intéressant pour un occidental qui participe à un festival sur le Japon d’y réfléchir un peu?
Nous allons vite, nos plannings sont surchargés et nos esprits aussi. Nous savons qu’il est intéressant d’enrichir nos connaissances pour ne pas stagner sur des positions qui ne seront plus adaptées à la société dans laquelle nous évoluons. Mais il faut toujours être efficace, avancer alors nous avons du mal à prendre le temps de faire une pause. Même parfois en sachant que notre mode de fonctionnement est erroné, mauvais pour nous, nous ne prenons pas le temps d’y réfléchir. Cet argument a été apporté par un participant à propos de la paresse : faire une pause dans son activité n’est pas de la paresse mais le moyen de réfléchir à ses actions pour les améliorer. Je dirais qu’en règle générale, si nous ne prenons pas le temps de la réflexion, nous ne pouvons rien construire, rien apprendre. Nous devenons des robots qui se sentent coupables de ne pas faire autrement, souvent dans l’idée que l’autrement serait mieux.
Chair circle RosZie Pixabay
Le temps du débat philosophique permet cette pause pour chacun des participants tout en ajoutant l’opportunité d’écouter l’autre avec tout ce qu’il peut m’apporter pour enrichir ma réflexion. Mais écouter ne signifie pas entendre, il s’agit de comprendre, reformuler pour être sûr que tout le monde parle de la même idée, s’interroger sur la validité de l’argument, chercher d’autres arguments. Penser en « personne du monde » comme le dit Jacques Lévine. Cette pause réflexive permet de construire un sens commun, ensemble, à un concept ou à une question qui nous préoccupe tous. Cette réflexion sera commune, construite avec les connaissances, la culture, l’éducation, le vécu de chacun des participants. Ces échanges nous ouvrent à l’altérité, nous font éprouver de l’empathie et ils vont permettre à chacun d’enrichir ses idées personnelles.
Alors, pour que nos cafés-philo soient vraiment riches, n’ayant plus peur de nous mettre en danger, de nous ouvrir aux autres, de les écouter. Comme nous le disons aux enfants, il ne doit pas y avoir de moquerie, attention aux réflexions ironiques sur le ton de l’humour, elles sont rarement drôles pour tous les participants. Prenons le temps de remettre nos idées en question à la lumière de ce que nous lisons, voyons ou entendons et surtout, interrogeons nous sur les informations que nous recevons. Le développement de l’esprit critique n’est pas qu’une mission de l’école, c’est une compétence à développer et à entretenir tout au long de la vie. Soyez prêts à être bousculés, dérangés, vous n’en sortirez qu’enrichis.
J’ai animé une séquence sur la Nature avec les élèves d’une classe de CM1/CM2 d’une école de Paimboeuf, en 2 séances, au cours des semaines dernières. J’ai déjà eu plusieurs occasions de travailler sur ce sujet alors j’ai choisi d’innover en mettant en pratique ce que j’ai appris lors des formations et des webinaires que j’ai suivi cette année.
J’ai donc commencé par un atelier Agsas à partir du mot « Nature ». Cette première partie m’a permis de présenter la philosophie, le cadre et de commencer à réfléchir sur le sujet de façon assez libre. Pour finir, les enfants ont pu partager leur ressenti. A le suite de cette première partie, nous nous sommes mis en posture de DVDP avec l’attribution de rôles. Nous avons repris les idées qui ont été partagées pour les trier, les développer et essayer de donner une première définition de la Nature. Les enfants avaient partagé quelques problématiques, en lien avec le respect de l’environnement que nous avons notées puis j’ai lu l’album Forêt des frères, de Yukiko Noritake. Cet album nous a permis de nous demander si l’homme peut vivre sans détruire son environnement. Si les animaux ont aussi un impact sur leur environnement… Et je les ai quitté en les invitant à réfléchir à la place de l’homme dans la nature.
Lors de la seconde séance, j’ai commencé par le jeu théâtral présenté par Julia Orosco lors d’un webinaire proposé par Canopé le 15 mai dernier. Comme les élèves étaient nombreux, j’ai demandé si certains voulaient être secrétaires pour noter les échanges entre Socrate et les Athéniens. Nous avons ainsi déambulé sur la place de l’Agora en commençant par nous demander si l’humain est supérieur à la Nature ? Puis si l’humain peut exister sans la Nature? Nous avons réuni de nombreuses idées pendant ces 10 premières minutes, nous avons donc pu poursuivre en cercle, avec des rôles, pour construire une réflexion qui nous a mené vers la distinction entre Nature et Culture. J’ai présenté quelques photos pour élargir le champ des idées. Nous nous sommes ensuite demandés si l’humain est capable de ne plus innover, après avoir accusé l’innovation technique de tous les maux. Quel est le rôle de l’humain ? Quel est son pouvoir ? Nous avons terminé par quelques phrases de synthèse que j’ai notées sur une feuille A3, les élèves pourront l’illustrer avant de l’afficher.
Lorsque j’ai préparé cette séquence, je souhaitais avoir des outils pour que les enfants entrent vite dans la réflexion et avoir des moyens de capter leur attention car j’ai constaté que le temps de concentration des enfants est de plus en plus court. Il est clair que sans ces stratagèmes, je n’aurais jamais pu arriver à des échanges et des idées intéressantes. Je reproduirai donc ce genre d’atelier, surtout lorsqu’il y a peu de rencontres prévues. Cela me semble aussi pertinent en début de cycle, avant que les enfants prennent plaisir à réfléchir ensemble. Alors grand merci aux formatrices Agsas que nous avons reçu avec grand plaisir dans le pays Nantais et grand merci également aux organisateurs des webinaires proposés par Canopé sur les nouvelles pratiques philosophiques.
Ces ateliers sur la Nature étaient financés par la Communauté de commune du sud estuaire dans le cadre des ateliers de formation à l’écocitoyenneté, merci à vous ainsi qu’à l’association Campus Fertile qui a permis que les ateliers philo apparaissent au catalogue.
Depuis l’été 2020, je fais partie de l’association Campus Fertile, pour laquelle j’anime des ateliers de réflexion sur l’alimentation, son impact et comment la rendre plus éthique. Avec les enfants, la réflexion est parfois limitée à cause de leur manque de connaissances de base, ou parce qu’ils ne savent pas utiliser les connaissances acquises l’année précédente ou dans le cadre de leurs expériences en famille. N’étant pas enseignante, je n’avais que mes connaissances et mon expérience à partager pour remédier, en partie, à ce problème et je considérais ce temps comme perdu au détriment de la réflexion, bien que nécessaire. Finalement, cela correspond au besoin de définir les termes du sujet avant de pouvoir débattre.
Voici ce que nous avons acquis après avoir suivi les 4 semaines de cours plus 2 semaines avec des webinaires :
Ce badge est remis aux apprenants qui ont achevé la formation avec succès. Il atteste que le bénéficiaire a acquis les compétences suivantes à la fin du cours : – Explorer les approches éducatives les plus adaptées et efficaces pour une éducation transversale englobant les aspects de durabilité, notamment ceux liés à l’alimentation. – Développer une vision historique et scientifique de l’éducation au développement durable et de son rapport avec l’alimentation. – Connaître les différentes étapes de la filière alimentaire, de la production à la consommation, en identifiant les principaux enjeux liés à la durabilité. – Explorer le programme Savanturiers – Ecole de la recherche à travers le prisme de l’éducation à l’alimentation durable. – Découvrir des projets éducatifs concrets d’éducation à l’alimentation durable, allant de l’échelle de la classe à celle d’un territoire, en mettant l’accent sur l’éducation par la recherche.
J’ai ainsi pu essayer le kit des Savanturiers alimentation durable lors de la porte ouverte de la cantine de Rouans (44) avec les enfants qui avaient participé à un cycle d’ateliers. Cet outil a permis d’utiliser les connaissances que nous avions acquises au cours des 6 ateliers que j’ai animé en janvier et février. Les enfants pouvaient faire des choix en ayant conscience des conséquences ou réfléchir à des alternatives possible. Ils ont acquis les outils pour avoir un regard critique sur l’alimentation et, peut-être, le partager.
La connaissance est la base pour éviter les peurs infondées ou pour nous aider à agir en ayant conscience des conséquences de nos choix. Mais les ateliers philo ont aussi permis aux enfants d’utiliser leurs connaissances autrement que pour répondre à un travail scolaire. Non seulement ils ont appris des choses sur tout ce qui touche à l’alimentation mais aussi que ce que nous apprenons ou les expériences que nous vivons nous sont utiles tout au long de la vie, parce que finalement, ce n’était pas une évidence.
Si vous souhaitez animer des ateliers de réflexion avec des enfants dans votre établissement, n’hésitez pas à me contacter.